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BAD: Albert Mabri T. fera passer un oral aux candidats

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Albert Mabri Toikeusse, ministre d’Etat ivoirien, président du Conseil des gouverneurs de la BAD.
Albert Mabri Toikeusse, ministre d’Etat ivoirien, président du Conseil des gouverneurs de la BAD. mabritoikeusse.org

Une femme et sept hommes pour un fauteuil. Cette semaine, à l’occasion des assemblées annuelles de la Banque africaine de Développement à Abidjan, on devrait connaître le nom du successeur de son président actuel, le Rwandais Donald Kaberuka qui cèdera sa place en septembre. La désignation devrait avoir lieu jeudi 28 mai à l’issue d’un vote de l’ensemble des actionnaires de la banque : les pays africains mais aussi des actionnaires non africains comme les Etats-Unis, le Luxembourg ou la France. Albert Mabri Toikeusse, est ministre d'Etat et président du Conseil des gouverneurs de la BAD et, à ce titre, fera passer un grand oral à chacun des candidats. En ce jour d’ouverture des Assemblée annuelles de la banque, il est l’invité de RFI.

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RFI : Ces assemblées annuelles de la BAD doivent déboucher à la fin de cette semaine sur l’élection d’un nouveau président de la Banque. Selon vous, il faut que ce soit un technicien, il faut que ce soit quelqu’un de la société civile, quelqu’un qui ait des habitudes des questions bancaires, des questions de haute finance ? Et qu’est-ce qui est d’après vous déterminant ?

Albert Mabri Toikeusse : La BAD est d’abord une banque de développement, c’est sa mission première. Ensuite c’est une banque, avec aujourd’hui le triple A. C’est un certain niveau qui a été atteint de performances, grâce au président sortant et à son équipe. Et évidemment, nous avons besoin que celui qui gère la BAD soit d’abord un leader et manager et puis ensuite qu’il comprenne les différentes problématiques. Ce n’est pas forcément un technicien. S’il l’est, il doit avoir d’autres dimensions. C’est un manager que nous cherchons, c’est quelqu’un qui peut donc donner un peu plus de volume, qui fera plus que Donald Kaberuka, qui a porté la Banque à un certain niveau. Mais je sais que nous aurons certainement dans les candidats des qualités requises pour diriger la Banque africaine de développement.

Ce travail-là a valu à la Banque africaine de développement d’être l’un des premiers contributeurs en matière d’aide financière au développement, en passe de supplanter des partenaires traditionnels comme la Banque mondiale, comme l’Union européenne, comme les bailleurs bilatéraux que peuvent être de la France, les Etats-Unis et tous ceux qui pourvoient à l’aide publique au développement. Est-ce que ça veut dire que, enfin le continent africain, grâce à cet instrument qui est la BAD, est en train de se prendre en main pour son propre développement ?

C’est ça l’objectif. Et justement, au cours de ces deux, trois dernières années, il a été demandé à la BAD de jouer le rôle de leader. Donc leader dans le lobbying, leader dans la coordination des grands projets de développement y compris les projets régionaux, leader également dans la conception des produits qui pourraient mieux servir la Côte d’Ivoire. C’est comme ça qu’est née Africa 50, le fonds des infrastructures qui va être lancé. Je voudrais dire que la BAD a pris ses responsabilités. Les Etats-membres régionaux l’ont encouragée, l’ont soutenue. Et ce rôle-là doit s’amplifier davantage. C’est un rôle essentiel. Nous avons besoin de cet instrument et je crois qu’avec l’efficacité qu’on connaît désormais à la BAD, nous pouvons dire que nous sommes en train de prendre entre nos mains notre destin.

Pour ces nouveaux partenariats, ce nouvel élan, d’après vous il vaut mieux que ce soit un ancien ministre des Finances tunisien, une ancienne ministre capverdienne, un Nigérian ?

Vous me voyez incapable de répondre à cette question. D’abord parce qu’il s’agit de la Côte d’Ivoire pays siège. Et puis celui à qui vous parlez actuellement est celui qui va présider le Conseil des gouverneurs, donc l’assemblée élective de la BAD, et je suis mal fondé à me prononcer.

On dit que l’usage est qu’on alterne un anglophone avec un francophone. Donald Kaberuka est considéré comme étant un anglophone bien que parlant parfaitement le français. Est-ce que là, d’après vous, ce sera plutôt un francophone qui aura l’avantage ?

Je ne commenterai que des règles écrites. Les règles non écrites on essayera en tout cas que l’esprit que l’assemblée essaie de leur donner un sens.

La prime à la féminité, ça peut jouer ?

Peut-être, peut-être pas. Dans tous les cas ce que nous voulons c’est de la compétence. La compétence peut se retrouver en la femme comme en l’homme. Et nous ferons en sorte que ce soit le meilleur qui soit choisi le 28 mai prochain.

Il y a beaucoup de lobbying qui se fait, ne serait-ce que parce qu’il y a des enjeux sous-régionaux. On peut considérer par exemple que le candidat malien ou la Capverdienne ont l’appui de l’UEMOA. Si on veut aller au-delà, la Cédéao peut soutenir le Nigérian ou bien le Sierra-Léonais. Ça a beaucoup joué ces dernières semaines, ces derniers mois, cette campagne de lobbying ?

Ce que je peux vous dire c’est que la Côte d’Ivoire, sur l’ensemble des candidats, nous restons ouverts. Maintenant, les discussions à l’échelon des instruments régionaux ou sous-régionaux des différentes communautés, évidemment moi je n’ai pas pris part à ce genre de débat, ni au niveau de l’UEMOA ni au niveau de la Cédéao. Peut-être, d’autres l’ont fait, mais en ce qui me concerne je pourrais vous dire que ce que nous allons regarder, ce que nous allons encourager, c’est que nous regardions bien les profils. D’ailleurs, les gouverneurs ont introduit l’idée du dialogue avec les candidats. Donc nous allons consacrer, après les travaux préliminaires, les premiers moments concernant l’élection à interviewer les candidats. Chacun passera à son tour pour répondre aux questions, pour avoir un débat avec les gouverneurs. Et après je pense que le choix sera suffisamment éclairé.

Donald Kaberuka, à votre avis, en septembre prochain qu’est-ce qu’il fera ?

C’est une bonne question, parce que j’ai eu à poser la question au président Donald Kaberuka, il ne m’a pas donné de réponse. Donc ce que je peux vous dire c’est que cet homme a beaucoup apporté à la BAD, à l’Afrique et d’ailleurs au monde du développement. Et je n’ai aucun doute que des portes vont s’ouvrir à lui pour que la grosse expérience qu’il a, sa disponibilité, son engagement, il puisse les mettre au service du développement, du monde et de la lutte contre la pauvreté, s’il devait encore servir au niveau de l’Afrique.

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