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Invité Afrique

Ibrahim Thiaw: «L’Afrique va aller à Paris avec un programme très ambitieux»

Audio 05:04
Ibrahim Thiaw.
Ibrahim Thiaw. © PNUE

Les préparatifs vont bon train à six mois de la prochaine conférence des Nations unies sur le climat. Un programme pour accélérer le développement des énergies renouvelables en Afrique sera notamment discuté lors du sommet de l’Union africaine ce week-end en Afrique du Sud. Actuellement, plus de la moitié de l’énergie utilisée sur le continent provient de la combustion du bois. L’Afrique possède pourtant d’immenses ressources (vent, soleil, eau) mais pas assez d’infrastructures pour en tirer profit. Ibrahim Thiaw, directeur exécutif adjoint du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), sous-secrétaire général des Nations unies, répond aux questions d'Anthony Lattier.

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RFI : Nous sommes à six mois de la prochaine Conférence de l’ONU sur le climat, elle aura lieu à Paris en décembre. Quelle devrait être la stratégie ou encore les objectifs des pays africains pour cette COP 21 (Conférence des Nations unies sur les changements climatiques à Paris) ?

Ibrahim Thiaw : Je pense que la première stratégie de tous les négociateurs, c’est d’abord de réduire les émissions de gaz à effet de serre. L’Afrique devrait peut-être aussi chercher à trouver les moyens de réduire elle-même ses émissions, même si elles sont extrêmement faibles. Vu la progression de la démographie africaine, il me semble important que l’Afrique se prépare à promouvoir l’accès à l’énergie renouvelable qui réduira les consommations des produits pétroliers qui eux-mêmes sont émetteurs de gaz à effet de serre. L’Afrique va aller à Paris avec un programme très ambitieux de promotion des énergies renouvelables, comme un moyen d’assurer le décollage économique du continent.

Ce programme africain qui doit promouvoir l’accès à l’énergie et qui sera défendu à la COP 21. De quoi s’agit-il précisément ?

Sans trop rentrer dans les détails des questions qui sont en cours de négociation, je dirais que c’est un programme très ambitieux qui allie, à la fois, les changements climatiques et le développement économique à travers des secteurs clé comme l’agriculture ou alors la petite et moyenne entreprise.

Aujourd’hui, près de 7 Africains sur 10 n’ont pas accès à l’électricité et cette situation va s’empirer avec la croissance démographique. C’est le continent qui a le coût de l’énergie le plus cher au monde alors que c’est en même temps le continent dont les ressources renouvelables sont quasiment infinies. L’Afrique regorge de soleil, de vent, d’énergie géothermique. Il s’agit donc de transformer l’économie africaine à travers l’accès aux énergies renouvelables qui sont des énergies propres, je le précise, qui n’émettent donc pas de gaz à effet de serre et qui sont absolument compatibles avec les négociations de la Conférence de Paris.

Est-ce que vous avez des pistes de financement pour ce programme ?

Oui. C’est évidemment ce que l’Afrique est en train de faire. Vous avez dû suivre le sommet du G7 qui vient de se tenir en Allemagne et qui a ressorti cette question dans son communiqué. C’est parce que les Africains y ont été et ont posé cette question et ils vont le faire avant d’arriver à Paris avec tous les partenaires africains.

L’Afrique a beaucoup de partenaires et ces mêmes partenaires ont tout à fait intérêt à ce que ce programme énergétique se réalise. On voit que plusieurs jeunes Africains quittent le continent pour aller migrer vers d’autres continents, au péril de leur vie, parce qu’ils n’ont pas accès à l’emploi. Or, cette perte de capacité africaine de matière grise contribue à piéger le développement économique du continent. On forme des jeunes pour que ces derniers aillent mourir en route ou en mer à la recherche de la lumière. Ce sont donc des facteurs importants à considérer et qui rentrent, bien sûr, parfaitement dans le cadre des négociations, encore une fois, de la convention sur les changements climatiques.

C’est un programme qui coûterait combien ?

Il me semble que pour la Conférence de Paris, les Africains vont demander à mettre en place un programme avec une subvention qui pourrait aller jusqu’à 5 milliards de dollars qui serviraient à catalyser les investisseurs privés à hauteur de 15 ou 20 milliards. En gros, on a besoin d’un programme très ambitieux qui serait soutenu par des fonds publics qui réduiraient les risques d’investissements et qui attireraient les investisseurs parce que la production énergétique est une activité rentable, bien-sûr.

Cela, parce que les frais d’infrastructure, c’est souvent aux Etats de les prendre en charge. Ils sont trop lourds pour les investisseurs privés ?

Exactement. Ensuite, il faut aussi qu’au niveau africain, les chefs d’Etat mettent en place des politiques pour l’accès et la pénétration de l’énergie renouvelable. Il y a aujourd’hui des barrières qu’il faut lever pour que l’Afrique puisse bénéficier des énergies renouvelables de la même manière qu’elle bénéficie aujourd’hui de la technologie mobile.

Quelles sont les barrières dont vous parlez ?

Vous savez, il y a une ancienne politique de monopole pour les sociétés de production et de distribution d’électricité. Ce monopole doit être revu.

Pour ouvrir à la concurrence ?

Pour ouvrir aux partenariats public-privé, par exemple. Cela se fait déjà dans beaucoup de pays africains et ça marche bien.

Il y a des taxes qui sont imposées sur certains produits technologiques qui font que l’accès à ces produits devient extrêmement cher et l’acquisition de ces produits par les ménages est par conséquent très chère. C’est une barrière qu’il faut également enlever.

Et il y a donc un certain nombre de politiques qu’il faut mettre en place au niveau continental et au niveau des institutions sous-régionales d’intégration économique et sociale pour que l’on puisse créer un marché. Aujourd’hui, avec un milliard d’habitants, l’Afrique est un marché qu’il faut prendre au sérieux.
 

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