Revue de presse française

A la Une: l’incorrigible Montebourg!

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AFP

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Décidément, l’ancien ministre du Redressement productif ne fait rien comme tout le monde. Dégagé de toute responsabilité politique, reconverti dans le monde de l’entreprise, silencieux ces derniers mois sur la politique menée par ses ex-camarades du PS, voilà qu’Arnaud Montebourg s’est lâché hier dans une tribune publiée par Le JDD et cosignée par le banquier Mathieu Pigasse. Une tribune au vitriol pour l’action gouvernementale alors que le PS bouclait son congrès. Un congrès quelque peu éclipsé par la sortie de l’ancien ministre. Et ce matin, les commentaires vont bon train. Certains sont peu amènes…

« Le coup de pied de l’âne, s’exclame Le Midi Libre. Au dernier jour du congrès de Poitiers, Arnaud Montebourg se rappelle, à sa manière, au bon souvenir de ses ex-camarades socialistes, en publiant dans Le Journal du Dimanche une charge au vitriol contre le gouvernement Valls. Lui, dont le principal fait d’arme, lorsqu’il était aux affaires, est d’avoir posé en marinière pour faire la promotion du made in France, se permet de donner la leçon sur la montée du Front national. De pousser des cris d’orfraie contre les mauvais résultats de Hollande depuis son départ du ministère de l’Économie. À croire que le chef de file des frondeurs avait fait des miracles durant ses deux années à Bercy ! Isolé, saint Arnaud rumine sa vengeance en attendant sa résurrection politique. Toujours aussi orgueilleux, il se prend pour le sauveur. »

La Charente Libre n’est pas convaincue non plus : « jugée insultante par le PS qui y voit à la fois un soutien aux frondeurs et un crédit irresponsable apporté à l’argumentaire du Front national, la nouvelle torpille d’Arnaud Montebourg a eu pour seul mérite de réveiller quelque peu un congrès socialiste censé s’aligner comme un seul homme derrière la politique gouvernementale, alors qu’un tiers du PS y est toujours opposé. Pour le reste, relève encore le quotidien charentais, cette sortie tonitruante de l’ancien locataire de Bercy ne fait que brouiller un peu plus l’image d’un Arnaud Montebourg à la fois hors et dans la politique, poil à gratter et provocateur, qui devra se montrer bien plus convaincant s’il veut ranimer la flammèche d’une candidature possible en 2017. »

Tonitruante philippique

Pour Le Figaro, ce coup d’éclat d’Arnaud Montebourg est un coup de canif supplémentaire dans un parti miné par les divisions… Le Figaro qui reconnait, goguenard, quelques qualités à l’ancien ministre socialiste : « notamment celle de dire les choses sans rien travestir. Oui, le quinquennat de François Hollande conduit bel et bien à un “désastre” économique et politique, comme on en a rarement vu dans l’histoire récente du pays. Comment le résumer si ce n’est en constatant deux faits majeurs ? Le chômage a progressé spectaculairement, le Front national aussi. Le reste a peu d’importance. La tonitruante philippique de l’ancien ministre a au moins le mérite de rappeler aux socialistes la triste réalité. […] On suppose que la piqûre de rappel d’Arnaud Montebourg va contribuer à rallumer toutes les passions que l’exécutif s’était laborieusement employé à éteindre avec des compromis boiteux et des postures dérisoires. »

Libération, pour sa part, note que la réplique à Montebourg des hiérarques du PS, Cambadélis et Valls en tête, a été cinglante et que finalement « elle risque d’avoir l’effet contraire à celui recherché : elle installe le troisième homme de la primaire socialiste de 2011 dans la position d’incarner une alternative, celle d’une “gauche moderne” aux yeux de l’opinion. Car, si les sympathisants de gauche sont sensibles aux signes d’unité, pointe Libération, ils sont surtout à la recherche d’emplois et de pouvoir d’achat. Contrairement aux professionnels de la politique réunis à Poitiers, ils pourraient bien se dire que Montebourg, lui, ne crache pas dans la soupe puisqu’il n’en mange plus. Qu’il a le courage d’aller se frotter au monde réel de l’entreprise au lieu de pantoufler. Qu’il s’adresse désormais à eux et non pas aux apparatchiks de son parti. Qu’avec son patriotisme économique, si ringard à bien des égards, il les protégera. Des sympathisants qui pourraient s’en souvenir, en cas de non-renversement de la courbe du chômage, et de non-candidature du président sortant en 2017. Voire en 2022. C’est tout le pari de Montebourg. Encore faut-il qu’il tienne la route. »

