Revue de presse Afrique

A la Une: Nkurunziza, le retour

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© AFP/Pius Utomi Ekpei

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Silence radio, une presse écrite muselée, des blogs en sommeil… Les médias burundais paient un lourd tribut après le putsch avorté à Bujumbura. La page noire affichée sur le site de l’hebdomadaire Iwacu est le triste symbole de la pression-répression exercée sur les médias burundais. On peut y lire : « pour des raisons de sécurité, le groupe de presse Iwacu n’est pas en mesure de travailler librement. Iwacu est donc contraint d’arrêter provisoirement ses publications. »

Il faut donc se tourner vers la presse ouest-africaine pour suivre les derniers commentaires sur la situation à Bujumbura. Et c’est le grand retour en public du président Nkurunziza qui retient l’attention.

Un retour qui a fait flop… En effet, constate Guinée Conakry Infos, « face aux medias nationaux et internationaux qui voulaient le voir et l’entendre, le président Pierre Nkurunziza a joué la diversion politique. Il a volontairement ignoré la tentative de coup d’état du général Niyombaré pour se focaliser sur les Shebabs somaliens qui, à l’en croire, constituent la réelle menace pour le pays, du fait que des soldats burundais soient engagés au nom des forces de l’UA et de l’ONU dans la lutte contre ces terroristes. Le président burundais choisit donc consciemment, pointe Guinée Conakry Infos, d’ignorer l’actualité nationale intérieure pour se montrer plus préoccupé par de possibles menaces extérieures. Comme dans un scenario bien huilé, Nkurunziza s’effacera peu après pour laisser la suite à son conseiller en communication, Willy Nyamitwe, qui, lui abordera la possibilité “d’un léger report des élections législatives et présidentielle”, normalement prévues pour le 26 juin prochain. »

Commentaire agacé du site Ledjely.com, toujours en Guinée : « la parade que le président Nkurunziza semble avoir trouvé pour conjurer le coup d’Etat qui a failli l’emporter, c’est celle de ne pas en parler. […] Manifestement désireux de donner du pays et de lui-même l’image d’une certaine normalité, Nkurunziza a préféré mettre en avant une supposée menace que les Shebabs feraient peser sur le Burundi. Mais qu’il le veuille ou pas, il reste marqué par ce qui vient de s’y passer. En témoignent ses nouvelles dispositions quant au report des élections. »

Inflammable !

Et attention, prévient le site d’information Fasozine au Burkina, « une chose est que Pierre Nkurunziza a échappé à ce coup de force, mais une autre est de sortir de la crise politique qui a conduit à cette impasse. » Et là, un simple report de l’élection présidentielle ne suffira pas… « L’élégance voudrait maintenant que le président sortant ait bien compris que c’est lui le problème, qu’il renonce à son litigieux et dangereux “troisième mandat”. Et qu’il s’engage à organiser pour une autre date, une élection à laquelle il ne participerait plus. Ainsi, il pourrait sortir par la grande porte. »

On est encore loin d’un tel scénario, mais ce qui est sûr, relève le quotidien Aujourd’hui à Ouagadougou, c’est que « la situation demeure inflammable au Burundi, pour la simple raison que le président Nkurunziza a désormais une frange très importante de ses compatriotes contre lui, horripilés par ce dur désir d’un troisième mandat qui anime le chef de l’Etat. […] Les Burundais qui continuent à battre le macadam, les radios privées détruites ou incendiées, les morts dessinent en lame de fond une ligne de fracture politico-sociale dangereuse pour le Burundi. Les vieilles scories de la guerre civile des années 90, dont le président Nkurunziza connaît les conséquences, ne sont pas totalement brûlées, et le feu couve de nouveau. »

Du coup, estime Aujourd’hui, « la communauté internationale devrait accentuer la pression pour que Nkurunziza recule les élections, et pense à une vie après la présidence, en abandonnant ce troisième mandat. Le second round du sommet de la communauté est-africaine qui doit encore avoir lieu à Dar-es-Salam a déjà son menu principal tout trouvé : convaincre Nkurunziza que ce troisième mandat est suicidaire. »

La communauté internationale a-t-elle fauté ?

Enfin, à propos justement du rôle de la communauté internationale, cette charge du quotidien Le Pays, toujours au Burkina. Le Pays qui accuse la communauté internationale, les Etats-Unis en tête, d’avoir « encouragé la dictature. […] Les Etats-Unis, précise-t-il, fondent leur position sur le fait que le pouvoir de Nkurunziza est légitime. Dans le principe, l’on peut comprendre que tant que son deuxième mandat n’est pas arrivé à son terme, il continue d’être le président légitime du Burundi. L’on peut comprendre aussi que les changements de régime par des voies non constitutionnelles soient blâmés avec fermeté par tous. Mais ces principes nobles, il faut le souligner, ne doivent s’appliquer qu’aux régimes véritablement démocratiques, estime Le Pays. Ce qui n’est pas, de toute évidence, le cas du régime de Pierre Nkurunziza. »

Et le quotidien burkinabé de conclure : « en condamnant le putsch du général Niyombaré pendant que celui-ci était en cours, la communauté internationale a contribué aussi à le faire capoter. De ce fait, elle a encouragé d’une manière ou d’une autre la dictature de Pierre Nkurunziza. Et au-delà de Pierre Nkurunziza, elle encourage toutes les dictatures qui, sous nos tropiques, suivent avec le plus grand intérêt la situation au Burundi. »

 

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