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A la Une : inculpations en série en Côte d'Ivoire et en Guinée

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© AFP/Pius Utomi Ekpei

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« C’est à croire que les justices ivoirienne et guinéenne s’étaient concertées, relève le site d’information guinéenLedejely.com. Dans l’un et l’autre des deux pays limitrophes, ce sont en effet des dossiers judiciaires fort sensibles qui viennent de connaître un sérieux coup d’accélérateur. En Côte d’Ivoire, le bond qualitatif consiste en l’inculpation, pour la première fois, de partisans d’Alassane Ouattara impliqués dans la crise postélectorale. Quasiment, au même moment, c’est le capitaine Moussa Dadis Camara qui, au terme de sa seconde audition dans le cadre des massacres du 28 septembre 2009, se voit notifier son inculpation formelle. Dans les deux cas, pointe encoreLedjely.com, la justice fait montre d’un incroyable courage et redonne de l’espoir aux victimes et à la réconciliation. (…) Naturellement, poursuit le site guinéen, du côté des proches de Dadis, on ne voit pas les choses sous cet angle. Ainsi, selon le porte-parole des FPDD, le parti au nom duquel le convalescent de Ouagadougou entendait briguer la magistrature suprême, il y a un lien douteux entre la subite accélération que connait la gestion du dossier et le fait que le capitaine Dadis ait dernièrement manifesté sa volonté de s’allier avec le chef de l’opposition, Cellou Dalein Diallo. Le président Alpha Condé tirerait les ficelles. L’argument ne manque pas de sens, estimeLedejly.com. Mais il aura de la peine à trouver un écho favorable dans un contexte sociopolitique où l’inculpation de l’ex-patron du CNDD, à défaut d’être désirée, était plutôt attendue par bon nombre de Guinéens. »

En tout cas, avec cette inculpation de Dadis, « l’alliance annoncée entre les FPDD de Dadis Camara, et l’UFDG de l’opposant Cellou Dalein Diallo, risque de rester éternellement au stade de projet, estime Guinée Conakry Infos. Pour s’en convaincre, rappelle le site guinéen, il suffit de se référer au tollé général qui avait suivi la rencontre entre les leaders des deux formations politiques qui, loin de leurs bases, s’étaient engagés, le 19 juin dernier, dans un projet qui ressemblait fort à un saut dans l’inconnu. »

L’action d’une justice indépendante…

La Côte d’Ivoire à présent, avec l’inculpation d’une vingtaine de proches du président Ouattara pour des crimes commis pendant la crise postélectorale. « Parmi eux, pointe Le Pays au Burkina, deux anciens commandants de zone et pas des moindres : Chérif Ousmane et Losséni Fofana. Quand on sait le rôle important que ces derniers ont joué sur le plan militaire dans la victoire d’ADO, l’on comprend que le sujet soit suffisamment embarrassant pour gêner aux entournures les autorités ivoiriennes. (…) Toujours est-il que ce qui a été longtemps réclamé par le camp adverse, qui criait à cor et à cri à la justice des vainqueurs, est en train de se réaliser, relève Le Pays. Et si le souci des autorités ivoiriennes est de lutter contre l’impunité et de mettre tous les Ivoiriens sur un pied d’égalité devant la justice, cela est à saluer. »

… Ou bien manœuvre du pouvoir ?

A signaler que les quotidiens ivoiriens restent assez prudents, voire circonspects, sur cette affaire. Fraternité Matin, proche du pouvoir, se borne à rapporter les propos du porte-parole du gouvernement, Bruno Koné, pour lequel « le gouvernement n’a pas à commenter ce qui n’a pas encore été jugé. Laissons la justice faire son travail. » Bruno Koné qui a rappelé la promesse du président Ouattara « de ne pas interférer dans les affaires de la justice ».

Le quotidien indépendant L’Intelligent jette un pavé dans la mare en affirmant qu’aucun chef militaire pro-Ouattara n’a été inculpé. Pour l’instant, affirme encore le journal, ils n’ont qu’été « entendus par la justice ».

Enfin, pour la presse d’opposition, il s’agit d’un écran de fumée : « Ça saute aux yeux, s’exclame ainsi Le Nouveau Courrier. Face à la pression permanente des ONG de défense des droits de l’homme qui réclament inlassablement un " rééquilibrage " des poursuites et aussi de la Cour pénale internationale qui réclame les criminels du camp Ouattara à La Haye, le régime veut faire diversion. Objectif : se donner l’image d’un pouvoir qui ne pratique pas la justice des vainqueurs et obtenir un répit devant le feu roulant des critiques sur l’impunité concernant ses hommes qui prévaut pourtant de manière flagrante en Côte d’Ivoire. »

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