Chronique des matières premières

De plus en plus de lait africain mêlé à la poudre de lait européenne

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Les importations de poudre de lait en Afrique ne sont pas nouvelles, depuis les indépendances, elles compensent la difficulté de collecter le lait des éleveurs ouest-africains et de le conserver.
Les importations de poudre de lait en Afrique ne sont pas nouvelles, depuis les indépendances, elles compensent la difficulté de collecter le lait des éleveurs ouest-africains et de le conserver. REUTERS/Eric Vidal

C'est la Journée internationale du lait, l'occasion de faire le point sur l'essor de l'industrie laitière en Afrique de l'Ouest.

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Alors qu'en France l'industrie laitière doit se mobiliser aujourd'hui pour encourager les Français à boire du lait, une habitude en recul dans l'Hexagone, le secteur laitier d'Afrique de l'Ouest a un bel avenir devant lui. Ce n'est pas que la consommation par habitant augmente, elle est stable depuis les indépendances, remarque Christian Corniaux, du Cirad, auteur d'une étude sur le secteur : de 20 litres par an dans les pays côtiers à plus de 50 litres dans les pays d'élevage sahéliens.

Mais l'essor de la population, notamment urbaine, nécessite évidemment des volumes croissants. Cela se traduit par une augmentation continue des importations de poudre de lait en Afrique de l'Ouest. Une aubaine pour les entreprises laitières européennes, qui auront de plus en plus d'excédents à écouler, la production européenne de lait n'étant plus limitée par des quotas.

Les importations de poudre de lait en Afrique ne sont pas nouvelles, depuis les indépendances, elles compensent la difficulté de collecter le lait des éleveurs ouest-africains et de le conserver. Des difficultés qui persistent dans les zones pastorales, où en outre dominent les races à viande. Ce qui n'empêche pas la production locale de lait de progresser en Afrique de l'Ouest, grâce à l'intensification de laiteries péri-urbaines.

Même les multinationales du lait se mettent au lait africain, aiguillonnées par les Etats, les ONG et les organisations paysannes. La collaboration entre Danone et la Laiterie du Berger au Sénégal, ou de Lactalis et Malilait sont des exemples. Les grandes entreprises laitières sauvent leur réputation sociale et environnementale, mais pas seulement. Le lait africain est parfois plus rentable, lorsque le prix de la poudre importée flambe, ce qui fut le cas en 2008 et 2013.

Pour éviter l'inflation du prix du sachet pour le consommateur, le lait africain a meilleur goût que la graisse végétale. Le lait africain permet aussi de diversifier la gamme des produits, en crèmes et en fromage. Il n'empêche, les importations de poudre sont encore indispensables en Afrique de l'Ouest, et le resteront à moins d'intensifier considérablement l'élevage laitier ouest-africain, ce qui imposera d'importer cette fois beaucoup de soja !

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