Chronique des matières premières

L'Europe échoue à lutter contre le bois illégal

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Greenpeace vient de publier une enquête sur le bois illégal en provenance d'Afrique centrale.
Greenpeace vient de publier une enquête sur le bois illégal en provenance d'Afrique centrale. www.greenpeace.org

Du bois illégal d'Afrique centrale continue d'entrer en Europe, selon une enquête de Greenpeace en RDC. L'Union européenne a beaucoup dépensé pour peu de résultats.

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La lutte de l'Europe contre le bois illégal est insuffisante, voire inefficace. C'est ce qui ressort d'un rapport de Greenpeace sur l'exploitation forestière en République démocratique du Congo. L'ONG a ciblé l'entreprise Cotrefor, dont la moitié des sciages rejoignent la France et le Portugal. Or, selon Greenpeace, le bois de cette entreprise libanaise n'est pas légal. Cotrefor a obtenu des concessions en plein moratoire en RDC, elle coupe sans permis spécial et au-delà des quotas une essence rare, l'Afrormosia, et elle traite mal ses employés, contraints à chasser pour pouvoir se nourrir une espèce de singe en voie de disparition, le bonobo.

Cet exemple illustre l'échec de l'Europe à lutter contre le bois illégal, deux ans après l'entrée en vigueur du Réglement Bois de l'Union européenne (RBUE). Il oblige les importateurs européens à vérifier la légalité du bois. Mais tous les pays membres ne l'ont pas mis en application. La France, le Portugal, l'Espagne et la Grèce sont particulièrement en retard. Ce qui explique qu'en deux ans, aucune sanction pénale n'aient été prononcée contre un importateur européen peu scrupuleux.

Paradoxalement, l'Europe avait les plus grandes ambitions au départ. L'objectif de la Commission européenne était d'aider les Etats forestiers via les accords de partenariat volontaires (APV) à rendre légal tout le bois qu'ils exploitent. Ce qui aurait mené chacun de ces pays à la fameuse autorisation FLEGT (Forest Law Enforcement Governance and Trade), une garantie pour les importateurs européens. Mais aucun ne l'a obtenue à ce jour.

Comment rendre légale toute la production d'un pays vaste comme la RDC, où le secteur industriel du bois (600 000 m3 de bois), déjà difficile à légaliser, ne représente qu'un dizième de l'exploitation informelle (5 à 6 millions de m3). « La marche était trop haute », résume Alain Karsenty, du Cirad, qui entrevoit un repli des exigences européennes vers un système de certification privée par les entreprises forestières elle-mêmes (type FSC ou PEFC). Entre temps, le contribuable européen aura dépensé quelque 10 milliards d'euros quand 10 millions auraient suffi.
 

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