Aujourd'hui l'économie

Le Traité transatlantique en rade au Parlement européen

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Espace Léopold, siège du Parlement européen à Bruxelles.
Espace Léopold, siège du Parlement européen à Bruxelles. WimBarbier / Wikimedia

Le Parlement européen qui devait se prononcer ce mercredi 10 juin sur le texte proposé par la Commission a finalement reporté son vote sine die. C'est un sérieux revers pour le Traité transatlantique de libre-échange actuellement en cours de négociation entre Bruxelles et Washington.

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Dans l'opinion publique, l'opposition au traité est de plus en plus vive. Deux millions de citoyens européens ont déjà signé la pétition contre ce partenariat transatlantique de commerce et d'investissement. Une pression que les élus de tous bords ne pouvaient ignorer plus longtemps, d'où les centaines d'amendements déposés au Parlement pour adoucir un texte jugé par les ONG comme bien trop menaçant pour l'Union européenne.

Martin Schulz, le président du Parlement a préféré annuler le vote et le débat prévu aujourd'hui pour éviter l'étalage des fractures politiques sur le sujet. Car de ce côté-ci de l'Atlantique, ce traité de libre-échange vendu comme un plus pour la croissance est perçu au contraire comme un danger pour l'économie européenne.

Ces craintes sont-elles justifiées ?

Selon le chercheur Jean-Baptiste Velut, les services comme l'agroalimentaire américain sont plus compétitifs que leurs concurrents européens. Les entreprises européennes du secteur ont donc du souci à se faire. Par ailleurs, plus globalement, les entreprises comme les gouvernements européens ont de bonnes raisons de s'inquiéter de la procédure d'arbitrage prévue par le traité en cas de litige entre une société et un État, car on voit chaque jour à quel point les Américains ont coutume de mobiliser des bataillons d'avocats pour plaider leur cause et finalement obtenir gain de cause.

C'est sur la question du tribunal d'arbitrage que l'opposition des parlementaires européens est la plus musclée. Enfin, il y a des divergences profondes de culture économique. Le principe de précaution, cher aux Européens, ne va-t-il pas voler en éclat sous les coups de boutoir d'une Amérique qui privilégie la prise de risque ?

Côté américain, quelles sont les résistances ?

Les Américains ne comprennent pas l'intransigeance des Européens sur les OGM ou sur la cour arbitrale, ces dossiers pourraient donc bien constituer des points de blocage de part et d'autre de l'Atlantique. Mais ce débat a été relégué au second plan. Pour le moment, ce qui agite le Congrès, c'est l'autre traité en cours de négociation, le Traité Trans-Pacifique (TPP). Les syndicats qui accusent l'Alena, l'accord de libre-échange nord-américain, d'avoir précipité les délocalisations vers le Mexique redoutent de voir le phénomène se reproduire, cette fois vers l'Asie.

Barack Obama a donc bien du mal à convaincre quand il explique que les accords commerciaux en cours de discussion sont bons pour les exportations américaines et donc pour les emplois. La Maison Blanche a déjà le feu vert du Sénat, il lui manque celui du Congrès pour obtenir un mandat de négociation dite accélérée avec l'Asie et l'Europe. À Strasbourg, comme à Washington, les parlementaires sont bel et bien en train de compromettre l'avancée de ces accords de libre-échange.


♦ En bref dans l'actualité économique : 

Une pièce de monnaie va-t-elle déterrer la hache de guerre entre le Royaume de Belgique et la République française ? 

Pour commémorer le 200e anniversaire de la fameuse bataille de Waterloo perdue par Napoléon le 18 juin 1815 face à la coalition des monarchies européennes, la Belgique voulait émettre une pièce de 2 euros à l'effigie du site, mais Paris y a mis son veto. Qu'à cela ne tienne, les Belges ont commencé hier à frapper une pièce de 2,5 euros.

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