Les partis politiques défaillants

En tout cas, relève L’Est Républicain, « au-delà du coup politique et des interrogations sur cette hébétude qui mène au “désastre”, selon les dires d’Arnaud Montebourg, ce retour surprise en forme de pied de nez pose la question du rôle des partis politiques. »

En effet, précise Sud Ouest, « les débats se déroulent désormais en dehors des partis politiques et Arnaud Montebourg en a apporté hier une preuve supplémentaire. Officiellement retiré – c’est lui qui le dit – de la “politique politicienne”, l’ancien ministre du Redressement productif n’avait pas jugé bon de venir à Poitiers pour assister au congrès du PS. Mais c’est un sacré pavé qu’il a lancé sur son parti à travers cette tribune. » Et s’il a préféré cette méthode, poursuit Sud Ouest, « c’est parce qu’il savait que l’écho en serait sans commune mesure. C’est parce qu’il a pris acte – après tant d’autres – du fait que les partis sont devenus des coquilles vides. »

Et Ouest France porte l’estocade : « les partis ont en commun de mal représenter la société, d’être surtout composés de professionnels de la politique, étrangers aux insécurités de toutes sortes, et d’avoir pour finalité de reproduire un système massivement rejeté. La politique nous parle valeurs républicaines. Mais les Français, comme le rappelle le provocateur Arnaud Montebourg, veulent plus de travail, moins d’impôt, de la simplification, de la sécurité. Pas de lois dont ils ne comprennent plus ni la teneur ni le sens. » Et plus largement, poursuit Ouest France, « parce qu’elles sont à côté de la vraie vie, les organisations se font déborder. Les banques ignorent l’initiative locale, le foisonnement créatif des banlieues ? Le financement participatif les contourne. Les transports publics sont défaillants ? Le covoiturage les double. Les élus n’écoutent pas ? Les plateformes contestataires prolifèrent. Les biens et services sont trop chers ? On se crée du pouvoir d’achat par l’échange, la colocation… »

Rescapés…

A la Une également ce lundi le témoignage glaçant dans Libération des rescapés de l’Hyper Cacher de Vincennes. Cinq mois après la terrible prise d’otage, les survivants racontent leurs quatre heures d’angoisse, certains qu’ils allaient tous tomber sous les balles d’Amedy Coulibaly…

Commentaire de Libé : « leur témoignage est un document précieux. Pour eux, mais aussi pour nous. Il en dit long sur la peur, le courage, la culpabilité, la nature humaine en somme. […] Depuis cinq mois, beaucoup a été dit, beaucoup a été fait pour réparer – ou tenter de réparer – les dommages causés. Mais pour ces 26 otages, la vie se découpera désormais en deux parties : avant et après ce 9 janvier. »

Stan le buffle

Et puis le tennis à Roland Garros, « Le monde est Stan », s’écrie L’Equipe. En effet, « le suisse Stan Wawrinka a créé la sensation, relève le quotidien sportif, en dominant le N°1 mondial Novak Djokovic, hier en finale. »

La « sensation Wawrinka », renchérit Le Figaro. De même que Le Parisien. « Alors qu’on ne lui accordait qu’une chance infime de triompher face à Novak Djokovic, relève le journal, le Suisse a réalisé le match de sa vie pour s’imposer en quatre manches. C’est lui qui succède à Nadal au palmarès. […] Un buffle succède au taureau. »

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