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Affaire Zakaria Moumni: Me Ralph Boussier, avocat du Maroc, répond

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Maître Ralph Boussier, avocat du Royaume du Maroc. Ici, quelques instants avant le début d'un procès au tribunal de Lyon, le 12 décembre 2014.
Maître Ralph Boussier, avocat du Royaume du Maroc. Ici, quelques instants avant le début d'un procès au tribunal de Lyon, le 12 décembre 2014. ERIC CABANIS / AFP

« Il faut tordre le cou à cette histoire inventée! » Le Maroc réplique après l'interview donnée par Zakaria Moumni et sa femme Taline, le 11 octobre dernier sur RFI. Le champion de kick-boxing marocain se bat pour que soient traduits devant la justice ceux qu'il appelle ses «bourreaux». Dans le livre L'homme qui voulait parler au Roi, il raconte qu'il a été torturé pendant 4 jours en 2010 pour avoir trop insisté auprès des autorités dans le but d'obtenir un poste au sein du ministère marocain des Sports. Zakaria Moumni a été libéré en 2012 après une grâce du roi Mohammed VI. Maître Ralph Boussier, avocat du Royaume du Maroc, est l'invité d'Anthony Lattier.

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RFI : Zakaria Moumni reçoit depuis plusieurs mois des menaces par sms sur sa page Facebook ; des individus ont sonné chez lui ; il reçoit des montages pornographiques... Est-ce que vous condamnez ce genre de pratiques ?

Maître Ralph Boussier : Oui, bien sûr. Aucune menace, même pour quelqu’un qui réécrit une histoire qui n’existe pas, n’est justifiable, bien entendu.

Sur RFI, Zakaria Moumni a dit qu’il voulait simplement dans cette affaire, maintenant, que le roi du Maroc reconnaisse qu’il a été torturé sur son territoire. Le royaume est-il prêt à le faire ?

Non, parce que Zakaria Moumni n’a jamais été torturé. Et s’il l’avait été, il aurait été simple, depuis le temps où il le prétend, qu’il produise des certificats médicaux ou des certificats d’hospitalisation montrant qu’il aurait subit des tortures. Je pense qu’il faut être sérieux et tordre le cou à cette histoire complètement inventée pour dissimuler, en réalité, le fait que Monsieur Moumni est un escroc condamné par la justice marocaine de façon définitive.

Des organisations de défense des droits de l’homme disent que quelqu’un l’a rencontré à sa sortie de prison et qu’il avait un certain nombre d’égratignures.

Je veux bien qu’elles disent ça. Il se trouve que j’ai une action en diffamation qui est pendante devant la 17ème chambre correctionnelle qui viendra pour être plaidée le 15 avril. Et vous savez pertinemment que dans le cadre de ces actions-là, il y a ce qu’on appelle l’obligation pour la partie poursuivie - si je puis dire - de rapporter la preuve des allégations diffamatoires qu’elle a tenues. Monsieur Moumni n’a jamais rien produit. Ce ne sont que des allégations pour dissimuler, encore une fois, le fait qu’il a été condamné pour escroquerie, un point c’est tout.

Son avocate, elle, dit que Zakaria Moumni a tout de suite dit qu’il avait été torturé mais que sa plainte, en tout cas, n’a pas été consignée à ce moment-là par la justice marocaine.

Je me suis fait communiquer l’intégralité du dossier et la justice marocaine, comme la justice française, fonctionne quasiment à l’identique, à savoir que si un détenu sortant d’un commissariat passe devant le procureur de la République pour être entendu, si le procureur de la République ou le procureur du roi, en l’espèce, se rend compte qu’il a des blessures apparentes, il y a immédiatement une expertise médicale. En l’espèce, est-il passé devant le procureur ? Est-il passé devant le tribunal ? A-t-il vu un confrère ? Il n’y a jamais eu tout ça ! Toutes les allégations de Monsieur Moumni tombent à l’eau.

En février 2014, Zakaria Moumni a porté plainte, en France, pour torture contre Abdellatif Hammouchi, le patron du contre-espionnage au Maroc, et contre le secrétaire du roi. Le 27 mars de cette année, la justice française a envoyé une dénonciation officielle aux fins de poursuite aux autorités marocaines. Cela signifie qu’elle estime qu’il y a suffisamment d’indices et que ça vaille le coup d’ouvrir une enquête au Maroc, mais qu’on ne peut pas le faire en France, évidemment. Est-ce que c’est un revers pour l’Etat du Maroc ?

Je veux reprendre deux choses. Première chose : comment Monsieur Zakaria Moumni peut-il venir prétendre que ce soit le secrétaire particulier de sa majesté ou le directeur général de la DGST qui s’intéressent au petit escroc que c’est ? Là aussi, il faut arrêter. Ce n’est personne ! Il n’existe pas !

Sur le fond, Monsieur Moumni essaie de justifier qu’il aurait reconnu Monsieur Hammouchi au moment où il était torturé. J’ai lu avec beaucoup d’attention, vous imaginez bien, professionnellement, son livre. Il le découvre à la télévision, un certain mois de juillet, lorsqu’il est détenu en prison. Bon, j’ai très mauvais esprit, certes, mais je pense que, pas plus que Monsieur Moumni, il s’est dit « pour que ce soit intéressant, il faut que je trouve une vedette » et une vedette, à l’époque, c’était effectivement Monsieur Hammouchi. Un point c’est tout.

Pour vous, il n’a jamais vu Abdellatif Hammouchi ?

Ça c’est certain. Pas plus que Monsieur Mounir Majidi.

Concernant la justice marocaine, pourquoi n’ouvre-t-elle pas d’enquête ?

Parce qu’il n’y a pas d’éléments.

Mais la justice française lui a transmis des éléments.

Ça, c’est un autre point. Le parquet de Paris a transmis cela, je crois, en avril ou en mai dernier. Le temps que cela arrive – puisque vous savez que les arcanes de transmission ne sont pas simples – je sais qu’en ce moment, la justice marocaine, bien entendu, est en train d’examiner ce dossier qui lui a été communiqué et elle répondra comme a répondu la justice française, à savoir vraisemblablement « manque d’éléments ».

Mais en tout état de cause, aujourd’hui, que ce soit la France ou que ce soit le Maroc, les deux pays ont régularisé, en son temps - le Maroc avant la France - la Convention de New York anti-torture. Donc, lorsqu’il y a des faits de torture qui sont allégués, il faut ouvrir une enquête. L’enquête sera ouverte.

L’enquête sera ouverte, d’après vous ?

Bien sûr, bien sûr.

Vous avez intenté plusieurs procédures contre Zakaria Moumni pour diffamation, pour dénonciation calomnieuse. Est-ce que ce n’est pas de l’acharnement judiciaire ?

C’est autant que de l’acharnement médiatique que le royaume du Maroc subit aujourd’hui.

Vous allez intenter de nouvelles procédures contre lui ?

Bien entendu. L’ensemble des propos tenus devant toutes les chaînes de télévision qui ont bien voulu lui accorder quelques instants ou au travers de son livre seront soumis à l’appréciation des tribunaux français.

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