Aujourd'hui l'économie

Electrifier l’Afrique, un défi pour la COP21

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3300 panneaux solaires ont été installés sur le toit d'un centre commercial de Nairobi, au Kenya.
3300 panneaux solaires ont été installés sur le toit d'un centre commercial de Nairobi, au Kenya. AFP/SIMON MAINA

La conférence climat s’est ouverte ce matin à Paris. Avec des enjeux très variables d'une région à l'autre. Gros plan sur l'Afrique, un continent déjà victime du réchauffement, alors qu'il est sous-équipé sur le plan énergétique.

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L'Afrique subit déjà les conséquences du réchauffement climatique avec l'avancée du désert, l'érosion des côtes,  alors qu'elle n'en est en rien responsable, car le processus de l’électrification est encore balbutiant. L'Afrique représente aujourd'hui 3% des émissions mondiales de carbone. Seulement 25% des habitants reçoivent du courant. La consommation totale d'électricité est inférieure à celle de l'Espagne. Les ménages africains sont pourtant ceux qui dépensent le plus au monde pour couvrir leur besoin en énergie avec les moyens du bord, l'essence pour faire tourner les générateurs, le charbon ou le bois de chauffe. Le prix de cette énergie de subsistance est estimé à 10 euros le kilowattheure, en France c'est plutôt 15 centimes d'euros. Ce prix exorbitant, tout comme les pénuries récurrentes, sont un frein à la croissance. Pour le bien-être de la population comme pour le décollage du continent, il est urgent d’y remédier.

L’Afrique peut-elle réussir son électrification en évitant de devenir un pollueur  ?

Le continent en a les moyens …naturels. La République démocratique du Congo, par exemple, a les fleuves pour construire les barrages, elle joue donc à fond la carte de l'hydro-électrique. Le Kenya mise aujourd'hui sur la géothermie. Et le Maroc ou l'Ethiopie sur le solaire bien sûr. L'avantage de l'Afrique c'est qu'elle doit construire son parc de centrales au moment où le coût des énergies renouvelables rejoint celui des énergies fossiles. Le solaire pourrait être compétitif d'ici deux ans, si le coût des centrales conventionnelles continue d'augmenter de 3% d'ici là.

Les pays africains, cependant, comptent encore sur le charbon

C'est vrai au Maroc.  Et encore plus en Afrique du Sud, le plus gros émetteur de carbone du continent dispose de cette ressource locale en abondance et l'utilise donc pour produire 95% de l'électricité. Pas question d'y renoncer. Le charbon fait partie du mixte énergétique dont l'Afrique a besoin pour s'industrialiser. En  contrepartie, des engagements très précis ont été pris par un certain nombre de pays africains pour réaliser une transition vers une énergie à basse émission de carbone. En Afrique du Sud, la méga-centrale au charbon de Medupi inaugurée  en grande pompe cet été est dite propre. Par ailleurs,  l'Afrique du Sud, dans la contribution qu'elle a envoyée pour préparer la COP21, est l'un des rares pays à mentionner la fiscalité écologique, la taxe carbone, dans la panoplie des moyens à mettre en œuvre.

L'Afrique a besoin de moyens financiers substantiels pour réaliser cette transition à bas carbone

Une partie de la solution est dans la main des Etats. Ils peuvent abaisser les subventions aux hydrocarbures et réorienter leurs dépenses vers des énergies propres.  Mais sans appui extérieur, l'Afrique aura du mal à construire les centrales dont elle a besoin pour son développement. Jean-Louis Borloo, avec son initiative pour l'électrification de l'Afrique, espère bien trouver à la COP21 l'impulsion décisive pour que les Etats développés mettent vraiment de l'argent au pot, et attirent ainsi les investisseurs. Par ailleurs, les Etats africains ont aussi intérêt à exiger une meilleure répartition des financements qui seront fournis par le fonds vert en court de lancement. Car le fonds précédent, le fonds pour l'environnement mondial, a été trusté par les grands émergents. Chine, Brésil, Inde en tête ont été les premiers à présenter des dossiers solides ouvrant droit à un financement.

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