Invité Afrique

Au Bénin, l’opinion est hostile à la révision de la Constitution

Audio 05:27
Mathias Hounkpe Osiwa, administrateur du programme gouvernance politique à OSIWA (Open Society Initiative for West Africa).
Mathias Hounkpe Osiwa, administrateur du programme gouvernance politique à OSIWA (Open Society Initiative for West Africa). RFI/Florence Morice

L'analyste Mathias Hounkpe, administrateur du programme gouvernance politique à OSIWA (Open Society Initiative for West Africa) fait le point sur les enjeux des élections législatives qui se tiennent dimanche au Bénin et les attentes des Béninois. Plus de 4,4 millions d’électeurs sont appelés à renouveler les 83 députés qui siègeront pour quatre ans.

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RFI : La campagne pour ces élections législatives a mis du temps à démarrer, pour quelles raisons selon vous ?

Mathias Hounkpe : Déjà, la tenue de ces élections était comme une gageure. Il y a un mois, il y a deux mois, il y a même une semaine, des incertitudes sérieuses planaient sur la tenue de ces élections. Et la deuxième raison, c’est que tous les candidats n’avaient pas le même niveau de moyens pour s’engager dans les élections. C’est pour ça qu’on devrait ménager ces ressources étant donné que nous avons dans l’espace d’un an trois élections à organiser. Je pense que les gens se sont concentrés sur les zones qu’ils considèrent comme leur fief, ceci a réduit un peu la visibilité de la campagne.

Quelles sont les attentes de la population béninoise vis-à-vis de ce scrutin ?

La première chose, c’est déjà l’élection d’une Assemblée nationale de meilleure qualité par rapport au passé. On a connu quand même beaucoup de mauvaises gestions des affaires publiques. Je crois que les citoyens voudraient bien qu’à l’issue de ces élections, le Parlement qui va en sortir se donne les moyens de réduire la mauvaise gestion des affaires publiques. Ce n’est pas spécifique au Bénin. Mais, en particulier au Bénin, les citoyens n’ont pas confiance en leurs hommes politiques pour défendre leurs intérêts, pour défendre l’intérêt général. Je crois que la bonne preuve que l’on peut donner de ça, c’est tout le débat autour de la révision de la Constitution. Les citoyens ont peur parce qu’ils ne font pas confiance aux acteurs politiques pour réviser la Constitution dans le sens de la consolidation de la démocratie.

Ce thème d’une possible réforme constitutionnelle a dominé la campagne. L’opposition accuse le pouvoir, en cas de victoire, d’en profiter pour remettre sur la table la question d’un troisième mandat pour le président Boni Yayi. Qu’en pensez-vous ?

Je crois qu’aujourd’hui, il sera très difficile pour le président actuel de profiter de la révision de la Constitution pour s’accorder un troisième mandat. Parce que la Cour constitutionnelle a été très claire et a fait le tour de la question. Donc juridiquement ce n’est pas réaliste, mais politiquement, les acteurs politiques peuvent toujours l’exploiter. Je voudrais ajouter que toutes les tentatives de consultation de l’opinion qui a eu au Bénin ont conduit à la conclusion que les Béninois n’en veulent pas. L’environnement national n’est pas favorable à cela, l’environnement régional et international ne sont pas favorables non plus à l’augmentation du nombre de mandats à travers la révision de la Constitution.

Une vingtaine de parlementaires ont quitté le camp présidentiel au cours de la législature qui s’achève. Ce camp est affaibli à un an du second mandat du président Boni Yayi ?

On a toujours vu des coalitions au pouvoir se fragmenter et pratiquement disparaître vers la fin du deuxième mandat de chaque président, mais dans le cas de ce président, ce phénomène est très accentué. Je pense que ça ne manquera pas d’avoir un impact sur la dernière année du président de la République et probablement sur ce qui va se passer à l’issue de la présidentielle prochaine, etc.

En 2011, l’opposition s’était rassemblée, cette fois elle part en rang dispersé. Quelles conséquences cela peut avoir sur les résultats du scrutin ?

Il y a une vingtaine de listes qui sont en compétition avec environ 1 660 candidats pour 83 sièges et donc on s’attend à ce que le Parlement qui va être installé à l’issue de cette élection soit une Assemblée assez fragmentée. Vous vous imaginez qu’en 2011, il y a avait une coalition au pouvoir qui avait totalisé une quarantaine de députés alors que l’Union fait la nation, qui était la coalition des grandes forces politiques de l’opposition, avait réuni 30 députés. Ca faisait en tout près de 70 députés sur 83. Aujourd’hui, si on va aux élections, ce sera très difficile aussi bien pour les Forces Cauris pour un Bénin émergent, je veux dire la coalition au pouvoir qui s’est également fragmentée, que pour les forces politiques de l’opposition qui se sont encore dispersées, il sera encore difficile d’obtenir un parti politique ou une coalition politique ayant des scores aussi élevés.

Avec quelles conséquences selon vous ?

La conséquence numéro un, c’est déjà une sorte d’incertitude sur la stabilité du Parlement. Lorsque c’est comme ça, l’espace parlementaire est fragmenté, ce qui naturellement conduit à une sorte d’instabilité et d’une variabilité assez élevée de la géométrie du Parlement. Vous imaginez déjà, le mouvement des députés tous azimuts.

Vous faites référence à ce qu’on appelle la transhumance politique, le fait de changer de parti. Cette année, une trentaine de députés élus sous la bannière d’un parti politique vont se présenter sur la liste d’un autre parti, c’est courant au Bénin ?

On a toujours connu ce mouvement des acteurs politiques entre les partis politiques. C’est vrai que le phénomène s’est accentué ces derniers temps, surtout lors de la constitution des listes des candidats pour les législatives. C’est un phénomène dommageable parce que ça crée, entre autres, la confusion dans l’esprit des citoyens par rapport à la manière n’est-ce pas d’apprécier les candidats et les partis politiques.

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