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La semaine de

Burkina: Passeport pour la démocratie

Audio 05:12
Jean-Baptiste Placca
Jean-Baptiste Placca RFI

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Les Burkinabè ont, eux-mêmes, placé la barre tellement haut, qu’ils doivent se surpasser en permanence pour ne pas décevoir…

Anthony Lattier : Les Burkinabè ont réussi leur examen de passage, pour un droit à la démocratie. Elections apaisées, résultats acceptés par tous et même assortis de félicitations adressées par les vaincus aux vainqueurs. Quelle mention peut-on donner à ce peuple ?
 
Jean-Baptiste Placca : « Très honorable, avec les félicitations du jury ». Les Burkinabè ont réconcilié l’Afrique, à la fois avec les processus électoraux et les transitions démocratiques. En dépit des assauts répétés du RSP, la garde présidentielle de sinistre mémoire, la transition a rempli les missions qui lui étaient assignées, en tout juste un an. Envers et contre un coup d’Etat pourtant bien planifié, les institutions ont tenu, et le Parlement de transition a même produit quelques grands textes, qui serviront sans doute de cadre à de futurs aménagements législatifs ou constitutionnels de première importance.

Les Burkinabè ont fait la démonstration que l’insurrection d’octobre 2014, coup de maître, n’était pas un coup de chance. La tenue de la campagne électorale a été la meilleure démonstration du niveau auquel se situe la culture politique de ce peuple. Les organisations de la société civile ont été une autre preuve de la conscience politique de la moyenne des Burkinabè. Le niveau de la presse aussi est bien plus élevé que dans nombre de pays du continent, il faut le reconnaître. Et c’est tout cela qui a concouru au succès que l’Afrique salue, et que le monde applaudit. Mais les Burkinabè n’ont fait que conquérir le droit de se construire une démocratie. Le reste, la démocratie elle-même, dépendra de la pratique politique de ceux qui viennent d’être élus, chef de l’Etat, députés, bref, du fonctionnement des institutions.

Comment expliquer que la transition, dans certains pays, s’éternise tant, alors qu’elle a été si brève, si efficace au Burkina ?

La plupart du temps, ceux qui conduisent la transition dans certains de ces pays s’accrochent aux délices du pouvoir, tant et si bien que, très vite, ils n’éprouvent plus aucun intérêt à ce que prenne fin cette vie. De tels dirigeants ne sont pas moins condamnables que ceux qui veulent faire trois mandats, ou même davantage. Il faut un sens civique élevé et beaucoup d’abnégation pour ne pas se laisser griser par les avantages et la jouissance du pouvoir, même sur une courte durée. Il ne s’agit, ici, d’indexer personne, mais quel respect peut-on éprouver pour un Premier ministre de transition qui, lorsqu’il lui est demandé de céder la place à quelqu’un de plus efficace, exige d’être indemnisé par une forte compensation financière et des postes, pour lui-même et pour certains de ses proches ?

On devine où cela se passe. C’est au cœur de l’Afrique ?
Peu importe le pays. C’est grave, et tout simplement honteux.

Rassurez-nous : personne n’a pu concéder nulle part de telles indemnisations et compensations au partant, n’est-ce pas ?
 
Aux citoyens des pays confrontés à une transition sans fin de s’assurer que cela n’arrive pas chez eux. Au Burkina, le demandeur se ferait jeter, sinon lyncher. Il est évident que l’on ne peut pas construire une démocratie crédible avec de telles mentalités. C’est déjà un si grand honneur d’être choisi pour servir sa patrie à un niveau aussi élevé. Et lorsque l’on ne parvient pas à remplir, dans les temps, la mission qui vous est confiée, la dignité commande de céder la place, en souhaitant à votre successeur de réussir, enfin, à conduire le pays vers des élections. La différence entre les acteurs de la transition burkinabè et ceux-là est que, d’un côté, il y a des citoyens qui aiment et respectent leur patrie et sont fiers de la servir, et de l’autre, des individus qui pensent que le pouvoir politique n’est qu’une position de privilèges, pour profiter de l’Etat, comme d’une vache à lait.

Le risque n’existe-t-il pas tout de même, au Burkina, de voir des candidats qui n’ont obtenu que 1% des voix à la présidentielle et un seul député à l’Assemblée nationale en capacité de monnayer d’aussi maigres résultats contre des postes juteux ?

Le risque existe, en effet, puisque, le MPP, parti du président élu, a besoin de ces agrégats pour compléter sa majorité. Nous ne parlons pas des quelque 17 alliés de ce parti, qui n’ont d’ailleurs pas présenté de candidats à la présidentielle. Ce qui est bien, au Burkina, c’est que tout le monde sait qui est susceptible de se rallier, juste pour avoir une place au bord de la mangeoire et se goinfrer. Au pays des hommes intègres, il y a forcément un petit déshonneur à négocier des postes au gouvernement ou dans des sociétés d’Etat, car cela s’appelle de la rétribution alimentaire.

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