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Liberté de la presse: «La Bourse Ghislaine Dupont et Claude Verlon offre l’espoir»

Audio 05:27
En 2014, les deux lauréats de la Bourse Ghislaine Dupont et Claude Verlon, Rachelle Tessougué, journaliste, et Sidi Mohamed Dicko, technicien radio.
En 2014, les deux lauréats de la Bourse Ghislaine Dupont et Claude Verlon, Rachelle Tessougué, journaliste, et Sidi Mohamed Dicko, technicien radio. RFI

RFI a lancé l’an dernier à Bamako la bourse Ghislaine Dupont et Claude Verlon pour rendre hommage à ses deux reporters assassinés le 2 novembre 2013 à Kidal. Fidèle à l’esprit du journalisme indépendant, Ghislaine et Claude et aussi à leur volonté de le transmettre aux jeunes générations, cette Bourse offre un mois de formation à Paris à un jeune technicien et un jeune journaliste. Le jury s’est réuni hier, dimanche 1er novembre, à Antananarivo et a choisi les lauréats parmi les dix journalistes et dix techniciens qui viennent de suivre une formation de deux semaines dans la capitale malgache.Cette après-midi ce sont les lauréats de l’an dernier qui remettront la Bourse à leurs successeurs. Rachel Tessougué et Sidi Mohamed Dicko répondent aux questions d’Yves Rocle.

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RFI : Vous avez été les premiers lauréats de la bourse Ghislaine Dupont et Claude Verlon. Que représente cette bourse pour vous ?

Rachel Tessougué : Pour moi, c’est un honneur, un grand honneur d’avoir été la première lauréate de cette bourse, la lauréate de la première édition de cette bourse Ghislaine Dupont et Claude Verlon. Et pour moi, cette bourse représente le flambeau de la liberté de la presse. Je pense que Ghislaine et Claude nous ont passé ce flambeau et c’est à notre tour, Sidi et moi, de passer ce flambeau à nos frères et sœurs malgaches, et ainsi de suite, pour que la liberté de la presse puisse aller de l’avant.

Sidi Mohamed Dicko : Exactement, ce que Rachel a dit, cette bourse représente pour moi cette image noire que j’ai dans ma tête dans laquelle il y a une autre image blanche qui sort, qui est l’espoir. Cette bourse donne l’espoir à tout à chacun, à tous ceux qui n’en ont pas, à tous ceux qui sont réprimés, parce qu’ils disent la vérité, parce qu’ils informent. Ce flambeau, nous devons, comme on l’a déjà commencé, continuer avec nos frères et sœurs malgaches et ainsi de suite.

Cette mémoire de nos deux confrères assassinés, elle est toujours vivante au Mali ?

Sidi Mohamed Dicko : Bien sûr qu’elle est vivante. Il y a des associations qui sont là-bas, pilotées par la presse écrite, audiovisuelle. Il y a aussi notre association qui est là. Il y a quand même pas mal de choses qui sont là, qui tournent autour. Même ceux qui ne sont pas de la presse parlent de ça, parce que pour le Malien lambda, si je peux m’exprimer ainsi, ça a été une honte pour moi, ce qui s’est passé.

Toujours cette mémoire malgré l’enquête qui piétine, malgré les coupables qui courent toujours ?

Rachel Tessougué : Bien sûr. Les Maliens gardent cela en mémoire parce que ça a été, je dirais un cauchemar pour nous, pour la presse malienne et même pour tous les Maliens en général parce que deux personnes, deux journalistes, un journaliste et un technicien, qui étaient là, qui faisaient correctement leur travail et qui ont été assassinés, c’est une insulte pour le peuple malien.

Donc cet après-midi, vous allez transmettre le flambeau comme vous l’avez dit, en remettant la bourse aux deux nouveaux lauréats. Vous aurez une certaine émotion, j’imagine ?

Rachel Tessougué : Bien sûr. C’est une grande émotion. En tout cas parce que comme je le disais, c’est un flambeau que nous allons passer. Nous allons passer ce flambeau de la liberté de la presse à nos frères et sœurs malgaches et je pense que c’est une très belle chose.

Sidi Mohamed Dicko : C’est exactement une bonne chose de passer ce flambeau à notre frère ou à notre sœur malgache et qui, nous espérons bien, va s’occuper vraiment bien de ça, va continuer à faire régner ce que ces deux journalistes ont toujours fait, l’amour de ces deux métiers. Le reste, vivement la prochaine édition aussi.

Parce que si j’ai bien compris, vous restez les premiers lauréats et vous continuez à multiplier les initiatives ?

Sidi Mohamed Dicko : Exactement. A Bamako déjà, on a mis déjà un réseau en place, le réseau des journalistes techniciens des reportages à Ghislaine Dupont et Claude Verlon. On a créé même un site. Au lieu que ce soit directement le nom de ces deux, on a pris l’initiative après mille réflexions de dire « Notre monde » qui est un monde du bic, du papier, un monde de câblage, un monde de micros. Donc au lieu de citer tout ça, on a juste pris l’initiative de nommer le site « Notre monde ». Et sur ce site, il y a des infos, une partie réservée aux journalistes qui vont mettre des infos, une partie blog-forum sur lequel on peut poser des questions. Mais l’accueil, c’est les objectifs de ce réseau et aussi la photo de Ghislaine Dupont et de Claude Verlon, ainsi que leur bio qui est juste en bas, en lien.

L’éducation contre la barbarie, l’information indépendante contre l’obscurantisme, vous pensez pouvoir gagner ce combat ?

Rachel Tessougué : Je pense que ce combat, on peut le gagner. Ça ne sera pas facile. Ça sera avec beaucoup de difficultés surtout en Afrique où on ne peut pas tout dire, où il y a beaucoup de sujets tabous. Mais on va continuer le combat, on va continuer avec persévérance dans l’intégrité. On va le faire.

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