Revue de presse Afrique

A la Une: la mort de Mathieu Kérékou

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© AFP/Pius Utomi Ekpei

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L’ancien président du Bénin s’est éteint hier à Cotonou. Il avait 82 ans. En 30 ans de règne, il a su faire glisser le pays de la dictature militaro-marxiste à la démocratie. Frappé par la limite d’âge, il avait quitté le pouvoir en 2006.

La vie de Mathieu Kérékou « se confond avec l’histoire de notre pays, le Bénin, souligneLa Nouvelle Tribune, à Cotonou. Sur les 55 ans d’indépendance en effet, Kérékou, le sous-officier affecté à la garde d’Hubert Maga, premier président du Dahomey indépendant, aura régné presque sans partage près de 30 ans, inaugurant une tradition qui ne s’est jamais démentie à la tête de notre pays : celle des “hommes providentiels”. L’histoire retiendra que le trait principal de cet homme était sa capacité d’adaptation. C’est quand on le croyait définitivement enterré qu’il savait rebondir. » D’où son surnom de caméléon.

Exemple, rapporte La Nouvelle Tribune, « en février 1990, à la clôture de la Conférence nationale, c’est à la dernière minute que le Grand Camarade de lutte avait tranché entre les tenants du maintien de l’ordre révolutionnaire et ceux du renouveau démocratique. A chaque fois, le même scénario se répétait : un silence de plusieurs jours qui laissait l’impression d’un homme hésitant, suivi de la décision qui libérait tout le monde. C’est qu’en bon général, il savait évaluer les rapports de force et jusqu’où il pouvait aller. »

« On disait de lui qu’il avait 7 vies, rapporte Fraternité Matin en Côte d’Ivoire, tant il avait su résister aux bourrasques de la vie politique de son pays avec l’intrépidité du général qu’il fut. Le Caméléon aura fait, au total, trois décennies à la tête du Bénin et impulsé sous sa gouvernance, à cette République, l’essentiel des réformes qui lui valent encore d’être perçue en Afrique comme la bonne élève de la démocratie. »

Et effet, complète Fraternité Matin, « caméléon, il l’aura été en se pliant aux exigences du moment et aux choix de ses concitoyens. Tour à tour, il fut communiste-révolutionnaire, marxiste-léniniste, promoteur du parti unique, démocrate. Et même dans sa vie personnelle il avait pris différentes couleurs : sans religion, intermède avec l’islam, puis pasteur évangélique prosélyte. »

Le grand virage de la démocratie

Le site guinéen Ledjely.com revient sur le moment déterminant de la vie de Kérékou qui se confond avec l’histoire du Bénin : le grand virage de la fin des années 80 : Mathieu Kérékou réalise alors que « le pays s’achemine vers le gouffre et que sur le plan politique, l’explosion est la seule issue. Comme inspiré par les anges, il décide de tout arrêter. Sentant le souffle vivifiant de la démocratie bien avant le fameux discours de la Baule, de François Mitterrand, il lance l’idée d’une vaste consultation nationale qui débouche sur l’initiative tout aussi innovante des Assises nationales. Rassurés et confiants, les opposants se joignent à la démarche. Il en sort notamment une nouvelle constitution favorisant le multipartisme. Dans la foulée, en 1991, poursuit Ledjely.com, sont organisées les premières élections véritablement démocratiques que Mathieu Kérékou perd et dont il accepte le verdict, sans rechigner. Résolument inscrit dans la logique de la repentance, il ne se mue pas non plus en opposant soucieux d’empêcher le nouveau président, Nicéphore Soglo, de gouverner. Au contraire, il reste discipliné dans le sens républicain du terme. Réalisant qu’il avait véritablement changé, ses compatriotes récompensent sa prise de conscience en le portant de nouveau à la tête du pays, respectivement en 1996 et 2001. Dernier mandat au terme duquel, il ne fait, remarque Ledjely.com, ni comme Blaise Compaoré, ni comme Denis Sassou-Nguesso, encore moins comme Pierre Nkurunziza. »

La suite est connue, en bon caméléon, Mathieu Kérékou entamera alors une nouvelle vie consacrée à Dieu… C’est ce que souligne L’Observateur Paalga au Burkina : « comme les voies du Seigneur sont insondables, et comme pour mieux se préparer à l’ultime voyage qu’il a entamé hier, après avoir servi les hommes dans l’armée et dans la politique, après son second passage à la présidence, cet athée avait lâché son bâton de commandement pour devenir pasteur évangélique, même si son ombre continuait de planer sur la vie politique nationale. »

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