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Obama au Kenya: «L’UA occupe une plus grande place dans notre politique»

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REUTERS/Jonathan Ernst TPX IMAGES OF THE DAY

C’est une visite attendue de longue date. Le président américain Barack Obama a atterri au Kenya hier soir. Il est le premier chef d’Etat américain à visiter non seulement le Kenya mais également l'Ethiopie où il est attendu dimanche. Quels sont les enjeux de ce déplacement ? Pour en parler, RFI reçoit Robert Jackson, sous-secrétaire d’Etat adjoint chargé des affaires africaines. 

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RFI : Robert Jackon, la visite du président Barack Obama se déroule sous très haute sécurité. Pourquoi était-il si important pour le président américain de se rendre au Kenya, malgré cette menace sécuritaire ?

Robert Jackson : Le président a estimé que c’était un bon moment. La sécurité est une préoccupation, mais il faut poursuivre nos entretiens avec les personnalités et les pays importants !

Pour quelles raisons était-ce le bon moment ? Parce que le président kenyan n’est plus poursuivi par la Cour pénale internationale ?

En partie oui. Depuis le Sommet des leaders des Etats-Unis et de l’Afrique l’année dernière, les relations avec le Kenya se sont beaucoup améliorées et nous avons estimé que faire cela en connexion avec le Sommet de l’entrepreunariat serait très approprié. Nous avons beaucoup d’intérêts au Kenya, des investissements très importants, une coopération concernant non seulement le Kenya, mais également la Somalie et le Soudan du Sud.

Parmi ces intérêts communs il y a évidemment la lutte contre les shebabs, puisque les Etats-Unis sont impliqués dans l’Amisom. Selon vous, aujourd’hui quel serait le bon dispositif pour arriver rapidement à mettre les shebabs hors de nuire ?

En ce moment le Kenya, l’Ethiopie et l’armée de Somalie et d’autres partenaires de l’Amisom [réalisent] des avancées importantes contre al-Shebab et nous allons parler avec les autorités du Kenya [de la manière dont] nous pouvons collaborer davantage. Les radicalisations aujourd’hui ont lieu aussi sur le sol kenyan.

La réponse kenyane aux dernières attaques a soulevé quelques critiques sur la faiblesse de l’appareil sécuritaire et aussi sur la répression sans discrimination parfois contre les populations somalies ou musulmanes. Craignez-vous que ça ait des effets contreproductifs ?

Une réponse purement sécuritaire ne va pas répondre au problème. Et le président va répéter clairement qu’il faut une réponse qui ne cible pas les réfugiés de Somalie. Ils sont des victimes, pas des terroristes.

La sécurité sera également évidemment, au cœur des discussions à Addis-Abeba, où Barack Obama doit s’entretenir avec la présidente de la Commission [de l'Union africaine]. Là aussi, c’est une première pour un président américain. Pourquoi ce choix ? Quel est le message vis-à-vis du rôle de l’Union africaine sur le continent ?

Depuis quelques années l’Union africaine occupe une plus grande place dans notre politique. De notre point de vue, ils ont fait un travail très important de la Somalie au Burundi, en Afrique de l’Ouest, et nous voulons encourager cet engagement.

De votre point de vue, l’Union africaine doit être au premier plan pour ce qui concerne les crises sur le continent ?

Absolument.

Et parmi les sujets qui seront abordés à Addis-Abeba il y a également le Soudan du Sud déchiré par une guerre civile. On dit que Barack Obama bénéficie d’une grande influence dans ce pays. Envisage-t-il de s’en servir pour s’impliquer davantage dans la résolution de ce conflit, et si oui, de quelle manière ?

Je suis certain que le président va parler des possibilités de résoudre la crise avec les leaders du Kenya, de l’Ethiopie et de l’Union africaine. L’Ethiopie a joué le rôle primordial dans les négociations et continue [de le faire]. Nous voulons encourager les Ethiopiens à poursuivre leurs pourparlers.

Les Etats-Unis seraient favorables à des sanctions si aucun rapprochement n’aboutissait entre les deux parties ?

Déjà nous avons mis des sanctions en place et nous sommes favorables à utiliser cet outil s’il n’y a pas de résolution. Soyons clairs : la crise c’est une crise qui pourrait être résolue facilement avec la bonne volonté des deux côtés. Et le fait que ça a duré dix-neuf mois n’est pas acceptable.

Ce n’est pas le premier déplacement de Barack Obama en Afrique, mais c’est la première fois qu’il se rend dans des pays, certes en forte croissance économique, mais aussi contestés du point de vue du respect des droits de l’Homme. Qu’est-ce que ça signifie ?

Au Kenya, [Barack Obama] va dans une démocratie. En Ethiopie, nous aurons des conversations concernant le respect des droits humains. Et je considère personnellement que c’est un peu comme son voyage en Birmanie il y a quelques années : depuis son engagement il y a eu beaucoup d’avancées dans le développement de la démocratie en Birmanie. Nous espérons les mêmes résultats avec son engagement en Ethiopie.

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