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Invité international

Burundi : la police tire sur les manifestants

Audio 06:31
Dans le quartier de Musaga, Bujumbura, les jeunes montent de nouveau des barricades, Burundi, le 5 mai 2015.
Dans le quartier de Musaga, Bujumbura, les jeunes montent de nouveau des barricades, Burundi, le 5 mai 2015. RFI/SR

«On est dans une stratégie de terreur de la part du pouvoir» admet Christian Thibon, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Pau, membre de l’Institut Les Afriques dans le monde (LAM).

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RFI : La Cour constitutionnelle valide finalement la candidature du président, est-ce que ça peut ramener le calme ou au contraire, est-ce que ça va attiser la colère des manifestants ?

Christian Thibon : De façon pratique, ça ne peut qu’attiser la colère, dans la mesure où d’abord la Cour constitutionnelle a été divisée dans sa prise de décision, et par ailleurs le développement de la mobilisation ne va pas s’apaiser, bien au contraire, dans la mesure où le retour à la raison du parti au pouvoir et du président n’est pas assuré.

D’ailleurs, le vice-président de la Cour constitutionnelle a décidé de quitter le pays. Il a dénoncé des pressions pour qu’il valide cette candidature, ça aussi c’est une annonce qui ne risque pas de calmer les choses.

On est dans une stratégie de terreur de la part du pouvoir et une réponse qui est une mobilisation, avec aussi une certaine absence des leaders politiques qui attendent de voir comment sur place et sur le terrain ces affrontements vont tourner. On est dans une situation un petit peu d’attente, qui rend la situation assez stressante et même très difficile pour la population.

Comment la démarche du président Nkurunziza peut être légale, alors que la Constitution limite théoriquement le nombre de mandats présidentiels à deux ?

Je ne suis pas juriste, mais si on s’en tient à l’esprit, effectivement, il n’y a pas la possibilité pour un troisième mandat, je pense qu’il y a un gros débat à l’heure actuelle sur l’interprétation de la Constitution. Mais de façon pratique, au-delà du débat sur la constitutionnalité de la décision de Pierre Nkurunziza de se présenter, il faudrait plutôt analyser la situation du pays, le bilan des politiques publiques. En fin de compte, la question constitutionnelle est en train de masquer la véritable réalité de la situation du pays.

Est-ce qu’on est encore sur les cendres de la guerre civile qui a frappé ce pays dans les dernières décennies ? Est-ce qu’on peut craindre une nouvelle flambée des violences et un scénario à la rwandaise ?

Non, on pense toujours à ce scénario. Effectivement, c’est dans l’imaginaire occidental et même burundais, il y a cette peur, ce risque. On est dans une situation différente, si ce n’est qu’on est dans une crise politique pour l’instant qui n’a pas trouvé de débouché. C'est-à-dire qu’on est dans une situation où pour l’instant, malgré le nombre de morts, on n’a pas l’impression d’être devant une situation irréversible. On a l’espoir que des prises de position, l’appel à la raison puisse se réaliser, mais le risque effectif de radicalisation engendre automatiquement des peurs, des angoisses, qui rappellent ou qui se remémorent ou qui se reconnectent avec l’histoire des génocides ; le cas du Rwanda, mais aussi le génocide au Burundi.

Puisqu’au Burundi, il faut le dire, la population est partagée entre les Hutus qui sont majoritaires et les Tutsis.

Oui, mais là on pourrait dire que cette division pour l’instant n’apparaît pas dans la lutte politique actuelle. Elle est sous-jacente. Elle peut apparaître en fonction de la radicalisation et du phénomène de peur qu’inspirent ces événements. Donc, on a à l’heure actuelle un conflit qui est essentiellement politique, qui prend une dimension institutionnelle, qui s’apparente quasiment à presque à un double pouvoir, puisqu’il y a le pouvoir et il y a une contestation autant dans la rue qu’interne. Mais pour l’instant, on n’est pas dans un scénario d’affrontement ethnique, loin de là.

Et pour le moment, l’armée joue plutôt la neutralité. Elle ne s’implique pas ?

L’armée joue un rôle essentiel au Burundi puisque les accords d’Arusha ont mis en place un compromis. Et un des éléments de ce compromis, on pourrait dire la clé de voûte de ce compromis, c’est la construction d’une armée nationale. Ce qui est en partie réalisé. Donc, on a là une institution qui pour l’instant apparaît comme un élément de sauvegarde de l’unité nationale, mais qui est bien sûr fragilisé par toute crise politique, surtout si ces crises politiques vont prendre une configuration ethnique.

Il y a ces inquiétudes à l’étranger, il y a le voisin rwandais qui craint certainement des déplacements de populations et puis les Américains qui critiquent ouvertement Pierre Nkurunziza. Est-ce que ça peut avoir un effet ?

Oui, tout ce qui se passe au Burundi a une incidence au niveau sous-régional, autant en RDC qu’au Rwanda et que dans la région des Grands Lacs. Le risque effectivement, c’est qu’il y ait, en raison de cette peur qui va petit à petit s’emparer du pays, des déplacements de populations. Ce qui reste une pratique assez courante en temps de crise au Burundi et que derrière ces déplacements de populations il y ait des moments d’instabilité régionale. La place à la communauté internationale et régionale sera importante pour modérer les ambitions ou les stratégies des uns et des autres.

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