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Invité Afrique

COP21: pour I.B. Keïta, l’aide française «est un signal fort»

Audio 05:14
Ibrahim Boubacar Keïta au micro de RFI.
Ibrahim Boubacar Keïta au micro de RFI. Pierre Rene-Worms/RFI

L’attentat meurtrier du 20 novembre à Bamako, l’élection de Roch Marc Christian Kaboré au Burkina Faso ; Ibrahim Boubacar Keita s’exprime sur ces deux événements, ce mercredi sur RFI. Mais le président malien, qui assiste à la COP21 sur le climat à Paris, réagit d’abord à la décision de la France de débloquer deux milliards d’euros d’ici 2020 en faveur des énergies renouvelables en Afrique. Il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

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A cette journée Afrique, les pays développés ont annoncé qu’ils allaient faire un effort supplémentaire pour aider les pays sahéliens à faire face au réchauffement climatique. Est-ce que vous êtes satisfait ?

Ibrahim Boubacar Keïta : Plutôt, surtout par l’annonce française, ces deux milliards, annonce qui ne m’a pas surpris du tout, vous pensez bien. J’étais au courant. Et je pense que c’est une annonce qui n’est pas du tout à mégoter. Je pense que c’est un signal, un signal fort d’engagement, comme a été pour moi également un signal fort cette réunion de ce matin-là qui prouve toute la sollicitude du président Hollande et de la France à l’encontre de notre pays. Qu’en marge d’une grande réunion comme la COP21, le président Hollande et son équipe aient tenu à nous singulariser du point de vue de l’écoute, est à saluer. D’ailleurs tout le monde l’a salué effectivement. Au-delà de cela, ça a été une réunion très concrète aussi bien par rapport à la grande muraille verte, au lac Tchad, qu’en ce qui concerne le fleuve Niger qui, on le sait, est mon dada parce que là aussi, c’est une question d’urgence par rapport à la survie du fleuve Niger. Pensez-vous, si qu’à dieu ne plaise ce grand serpent nourricier venait à disparaître dans le sable du désert, cela en serait fini pour le Mali.

Est-ce que ça veut dire que le 12 décembre prochain, vous direz à votre ministre de signer à Paris, ou est-ce que, quand même, vous attendez des choses encore plus concrètes ?

Non. Si les conclusions auxquelles les parties arriveront le 12 confirment et qu’on ait le sentiment qu’on n’a pas été du tout floués, et que tous les engagements contraignants, dynamiques, porteurs, il n’y a aucune raison qu’on ne signe pas.

Avec un mécanisme de révision ?

Absolument.

Le 20 novembre, Bamako a été frappé par un terrible attentat d’une ampleur inédite. Est-ce que ça veut dire que les jihadistes sont de plus en plus puissants, y compris dans le sud de votre pays ?

Le 20 novembre, j’étais à Ndjamena et l’on m’a dit cette horreur. Imaginez un peu mon état : que des gens, des touristes et des hommes d’affaires venus au Mali en mission de paix, mission de construction, post-OCDE [Organisation de coopération et de développement économiques] pour la relance économique du Mali, aient été surpris par cette horde de barbarie sauvage. Vous êtes mitraillés. Le motif était clair : il s’agissait de liquider, physiquement, tous ceux se trouvant en l’hôtel Radisson de Bamako. Et nous pouvons remercier le Tout-puissant d’avoir permis de limiter les dégâts parce que, si ces gens-là l’avaient pu, ils l’auraient fait. Les agents étaient très calmes, très tranquilles. Il s’agissait d’ôter la vie à tous ceux qui la portaient en l’hôtel Radisson. Est-ce à dire que notre Sud maintenant pullule de terroristes ? Je ne crois pas. Je crois que ça montre encore une fois que ces gens-là maintenant sont aux abois. Et le général Labuze qui est le patron de la force Barkhane, que j’avais vu quelques jours seulement auparavant, me l’avait dit. Il m’a dit : « on ne rencontre plus dans le Tighargar, dans le Nord, que des individus esseulés ». Ça n’est plus les groupes de cinq à dix personnes. Ceux-là traînent sur le terrain. On sait aussi maintenant que ces gens-là procèdent par franchise aussi : je fais ton coup, tu fais le mien. Et puis, quoi de plus simple que d’envoyer des jeunes Noirs dans le Sud, des jeunes Noirs même pas convaincus d’être maliens. Et tout cela sera établi par l’enquête en cours qui est rondement et bien menée.

Il y a eu deux revendications, al-Mourabitoune, [le mouvement dirigé par Mokhtar Belmokhtar] et Front de libération du Macina [FLM]. Laquelle des deux vous paraît la plus crédible ?

Peu importe. Ces gens-là sont du même acabit. Ce sont les mêmes.

A la suite de cet attentat, il y a eu deux suspects arrêtés. Quelle était la nature de leur lien avec les deux terroristes qui se sont fait tuer ?

Ceux-là, leur arrestation a été possible par les techniques (de) nos amis des forces françaises et puis l’échange également avec nos services, d’intelligence, nos services de renseignements. Tout cela a permis à nos équipes de monter en puissance. Au plan technique, notre police scientifique, qui a été dans les meilleures écoles de France et les Etats-Unis, est maintenant outillée. Et toutes choses qui ont permis effectivement, avec ce qu’on a récupéré sur les morts, de procéder à des arrestations. Et ça continue.

Grâce à des écoutes en fait ?

Je n’aime pas trop appuyer sur ça parce qu’il ne faudrait pas trop qu’on dise à ces gens-là certaines choses.

Bien sûr. La victoire au Burkina Faso, dès le premier tour, de Roch Marc Christian Kaboré. C’est une surprise pour vous ?

Non. Je connais Roch. Dans une autre vie, on a comparé nos deux destins. Roch, que je connais comme mon frère, a été en même temps que moi chef du gouvernement du Burkina, ensuite président de l’Assemblée, a connu une certaine disgrâce que j’ai connue également aussi. Mais je n’avais aucune espèce de doute, en ce qui me concerne, que Roch serait, aujourd’hui, président du Faso.

Vous n’êtes pas surpris parce que vous pensiez qu’il le mérite. Pourquoi ?

Il le mérite parce que je crois, quand il a décidé, après avoir été très loyal pendant toutes ces années-là, des évènements dans son pays, il a tiré la sonnette d’alarme en toute loyauté.

Quelques mois avant la révolution, oui ?

Bon. Une année franche quand même. Peu importe, même si c’était la veille, il est toujours temps pour un homme honnête de dire non.

Et il a eu raison, à votre avis ?

Absolument. Je crois qu’aucun de nous n’a le droit de tricher avec son peuple. C’est vrai que nous sommes, nous, en apprentissage démocratique. Donc il est des habitudes qu’il faut qu’on ancre chez nous, parmi lesquelles l’alternance, quelle que soit la qualité de celui qui est concerné. Nul n’est indispensable. Les cimetières sont remplis d’hommes indispensables. Cela dit, chaque pays a sa singularité. Il y a des pays où, si l’on consulte le peuple, franchement, clairement qu’il souhaite que tel homme reste pour la stabilité, c’est le peuple qui décide. On n’a rien à dire là-dessus.

Donc vous dites, bienvenue à Roch Marc Christian Kaboré ?

Très bien venu à Roch Marc Christian Kaboré.

Dans le club des chefs d’Etat d’Afrique de l’Ouest.

Pas le gouvernement, la fratrie. Il y a sa place, et toute sa place.

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