Aujourd'hui l'économie

Espagne: l’indépendance de la Catalogne, un repli égoïste ?

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Un supporter du maintien de l'Espagne unie observe les marchandises d'un militant séparatiste catalan devant le Parlement de Catalogne, le 9 novembre 2015.
Un supporter du maintien de l'Espagne unie observe les marchandises d'un militant séparatiste catalan devant le Parlement de Catalogne, le 9 novembre 2015. REUTERS/Albert Gea

La Catalogne avance vers l'indépendance. Le Parlement de la province espagnole a lancé lundi 9 novembre le processus. Madrid fera tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher cette sécession, en grande partie alimentée par le ras-le-bol fiscal.

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L'aspiration indépendantiste de la Catalogne se nourrit d'abord de son histoire. Cette province a une forte identité, une langue propre qui légitime ce combat. Mais depuis quelque temps le transfert de l'impôt vers les régions les plus pauvres de l'Espagne est devenu l'argument étendard du discours sécessionniste. On l'a bien vu au moment de la consultation sur l'indépendance organisée à la fin septembre : le débat s'est focalisé sur ce que les indépendantistes nomment le déficit fiscal, c'est-à-dire la différence entre l'impôt versé à Madrid et ce qui est reçu dans la province. Ce déficit se monterait à 16 milliards d'euros par an selon les calculs des partisans de la sécession. Soit l'équivalent de 8% du produit intérieur brut de la région. L'économie de la Catalogne est florissante. Elle représente 20% du produit intérieur brut de l'Espagne. Rapporté au nombre d'habitant, le revenu catalan est supérieur à la moyenne européenne. Mais ce déficit fiscal serait devenu une entrave à son développement.

Cet argument est devenu très populaire à la faveur de la crise de la dette

Les Catalans ont l'impression de payer pour les régions qui n'ont pas fait les efforts nécessaires pour se réformer, pour assainir leurs finances. Ce repli égoïste est aussi à l'oeuvre en Ecosse, dans la Flandre belge, ou dans la Vénétie italienne, d'autres régions européennes travaillées par des poussées sécessionnistes. Dans ces régions riches appartenant à un Etat central très endetté, les partisans de l'indépendance instrumentalisent volontiers l'argument fiscal pour étayer leur cause. Les habitants des provinces prospères ont longtemps supporté le fardeau de la solidarité parce que leur économie profitait du marché national. Les produits fabriqués dans les régions riches étaient vendus dans tout le pays. Mais la mondialisation a modifié cet équilibre - une thèse défendue par Laurent Davezies auteur de Le nouvel égoïsme territorial. Dans le sud de l'Italie ou de l'Espagne on achète désormais des produits asiatiques parce qu'ils sont moins chers. Et les producteurs des régions florissantes peuvent plus facilement s'affranchir des frontières nationales pour exporter dans toute la zone euro et au-delà. A quoi bon rester dans le giron d'un Etat qui n'assure plus un essor équitable ?

Les Catalans gagneraient-ils vraiment en prospérité en devenant indépendants ?

Cela ne va pas de soi parce qu’il y a beaucoup d’inconnues. D'abord le fardeau fiscal ne serait pas forcément allégé de 16 milliards d'euros comme le laissent entendre les indépendantistes. Les Catalans seraient soumis à de nouveaux impôts pour financer leur protection sociale, leur sécurité. Tandis qu'ils perdraient immédiatement les revenus sociaux, notamment en matière de retraite. Ensuite, le tissu économique en pâtirait, car plusieurs chefs de grosses entreprises catalanes ont prévenu : ils n'ont pas l'intention de maintenir leur siège dans une Catalogne indépendante parce que leur marché est d'abord espagnol. La mondialisation a certes redistribué les cartes mais pas au point de dissoudre complètement la notion de marché national. La moitié des « exportations » de la Catalogne sont destinées au reste de l'Espagne.

Enfin la Catalogne demeure l'une des provinces espagnoles les plus endettées. Et elle ne pourrait plus bénéficier de l'aide de Madrid en cas de crise, comme cela a été le cas en 2012.

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