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Invité Afrique

Ra-Sablga Seydou Ouédraogo: «La dissolution du RSP est une décision historique»

Audio 05:25
Ra-Sablga Seydou Ouédraogo.
Ra-Sablga Seydou Ouédraogo. Aristide Oued

Au Burkina Faso, le Régiment de sécurité présidentielle (RSP) à l'origine du coup d’État du 16 septembre 2015, a été officiellement dissous. C'est l'objet d'un décret pris par le Conseil des ministres hier – le premier conseil des ministres depuis le putsch. Une décision très attendue par les organisations de la société civile et par une grande partie de la population burkinabé. Elle met fin à un long de bras de fer entre le RSP, la garde prétorienne de l'ex-président Blaise Compaoré, et les organes de la transition. Deux jours avant le coup d’État, la commission de réconciliation nationale et des réformes avait publié un rapport qui préconisait déjà la dissolution du RSP. Ra-Sablga Seydou Ouédraogo est le rapporteur de cette commission. Il s'exprime pour la première fois depuis le coup d’État. Quelle est la portée de cette décision et ses conséquences ? Quel sort va être réservé aux putschistes ?

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RFI : Le gouvernement de transition a, dès hier, vendredi, annoncé la dissolution du RSP. Quelle est votre réaction, aujourd’hui ?

Ra-Sablga Seydou Ouédraogo : Je pense que c’est une excellente nouvelle. C’est une décision historique. Le Burkina Faso n’est plus le même après cette décision. Il faut que ce renouveau continue sur d’autres champs dont celui de la justice et de la démocratie. Le RSP constituait une armée dans l’armée burkinabè. Il était la cause de plusieurs disfonctionnements dans le commandement militaire dans le pays et c’est sur cette analyse que la commission avait recommandé sa dissolution ainsi que le redéploiement de ses éléments à d’autres missions que celle de la sécurité du chef de l’Etat.

Mais selon vous, est-ce que cette dissolution arrive au bon moment ?

C’est une décision que nous n’espérions pas aussi rapidement. Nous pensions que l’on aurait pu prendre du temps dans les négociations et dans les arrangements, avec des réformes importantes pour y arriver. Or, on nous a précipité dans une crise qui se trouve être la crise la plus grave de l’histoire du Burkina Faso et c’est tout le bien que l’on pouvait tirer de ce grand mal qui est arrivé au Burkina Faso. Il fallait l’acter tout de suite et du reste, le démantèlement et le désarmement du RSP est en cours. C’est une très bonne chose.

Pensez-vous que le Régiment de sécurité présidentielle va accepter facilement cette décision ?

Les positions de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle occupées à l’intérieur de la ville de Ouagadougou sont aux mains de l’armée libériste. Dans le camp Naaba Koom II - le principal camp - on est en train d’y ramasser les armements. Quelques dizaines de personnes, restées fidèles au général Diendéré, s’y sont cantonnées. Je pense donc qu’il n’y a aucun risque. L’armée nous assure que tout est sous contrôle. Et puis, il y a un processus de réaffectation du régiment des soldats du RSP à d’autres missions à l’intérieur de l’armée. Il faut bien comprendre que, de notre point de vue, dissolution n’a jamais voulu dire radier les éléments et les soldats du RSP. Bien au contraire, il s’agissait de leur ouvrir d’autres possibilités de carrière à l’intérieur de l’armée burkinabè, au service de la démocratie et de la liberté. Il faut le faire mais il faut également prendre soin que la justice soit faite, y compris pour les responsables du RSP qui ont attenté à la démocratie burkinabè à travers ce putsch. Cette issue est indispensable.

Donc pour vous, le général Diendéré ainsi que d’autres membres du RSP doivent être jugés ?

Toutes les personnes qui ont, me semble t-il, participé à ce putsch doivent être traduites devant les instances judiciaires. Il ne s’agit pas de faire une chasse aux sorcières. On observe une grande fraternité de la part des militants contre le putsch vis à vis des soldats du RSP, mais il faut bien comprendre que cette tolérance du peuple nécessite que, très vite, la justice se mette en branle.

Justement, une fois que le RSP sera dissout comment vont se dérouler les poursuites judiciaires ?

De mon point de vue, il y a deux choses à faire. La première, c’est que le procureur militaire doit être saisi par le ministre de la Défense qui se trouve être le chef de l’Etat lui-même, et cela, pour engager une action en justice et mettre aux arrêts le général Diendéré ainsi que les putschistes. Car en effet, on n’a pas besoin d’une commission d’enquête pour cela puisque les aveux sont publics. Il a avoué lui-même à la télévision nationale et sur d’autres chaines. Il faut donc en tirer les conséquences. Il y a également le procureur général qui doit immédiatement mettre en branle, à mon avis, une action qui existe déjà mais qu’il faut officialiser. Et tout cela, pour faire en sorte que tous les complices ainsi que les commanditaires civils et autres, soient également mis aux arrêts ou, en tout cas, qu’il y ait une action judiciaire qui soit ouvertement enclenchée.

Pensez-vous que le gouvernement de transition va confirmer la non-éligibilité aux prochaines élections des candidats proches du CDP, le parti de Blaise Compaoré ?

Concernant la réalité d’exclusion, il n’en existe pas au Burkina Faso. Le code électoral est le résultat de la transposition des prescriptions de la charte africaine de la démocratie et des élections. Je fais passer une information importante qui n’est peut-être pas suffisamment révélée. En effet, une fois que le Conseil constitutionnel a indiqué que les candidatures aux législatives sur les listes du CDP et autres avaient été invalidées, ils ont remplacé leurs candidats. Le processus était ainsi en cours. Je pense du reste que le consensus social et politique est très fort sur cette question et qu’il faut donc envisager d’autres perspectives car on ne reviendra pas en arrière, me semble t-il, sur cette question là.

Donc vous confirmez qu’il y aura surement des candidats du CDP qui seraient des nouveaux candidats et qui pourront se présenter aux prochaines élections présidentielles ?

Ils ont remplacé des candidats aux législatives qui ont été réclamés par le Conseil constitutionnel sur la base du Code électoral. Aussi, à moins qu’il y ait une volte-face de leur part, tout cela continue. En tout état de cause, je pense qu’ils iront aux élections, c’est toute la sagesse que l’on puisse souhaiter.

Reste la date des élections. Faut-il les organiser vite, selon vous ?

C’est une très bonne question qui implique de dire ce qu’il y a d’impératif à faire avant les élections. L’ensemble des acteurs est en train de se concerter là dessus. J’espère que les concertations vont prendre une forme officielle très rapidement. Peut-être novembre ou décembre mais pas plus tard.
 

 

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