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Marc Gbaffou (ONG): «Le gouvernement sud-africain fait du populisme»

Audio 05:19
Marc Gbaffou (capture d'écran), président depuis 2008 de l'ONG Diaspora africaine, venant en aide aux migrants sud-africains.
Marc Gbaffou (capture d'écran), président depuis 2008 de l'ONG Diaspora africaine, venant en aide aux migrants sud-africains. sabcnews

En visite au Mozambique, cette semaine, Jacob Zuma a présenté à son homologue mozambicain, Filipe Nyusi, des excuses « au nom de la minorité de Sud-Africains qui se sont mal comportés » au moment des violences xénophobes qui ont secoué le pays. Les autorités mozambicaines avaient critiqué les expulsions d'étrangers dans le cadre de l'opération anti-criminalité Fiela qui a suivi ces manifestations xénophobes. Plus de 400 ressortissants mozambicains ont été expulsés d'Afrique du Sud la semaine dernière.Pour en parler, l'invité d'Anthony Lattier est Marc Gbaffou. Il préside, depuis 2008, l'ONG Diaspora africaine qui vient en aide aux migrants sud-africains.

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RFI : Le président sud-africain a présenté, cette semaine, des excuses aux Mozambicains pour les violences xénophobes qui ont eu lieu en Afrique du Sud récemment. Vous qui défendez les migrants, êtes-vous satisfait par cette déclaration ?

Marc Gbaffou : Je crois que les excuses ont été présentées dans un contexte bien précis et me laissent, pour cela, un peu perplexe. En effet, le président était en visite officielle au Mozambique pour négociations d’affaires. Aussi, je comprends très bien que, pour aller convaincre les Mozambicains de faire des affaires entre les deux pays, ce soit tout à fait normal que le président présente ses excuses avant de parler affaires. Mais pour moi, le contexte n’est pas très bien approprié. Le président aurait dû faire ça avant d’y aller.

Concernant maintenant les expulsions d’étrangers qui ont eu lieu ces derniers jours, pensez-vous qu’en expulsant ces étrangers, le gouvernement donne raison, en quelque sorte, d’après vous, aux manifestations anti-immigrés ?

C’est la lecture que nous faisons. La criminalité, on peut la combattre mais, quand l’opération qui est censée lutter contre la criminalité, a été détournée pour chercher les migrants qui sont sans papiers, nous disons là que le gouvernement a donné raison aux manifestants anti-immigrés. L’opération "Fiela" en langue locale veut ditre "nettoyer". Si cette opération est maintenant détournée pour arrêter les migrants, cela veut dire que le « nettoyage » dont vous parlez vous amène à penser que « la saleté », ce sont les migrants. Ainsi, vous voulez « nettoyer » les migrants qui représentent « la saleté » dans votre pays.

Le président sud-africain, Jacob Zuma, dans ses déclarations, met aussi implicitement en cause les pays voisins de l’Afrique du Sud, en particulier le Zimbabwe. Est-ce une façon de renvoyer également la responsabilité aux présidents de la région ?

Ce qu’il a dit c’est « faites en sorte que dans vos pays on ait des élections fiables, de sorte que les gens ne se déplacent pas vers l’Afrique du Sud », c’est ce qu’il a dit. Et par rapport à cela, on dit que le président a raison parce qu’il y a beaucoup de migrants qui ont été forcés de quitter leur pays car il y a certainement des abus des droits de l’Homme dans les pays en question. Mais il y a aussi des migrants qui sont venus de manière volontaire en Afrique du Sud et qui y font des affaires, qui investissent en Afrique du Sud et qui, par conséquent, contribuent au développement de l’économie sud-africaine.

Pourquoi, alors, l’Afrique du Sud durcit-elle sa politique migratoire ?

C’est peut-être une politique populiste, je dirais, que le gouvernement veut utiliser pour se faire comprendre par ses citoyens. Si vous observez bien, l’année prochaine on va aux élections municipales ! Il faut donc avoir de bonnes raisons pour aller, à nouveau, en campagne. Et donc, nous disons que c’est peut-être un moyen, pour le gouvernement sud-africain, de dire « Vous voyez, on vous écoute. Quand vous dites de chasser les migrants, on peut les chasser ».

Le parti au pouvoir est en train de se vider de ses membres et il faut donc trouver un moyen de maintenir les quelques uns qui restent encore. En effet, beaucoup de gens ont quitté le parti au pouvoir et ont formé des partis politiques. Aujourd’hui, ils défient le parti au pouvoir. De l’autre côté, la plus grande opposition a, aujourd’hui, un Noir qui a émergé et qui dirige cette opposition. Il y a donc une dynamique qui est en place aujourd’hui et qui est une réalité dont le gouvernement est bien informé, bien au courant.

Que doit l’Afrique du Sud aux migrants au cours de son histoire ?

Si l’Afrique du Sud sait son histoire, l’Afrique du Sud doit savoir que tout le continent, en majorité les pays africains, ont contribué pour que l’Afrique du Sud soit libérée ! On connaît la Tanzanie qui accepte que les gens comme les Nelson Mandela, comme les Thabo Mbeki ou autres aillent se cacher là-bas !

Aujourd’hui, c’est assez inquiétant que ces mêmes personnes - ce ne sont même pas leurs enfants ! Ce sont ces mêmes personnes - se retrouvent au pouvoir et, alors qu’ils dirigent le pays, on est en train de chasser les migrants de l’Afrique du Sud. C’est encore plus touchant quand vous savez qu’avant 1994, l’Afrique du Sud a fait venir des migrants notamment du Zimbabwe et du Mozambiuqe pour travailler dans des mines ! Aujourd’hui, les gens qui ont travaillé pour développer l’Afrique du Sud sont vus comme des migrants ! Ils ne sont pas acceptés parce qu’ils ont eu le malheur de naître hors de l’Afrique du Sud. Nous disons que ça, c’est injuste !

De quand date ce repli de l’Afrique du Sud sur elle-même ?

C’est tout dernièrement qu’on a vu ça. La première violence publique exprimée, c’était en 2008 lorsqu’au moins 62 migrants ont été tués. Rien n’a été fait pour renforcer la cohésion sociale ; rien n’a été fait pour condamner les gens qui ont commis ces crimes atroces !

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