Accéder au contenu principal
Revue de presse française

A la Une: l’Europe se referme-t-elle?

Audio 06:36
AFP

Publicité

Débordée par l’afflux des réfugiés, l’Allemagne a dû se résoudre dimanche à fermer, provisoirement, ses frontières avec l’Autriche, provoquant ainsi une sorte d’effet domino.

Résultat, soupire Le Figaro, un « invraisemblable capharnaüm règne aujourd’hui en Europe, un capharnaüm que l’emballement et les zigzags de Berlin n’ont fait qu’aggraver. L’un après l’autre, constate le quotidien d’opposition, les pays d’Europe – de la Roumanie aux Pays-Bas – rétablissent les contrôles aux frontières, modifient leur législation, mobilisent l’armée ou envisagent de déclarer l’état d’urgence. Les accords de Schengen sur la libre circulation n’existent plus que sur le papier, affirme encore Le Figaro. Ceux de Dublin, qui rendent le pays d’arrivée responsable de l’accueil, sont devenus inapplicables face aux millions de candidats à l’exil massés en Turquie, au Liban, en Jordanie et en Libye. »

Pour Libération, on est loin de ce tableau apocalyptique… « la décision surprise de l’Allemagne de suspendre les accords de Schengen est une façon de forcer les pays réfractaires, comme la Hongrie à faire face à leurs responsabilités. » En effet, précise Libération, « si cette apparente volte-face de Berlin s’explique par une situation en passe de devenir incontrôlable et par les critiques croissantes d’une partie du camp conservateur, il s’agit aussi clairement d’exercer une pression sur les pays qui se refusent à l’instauration de quotas d’accueil obligatoires voulus par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, avec le soutien de Paris et Berlin. »

D’ailleurs pas de grand chamboulement, précise encore Libération. « Les autorités allemandes tiennent à rappeler que leur politique ne change pas sur le fond. “Les contrôles provisoires aux frontières ne sont pas la même chose qu’une fermeture des frontières, c’est complètement différent. Des réfugiés vont continuer à venir en Allemagne, nous espérons que cela se déroule dans le cadre d’un processus mieux ordonné”, a précisé hier Steffen Seibert, le porte-parole de la chancellerie. » Et Libération de conclure : « Berlin corrige un peu la route, mais garde le cap. »

En tout cas, les européens n’arrivent toujours pas à s’entendre… C’est ce que constatent, entre autres, Les Echos. « Les Européens n’arrivent toujours pas à parler d’une seule voix sur la question des réfugiés, relève en effet le quotidien économique. La réunion de crise, qui s’est tenue hier à Bruxelles, a souligné une nouvelle fois les fractures qui traversent l’Europe sur ce problème menaçant de faire vaciller le sacro-saint principe de libre circulation. Le principe de répartir 120 000 demandeurs d’asile au sein des Etats membres n’a ainsi suscité qu’une adhésion limitée de la part des ministres de l’Intérieur, au point que ceux-ci ont échoué à s’entendre sur un communiqué commun à l’issue de la réunion. »

Et Les Echos de constater que « les pays européens toujours divisés sur l’instauration de quotas nationaux ont renvoyé à octobre toute discussion sur leur répartition. »

Alors quelles solutions ? Pour le quotidien économique, il faut « s’attaquer aux causes profondes de cette crise. Celle-ci perdurera tant que les guerres en Irak et en Syrie se poursuivront. Et la responsabilité pour trouver une solution n’incombe pas seulement à l’Union européenne, mais aussi à l’Amérique, à la Russie et à l’Iran, deux pays qui continuent de soutenir le régime à Damas de Bachar el-Assad, et vraisemblablement aux pays arabes. Les bombardements aériens lancés par l’Amérique et ses alliés en Irak et en Syrie pour viser les positions de l’organisation Etat islamique ne mettront pas un terme à ces guerres. Il faudra un engagement beaucoup plus large. Sans cela, sans un traitement à la racine, l’Europe continuera d’être submergée par l’afflux de réfugiés. »

Analyse similaire pour Le Journal de la Haute-Marne : « tant que Daech occupera de larges territoires en Syrie et en Irak et y maintiendra un ordre barbare, le phénomène migratoire ne fera qu’empirer. Quelques bombardements de plus n’y feront rien. L’envoi de troupes au sol s’imposera tôt ou tard. Faute de quoi, il faudra entourer l’Europe de barbelés et de miradors. Cela ne correspond pas tout à fait à l’idée qu’avaient en tête les pères fondateurs de ce qui est devenu l’UE. »

En attendant de s’attaquer aux racines du mal donc, il faut s’organiser… « Personne ne viendra à bout de cette crise en se recroquevillant sur son foyer, pointent ainsi Les Dernières Nouvelles d’Alsace. La seule façon d’y répondre est de s’organiser collectivement, de façon pragmatique et de se partager la tâche. »

La Charente Libre renchérit : « l’Europe doit surmonter ses divisions et ses égoïsmes, agir collectivement pour canaliser dignement un flot de réfugiés qui est loin de se tarir. »

Enfin, conclut La République des Pyrénées, « au-delà des “égoïsmes” nationaux, aiguisés par l’agit-prop des populistes habiles à exploiter les inquiétudes et incompréhensions des opinions, ce qui se joue en ce moment, c’est l’avenir peut-être de ce sentiment d’être européen aussi avec notre argent et surtout nos papiers, sentiment que l’on n’éprouve jamais aussi fort que lorsqu’on revient du dehors de la frontière extérieure commune. »

Sur le front…

Direction l’Irak à présent, au plus près de Daech, avec ce reportage à lire dans Le Monde… Reportage poignant sur le monastère de Mar Mata, tout près de Mossoul, la capitale de l’organisation Etat islamique. « Perché à flanc de montagne, rapporte l’envoyée spéciale du Monde, Mar Matta, le plus ancien monastère d’Irak, domine la plaine de Ninive. Ce nid d’aigle syriaque orthodoxe, fondé au IVe siècle par l’ermite Mathieu, a survécu aux empires perse et ottoman, aux envahisseurs mongols et aux conquêtes kurdes. Aujourd’hui, la menace vient de Daech. Pourtant, l’endroit résiste grâce à cinq moines et deux familles de Mossoul qui refusent de quitter les lieux. »

En fait, ce monastère se situe tout près du front, tenu par les combattants kurdes peshmergas et les milices chrétiennes. « Au soir, les combats s’intensifient, poursuit l’envoyée spéciale du Monde. “Tac tac tac tac” : kalachnikov. “Bom bom bom bom” : doshka. “Tchomp” : mortier. Les premières étoiles s’allument. A l’ouest, le soleil se couche, embrasant le ciel. Au sud, vers Bashiqa puis Mossoul, des feux rougeoient dans la plaine, résultats des tirs et des bombardements. Du monastère, la scène est impressionnante. […] “Les peshmergas sont là, ils tiennent les positions. Mais si l’EI décide de lancer une offensive et que les Kurdes fuient comme l’an dernier…”, commence le père Youssef. Puis un demi-sourire malicieux étire ses lèvres : il écarte des broussailles du bout de son bâton. Un souterrain, caché. Plusieurs partent ainsi du monastère et débouchent dans la montagne. “S’ils arrivent cette nuit, regarde, poursuit-il, tu n’as qu’à t’enfuir par ici. Ils ne te rattraperont jamais”. Derrière lui, les lueurs des incendies éclairent faiblement un chemin de chèvres qui grimpe et se perd dans les massifs, sous le ciel étoilé. »

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.