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A la Une: la transition est-elle en danger au Burkina Faso?

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© AFP/Pius Utomi Ekpei

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Une question partagée par bon nombre de médias burkinabè ce mercredi, à commencer par le site d’information Fasozine : « A quelque quatre mois de la fin de l’épique transition engagée par le Burkina Faso suite au départ forcé de l’ex-président Blaise Compaoré, les pilotes du processus, notamment le Premier ministre, n’ont toujours pas le sommeil tranquille. Des éléments du RSP, le Régiment de sécurité présidentielle, se seraient ligués pour, dit-on, arrêter le chef du gouvernement pendant que celui-ci revenait d’une visite de travail à Taïwan. Info ou intox ? Toujours est-il qu’au lendemain du retour du lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida, deux officiers et le chef du corps du RSP ont été convoqués et auditionnés par la gendarmerie au sujet de cette rumeur de coup de force qui défraie la chronique dans la capitale burkinabè. Et comme si cela ne suffisait pas, des coups de feu ont été entendus dans le quartier abritant la présidence du Faso dans la nuit de lundi à mardi. »

En effet, relate Le Pays, des éléments du RSP « ont tiré en l’air en protestation contre la convocation de leur chef de corps, le lieutenant-colonel Céleste Coulibaly. » Du coup, relève le journal, « en attendant que des explications officielles viennent lever un coin de voile sur ces énièmes bruits de bottes, ces évènements viennent à nouveau réveiller les peurs à peine enfouies des Burkinabè qui ne savent pas de quoi demain sera fait. Les inquiétudes sur le frêle navire de la transition sont décuplées et elles sont d’autant plus justifiées que l’attelage est à quelque trois mois du bout du tunnel. »

Alors, « quelles que soient les causes de ce regain de tension, poursuit Le Pays, le constat crève les yeux que c’est la militarisation de la transition qui prend en otage la quiétude de la nation. De quoi donner raison à tous ceux qui, dès le début, pensaient que le péché originel de la transition a été le choix de Zida comme Premier ministre. Et là, la responsabilité des politiques est fortement engagée. Un civil comme Premier ministre aurait sans doute évité ces coups de sang à répétition. »

Manipulation ?

« Pourvu que la transition ne soit pas piégée », soupire pour sa part le quotidien Aujourd’hui, qui évoque une forme de manipulation exercée par les autorités de transition : le chef du gouvernement aurait agi en « intelligence avec des organisations de la société civile ». Le Premier ministre aurait « voulu affubler ses anciens compagnons d’armes de la tunique du diable, en vue de remporter la bataille de l’opinion publique, devant lui permettre d’assener le coup fatal (pour éventuellement rester au pouvoir en prolongeant la transition). Il est en passe de le réussir, estime le journal, car la réaction du RSP qui a bandé ses muscles, a suscité une avalanche de commentaires indignés au sein de la population. Et des organisations pourraient appeler leurs militants et sympathisants à battre le macadam, dans les tous prochains jours. »

Alors, attention, prévient Aujourd’hui, « il conviendra que le chef du gouvernement, la société civile et les soldats du RSP comprennent que leurs querelles de clochers, devant leur permettre de s’assurer des lendemains sûrs, n’intéressent nullement les Burkinabè dans leur grande majorité. Ce qui les préoccupe en ce moment, à quelque trois mois de la fin de la transition, c’est la réussite du processus électoral. C’est à cette tâche-là que doit s’atteler l’ensemble des acteurs-clés du processus de démocratisation de notre cher Burkina Faso. »

D’autant que le pays doit faire face plus que jamais à la menace jihadiste, affirme L’Observateur Paalga. En effet, précise-t-il, « selon des sources dignes de foi, certains pays gagnés par le terrorisme jihadiste comme le Tchad auraient informé nos plus hautes autorités de ce que Boko Haram, la secte islamiste nigériane traquée jusque dans ses derniers retranchements, aurait jeté son dévolu sur le Burkina Faso comme terre de repli. C’est du reste ce qui a provoqué, dès dimanche dans la soirée, la tenue d’une réunion d’alerte de la haute hiérarchie militaire autour du chef d’état-major général des armées, le général Zagré. Ce n’est donc pas le moment de se chamailler, s’exclame L’Observateur Paalga, car il serait quelque peu suicidaire de prendre à la légère cette menace jihadiste quand on constate que ce n’est plus au Nord-Mali qu’opèrent les fondamentalistes religieux mais plutôt au sud, notamment à la frontière entre les trois pays frères : le Mali, la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso. »

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