Revue de presse française

A la Une: la crise à Air France

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AFP

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Deux mille neuf cents postes supprimés, des salariés déboussolés, des syndicalistes excédés, et des excités qui en viennent à molester deux dirigeants de la compagnie en arrachant leurs chemises aux cris « d’à poil à poil ! ».

Triste spectacle, constate la presse ce matin. « La chemise déchirée du DRH de la compagnie aérienne sévèrement secoué par des salariés en colère a donné hier une terrible image d'un “dialogue social à la française” où seul compte le rapport de force », déplore L’Est Républicain.

Le Parisien constate également les dégâts : « déjà sérieusement affaiblie par la stratégie suicidaire de ses pilotes et plombée par des grèves indécentes aux conséquences financières désastreuses, la compagnie aura du mal à se relever du spectacle donné hier. Ces images d'un DRH, à moitié nu, hagard, évacué sous les cris par un service de sécurité dépassé ont fait le tour du monde. »

Les Echos haussent le ton : « trop c'est trop ! Après les occupations d'usine, les dégradations d'outil de travail et les patrons séquestrés, voilà donc venu le temps de l'agression physique des dirigeants. […] Ce qui s'est passé hier chez Air France est plus qu'un énième débordement. En s'en prenant physiquement à quelques-uns des dirigeants présents en comité central d'entreprise – en manquant de les lyncher, selon les termes d'un syndicaliste ! – quelques centaines d'excités ont fait sauter un verrou symbolique. Celui qui sépare une société moderne dans laquelle les conflits se règlent par le dialogue d'avec une civilisation où prévaudrait la loi du plus fort. Rien ne peut justifier de tels comportements, surtout pas dans une compagnie qui privilégie de longue date le dialogue social. »

Le Figaro s’agace également : « il est des images qui ne grandissent pas, c’est le moins que l’on puisse dire, le dialogue social à la française. Le guet-apens dans lequel sont tombés plusieurs cadres d’Air France lors de la présentation du plan social de la compagnie est tout simplement inqualifiable. »

Et finalement, poursuit Le Figaro, « ce dérapage incontrôlé, et l’affaire Air France en général, résume mieux qu’un long discours le blocage social dont souffre la France. À partir d’un diagnostic indiscutable – la compagnie aérienne doit impérativement se réformer pour résister à la concurrence et assurer sa survie –, direction et syndicats n’ont jamais pu bâtir ensemble un véritable plan de redressement, par la faute, notamment, du corporatisme des pilotes. »

Libération fait peu ou prou le même constat : « le cas Air France symbolise toutes les tares et impasses du dialogue social à la française. Incapable de se réformer autrement que dans le conflit et la douleur, là où son partenaire hollandais KLM est parvenu à un accord avec ses 2 800 pilotes pour faire évoluer en profondeur leurs conditions de travail. Le contraste est saisissant entre les deux branches du groupe Air France-KLM. »

Trop de charges !

Toutefois, il n’y a pas que les pilotes, tempère Libération. Air France souffre de deux handicaps majeurs : « le premier a trait au différentiel de cotisations sociales entre la compagnie et ses principaux concurrents européens. Si les personnels d’Air France ne sont globalement pas mieux payés que ceux des autres grandes compagnies européennes – c’est même parfois l’inverse –, ils coûtent en revanche nettement plus cher à leur employeur en raison du poids des prélèvements sociaux. […] Deuxième handicap pour Air France, constate encore Libération : le coût de la redevance dont le principal utilisateur du hub aéroportuaire de Roissy-Charles-de-Gaulle doit s’acquitter auprès d’Aéroports de Paris. ADP qui rapporte chaque année de gros dividendes à l’Etat actionnaire a fait de Roissy le deuxième aéroport le plus cher d’Europe après Heathrow et continue d’augmenter ses tarifs. »

Et Libération de conclure : « l’Etat actionnaire devra lui aussi faire un effort, s’il veut éviter – risque bien réel – de voir Air France passer sous contrôle étranger. »

En effet, pointe Le Journal de la Haute-Marne, « la valorisation boursière d'Air France s'est rétrécie de près de 25 % depuis le début de l'année. Cela en fera bientôt une proie facile, surtout si le conflit s'enlise et s'envenime. De quoi calmer ceux qui veulent en découdre physiquement avec les cadres dirigeants et ceux qui n'envisagent l'avenir du groupe qu'à travers le petit périmètre de leur cockpit. »

Les Apple, Google ou autre Amazon vont-ils enfin payer leur dû ?

A la Une également, l’accord mondial sur l’évasion fiscale… Un accord « auquel personne ne croyait », s’exclame Le Monde en première page. « L'OCDE a finalisé un texte, précise le journal, signé par 62 pays pour contrer “l'optimisation fiscale agressive” des grands groupes, comme Apple, Google ou Amazon. Les grandes puissances, les pays en voie de développement et les centres offshore, après deux ans de négociations, vont signer l'accord, ce vendredi, à Lima. Ce consensus est un véritable tour de force. Les quinze mesures, applicables dès 2016, devraient “inverser le mouvement”, à défaut de supprimer l'évasion, relève encore le quotidien du soir. Il ne sera plus possible d'exporter des profits dans un paradis fiscal, ils seront désormais taxés dans le pays où la valeur est produite. »

Libération, pour sa part, reste prudent… « L’OCDE crie victoire. Allant jusqu’à déclarer qu’elle venait de siffler la “fin de la récréation” pour les Google, McDo et autres multinationales championnes de l’évitement fiscal et qui font perdre, chaque année au niveau mondial, entre 100 et 240 milliards de dollars de recettes d’impôts sur les bénéfices de sociétés. Reste à mettre en musique un accord politique qui concerne 62 pays. Cette partition se jouera ou non une première fois vendredi à Lima, lors d’un G20 des ministres des Finances, et une seconde fois au niveau des chefs d’Etats et de gouvernement, en Turquie en novembre. »

Le Parisien donne un exemple précis d’optimisation fiscale que l’on pourrait qualifier d’abusive, celle du site internet Airbnb : « Paris est la première destination mondiale des utilisateurs d'Airbnb. Ce sont plus de 500 000 touristes qui se sont logés dans la capitale en passant par le site Internet de locations saisonnières en 2014. Le chiffre d'affaires, jamais dévoilé, dépasserait les 100 millions d’euros en France. Et pourtant, Airbnb n'a payé que 85 000 euros d'impôt sur les sociétés dans notre pays en 2014. Un chiffre en baisse de 13 % sur un an ! Car, officiellement, explique Le Parisien, en France, Airbnb n'est qu'une SARL d'une quinzaine de salariés. Et ce n'est pas elle qui engrange les 12 % de commission prélevés sur les locations françaises. La transaction est gérée par des filiales situées à Londres et en Irlande. La SARL, elle, ne serait là que pour conseiller les autres filiales du groupe. »

C’est donc ce genre de pratiques qui devraient disparaître avec cet accord mondial sur l’évasion fiscale. On attend de voir…

 

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