Invité Afrique

Etat des lieux économique du Tchad avec le ministre des Finances Bédouma Kordjé

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Bédoumra Kordjé, le ministre tchadien des Finances.
Bédoumra Kordjé, le ministre tchadien des Finances. NICHOLAS KAMM / AFP

Après plus de 10 années d’attente, le Tchad a atteint le point d’achèvement de l’Initiative des pays pauvres très endettés (PPTE). Les institutions de Bretton Woods reconnaissent donc les efforts fournis par le Tchad pour rejoindre le cercle des bons élèves en matière de gouvernance économique. Un soulagement pour le ministre tchadien des Finances, Bédoumra Kordjé, candidat à la présidence de la BAD (Banque africaine de développement), est l’invité de RFI ce matin. L'élection du prochain président de la Banque Africaine de développement (BAD) aura lieu le 28 mai 2015.

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RFI : On imagine votre soulagement de voir votre pays atteindre le point d’achèvement, l’initiative PPTE, cela va permettre au Tchad de bénéficier dans l’immédiat d’un peu plus d’un milliard de dollars. A quoi va servir cet argent ?

Bédoumra Kordjé : Nos priorités, c’est les secteurs sociaux d’abord : l’éducation, la santé, l’agriculture et les infrastructures. C’est des éléments de base qui sont nécessaires pour répondre aux besoins des populations et accélérer la croissance au niveau du pays.

A la demande du président Deby, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a plaidé votre cause auprès de Christine Lagarde, la directrice générale du FMI, pour remercier le Tchad de son engagement militaire dans différents conflits de la région. Auriez-vous atteint cet objectif sans ce coup de pouce diplomatique ?

L’atteinte du point d’achèvement c’est le résultat d’abord de l’engagement fort du gouvernement tchadien et principalement du président Idris Deby Itno qui a décidé et pris en main la détermination que le Tchad puisse atteindre le point d’achèvement. Je crois que si nous n’avions rien fait, attendant seulement le soutien politique d’autres pays, je ne pense pas que le FMI et la Banque Mondiale vont comme ça, nous faire une sorte de cadeau, je dirais. Je dois saluer le soutien de la France, c’est extrêmement important, parce qu’ils connaissent mieux que quiconque la situation du Tchad. Ils connaissent mieux que quiconque la nécessité d’appuyer le Tchad dans cette situation. Donc, je crois que c’est tout cela qu’il faut mettre ensemble.

Malgré tout, douze années après le début de l’exploitation du pétrole dans le pays, le Tchad est toujours dans les dix derniers au classement mondial du développement humain. Comment se fait-il que l’argent du pétrole bénéficie aujourd’hui encore si peu aux populations ?

Le Tchad n’est pas encore un pays pétrolier. Notre production n’était que de 100 000 barils l’année dernière. Cette année, nous sommes montés à 154 000 barils. Sur douze ans, nous n’avons fait que sept mois de la production du Nigeria. Donc je crois qu’il faut savoir raison garder, mais avec le peu de ressources que le Tchad a reçues, le Tchad a fait beaucoup de progrès en termes de construction de routes, d’écoles, de soins de santé primaires… Il y a beaucoup de choses qui ont été faites.

Il y a une amélioration globale, mais de fortes inégalités demeurent. Vous n’êtes pas d’accord pour dire que cette rente pétrolière, même si elle n’est pas encore assez importante à vos yeux, n’est pas bien répartie dans le pays aujourd’hui ?

C’est sur qu’il y a un chemin à parcourir pour pouvoir réduire les inégalités. On ne peut pas du jour au lendemain mettre tout le monde au même pied d’égalité. Mais quand vous regardez, il y a des soins gratuits pour les accouchements, il y a des soins gratuits pour ceux qui ont le VIH, il y a l’Etat qui a mis à la disposition des producteurs des coopératives des tracteurs pour les aider à croître leur production… Tout cela, ce sont des efforts qui sont faits justement à destination des populations les plus démunies.

Depuis le début de l’année, les fonctionnaires tchadiens se plaignent d’importants retards de salaire. Le président de l’Assemblée nationale a même demandé au gouvernement de faire des efforts pour éviter que la contestation ne prenne de l’ampleur. Que répondez-vous ?

Il n’y a pas d’important retard de salaire. Je crois que ce n’est pas exact. Mais nous en faisons notre priorité pour pouvoir régler ce problème. Nous avons connu à la fin de l’année des chutes de nos recettes pétrolières de presque 50%. Et donc, on s’adapte par rapport à la situation brutale que nous avons vécue qui se combine avec la guerre contre Boko Haram qui est également une source des dépenses pour l’Etat. Donc, on est dans une situation difficile que le gouvernement est en train de gérer. Le Tchad aujourd’hui est dans une situation où il doit se mobiliser pour pouvoir faire face à tous ces risques qui ne sont pas des risques uniquement pour le Tchad, mais ce sont des risques pour toute la région. Parce que si Boko Haram fait jonction avec la Libye, le Darfour et certains groupes en RCA, je crois que ça donnerait une situation que personne ne maîtrisera au niveau de l’Afrique et même du monde entier. Donc il y a un prix à payer pour cela, mais c’est un prix pour la bonne cause.

Et combien coûte cet engagement face à Boko Haram à l’économie tchadienne ?

On est obligés d’affecter des ressources là-dessus. Je n’ai pas des chiffres précis à vous donner, mais le budget de l’Etat est un budget qui est public, qui est posté sur le site du ministère des Finances. Chacun peut y trouver les éléments d’information qu’il y a là-dessus.

Depuis 2007, le chef de l’Etat s’était engagé à mettre en place la biométrie électorale pour une meilleure transparence. Aujourd’hui, à la veille d’une élection présidentielle le pouvoir annonce que finalement il ne sera pas possible d’organiser un recensement biométrique complet parce que cela coûte trop cher. Comment se fait-il que cela n’ait pas été provisionné dans le budget 2015 ?

On a provisionné les élections dans le budget 2015. Mais le budget 2015 est un budget que nous sommes en train d’envoyer au Parlement pour revoir à la baisse, compte tenu de la baisse du prix du pétrole. 2015, c’est une année qui va être une année assez serrée dans notre budget.

Dans la première version du budget l’argent pour mettre en place la biométrie complète, manifestement n’était pas prévu.

Si. On a prévu 40 milliards dans la première version du budget. On espérait aussi avoir un soutien des partenaires. Sinon, on a bien prévu de l’argent pour la biométrie.

Mais aujourd’hui, vous vous rendez compte que ça coûtera plus cher ou bien finalement vous préférez affecter cet argent à autre chose ?

Non, l’argent existe toujours. La biométrie complète, peut-être que le montant actuel nécessite d’être examiné, mais je crois qu’il y a un dialogue politique entre le pouvoir et l’opposition. Je crois que nous sommes dans un contexte ou on espère trouver un compromis.

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