Revue de presse Afrique

A la Une: une page semble tournée au Burundi

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© AFP/Pius Utomi Ekpei

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La situation est toujours confuse : le président Nkurunziza n’est apparemment pas rentré hier à Bujumbura depuis Dar-es-Salam où il se trouvait pour le sommet de la CEEAC et sur place, dans la capitale burundaise, c’est le général-major Godefroid Niyombaré qui serait aux commandes… Des pourparlers au sein de l’armée, entre mutins et loyalistes seraient en cours.

Le site internet de l’hebdomadaire Iwacu, généralement très bien informé, reste prudent et se borne à rapporter les scènes de liesse hier après-midi à Bujumbura, après l’annonce à la radio du coup d’Etat contre Nkurunziza.

Alors, s’interroge L’Observateur Paalga au Burkina, « la messe est-elle dite pour le président sortant, dont les ouailles politiques parlent d’une tentative avortée de coup d’Etat ? (…) Va-t-on évoluer vers une transition militaire avec ce que cela comporte comme dangers dans une armée qui, quoi que équilibrée entre Hutus et Tutsis, n’est pas pour autant à l’abri des démons des clivages ethniques ? S’acheminera-t-on vers une solution constitutionnelle avec une présidence intérimaire aux mains d’un président de l’Assemblée nationale après constat de la vacance de pouvoir ? Difficile de lire dans ce marc à café. Mais une chose est sûre, estime L’Observateur Paalga : sauf retournement spectaculaire de situation, la page de Nkurunziza est définitivement tournée. »

Un coup d’Etat irréversible

Les dés sont jetés également pour le site d’information guinéen Ledjely.com : « même si le contrôle du général Niyombaré n’est pas tout à fait établi sur l’ensemble des forces armées burundaises, le retour de Nkurunziza aux affaires ne fait pas partie des termes des négociations. Les tractations au sein de l’armée burundaise devraient plutôt permettre une redistribution des cartes. Le camp des loyalistes chercherait davantage à conserver quelques privilèges auxquels il avait droit. Dans la même veine, il voudrait éviter la chasse aux sorcières. Des conditions que le général Niyombaré et ses proches pourraient bien accepter pour préserver la stabilité du pays et la cohésion nationale. Quant au coup d’Etat, lui-même, il semble irréversible. »

« Bravo Niyombaré ! », s’exclame Le Pays au Burkina. « Chapeau bas à l’ex-chef des renseignements qui aura enfin mis un terme aux souffrances du peuple burundais auquel il faut aussi rendre hommage pour son courage et sa détermination. Félicitations à l’opposition, à la société civile et au clergé burundais qui auront refusé la forfaiture. Grand merci aux chancelleries occidentales, à l’Union africaine qui auront dit tout haut ce qu’elles pensaient du projet suicidaire de Nkurunziza. (…) Le pouvoir à présent entre les mains de l’armée, relève Le Pays, que va-t-elle en faire ? Le remettra-t-elle aux civils et dans combien de temps ? Une chose est sûre : le Burundi doit à présent avancer ; s’engager résolument dans la voie de la démocratie vraie. »

Pierre et Blaise…

Enfin, le quotidien Aujourd’hui, toujours au Burkina, fait le lien entre les événements au Burundi et ceux qui ont conduit à la chute de Compaoré au Burkina : « à l’image des milliers de Burkinabè, jeunes pour la plupart, qui avaient contraint 'l’homme fort' de Ouagadougou à capituler après 27 ans de règne, ce sont bien les manifestations et les martyrs burundais qui ont finalement décidé l’armée à intervenir pour arrêter la marche funèbre de Nkurunziza vers ce mandat inconstitutionnel. Et les tractations qui sont en cours pour voir comment sera conduite la transition burundaise renvoient également à Ouagadougou où fin octobre et début novembre 2014 le Burkina était quasiment sur répondeur le temps de trouver les hommes de la transition. Visiblement au Burundi, les tractations en cours visent aussi à trouver l’exécutif de ce qui sera forcement une transition. »

Finalement, pointe Aujourd’hui, « c’est le prix de l’entêtement qui a emporté Nkurunziza. Tout comme Blaise, il aurait suffit que Nkurunziza dise qu’il respectait les accords d’Arusha et la Constitution, et qu’il faisait le deuil d’un 3e mandat et alors il entrait dans l’histoire. (…) Il y a comme un petit air de remake burkinabè à Bujumbura et assurément, l’harmattan du Sahara qui a décoiffé Blaise souffle fort sur l’Afrique centrale. Quels abris pour les tripatouilleurs impénitents ? Depuis hier soir, Nkurunziza médite sur son obsession maladive. A qui le tour ? »

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