Invité Afrique soir

RCA: «On est en train de revoir notre plan de sécurisation de Bangui»

Audio 04:54
Casques bleus de l'ONU aux abords du quartier PK5 de Bangui, la capitale centrafricaine, lors de la visite du pape François, le 10 novembre 2015.
Casques bleus de l'ONU aux abords du quartier PK5 de Bangui, la capitale centrafricaine, lors de la visite du pape François, le 10 novembre 2015. REUTERS/Siegfried Modola

En Centrafrique, la mission onusienne s'est dotée d'un nouveau chef pour ses casques bleus, le général Bala Keita qui remplace le général Tumenta, décédé il y a quelques semaines. Depuis son arrivée, combinée à celle du nouveau représentant spécial des Nations unies, Parfait Onanga Anyanga, la mission onusienne a pris un virage serré : plus de fermeté vis-à-vis des groupes armés et de nouvelles stratégies pour relancer le dialogue. Ce nouveau tandem décisionnaire est arrivé avec une mission difficile : sécuriser les élections présidentielles après 3 ans de crise. Le général Bala Keita est à la tête des casques bleus en Centrafrique. C'est l'invité d’Afrique soir au micro de Mateo Guidoux.

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RFI : Le dernier scrutin, le référendum, s'est plutôt mal passé, est-ce que vous en avez tiré les leçons ?

Bala Keita : Je pense que nous tenons le bon bout. On avait pris quand même des mesures très intéressantes après le référendum et aussitôt après on s'est attelé à gérer les élections. Les leçons qu'on a tirées, c'est qu'on s'est rendu compte qu'on avait quand même quatre zones à problèmes, on a mis en place des patrouilles très agressives. Des messages clairs vis-à-vis des saboteurs : on leur a fait comprendre qu'on allait venir après eux. Et l’installation de dispositifs visibles pour parer à toute éventualité. Tout cela a permis de donner le signal que l'on était sérieux et que l'on ne permettrait pas que ce qui était arrivé pendant le référendum arrive pendant les élections.

Depuis votre arrivée, vous avez apporté de nombreux changements à l'organisation opérationnelle de la Minusca. C’était nécessaire ?

On a été beaucoup plus rigoureux avec nous-mêmes. On ne pouvait pas être là, être aussi nombreux et aussi  bien équipés (même si  quelques fois il y a quelques petits manquements, mais comparé à la menace à laquelle nous faisons face...) et que l'on ne puisse pas gérer les problèmes. Il y avait quelque chose qui ne marchait pas. Et ce quelque chose, et bien c'était nous-mêmes ! Et quand on reconnaît cela, c'est beaucoup plus facile. Et puis il n'y a plus d'excuse maintenant, celui qui n'est pas à la hauteur alors, il ne fait plus partie de l'affaire.

Vous avez décidé, et c'est plutôt innovant, d'associer les miliciens qui se qualifient de brigades d'auto-défense notamment dans le quartier musulman du PK5, au processus de sécurisation des élections, aux côtés de l'ONU. Pourquoi avoir fait ce choix ?

On s'est dit  que la meilleure manière de contrôler tout cela, c'est d'amener  tout le monde à participer. On s'est dit : « on va mettre en place un concept qui va allier les auto-défenses qui vont nous alerter s'ils sont bien organisés. On va les briefer, leur apprendre, leur donner les numéros d'urgence, faire en sorte que ce soit un système d'alerte. Et maintenant nous, on leur dit que dans les 10-15 minutes qui suivent et bien on  arrive ». Ils y ont pris goût, pendant la visite du pape déjà. Au lieu de faire des choses négatives autant mettre ce potentiel qu'ils ont au service de choses positives.
Mais il y a beaucoup de travail à faire en profondeur pour que cela tienne la route et quand il y aura un nouveau gouvernement on va continuer, en même temps que l'on bâtit une nouvelle armée. On va travailler avec les uns et les autres, les entraîner. On dit que c'est au pied du mur que l'on reconnaît les bons maçons. Eh bien ce sont les maçons de la sécurité avec nous.

L'idée c'est de les transformer un peu en guetteurs, en système d'alerte pour que vous, la Minusca, puissiez intervenir ensuite ?

Avant qu'une réaction soit efficace, il faut que l'alerte soit précoce. Et comme ils vivent dans la communauté, on a pensé que ce rôle leur était dévolu.

Est-ce que vous êtes capable, vous ne l'étiez pas il y a un mois et demi, d'envoyer des forces centrafricaines ou bien la Minusca si jamais ces miliciens vous disent : « là il y a un problème », tout ça en 10 minutes ?

J'ai dit aux hommes : « on ne peut pas nous appeler et que dans les 10-15 minutes on ne puisse pas réagir ». On est en train de revoir notre plan de sécurisation de Bangui. Parce que c’est vrai qu’il y a des zones où on était un peu trop éloignés. Le dispositif de sécurisation et les axes de patrouilles on est en train de les reconfigurer pour atteindre cet objectif de réaction rapide.

Le volteface de Nouredine Adam par rapport au nord-est du pays, vous  y croyez ou pas ?

Le problème n'est pas de croire ou de ne pas croire. Il a dit quelque chose ? Qu'on le veuille ou non on est obligé de le prendre en compte. On avance vers la paix, mais il y a des compromis à faire. Mais il y a des lignes rouges. Donc on trace la ligne rouge et on le laisse naviguer à l'intérieur de ces lignes rouges.

C'est quoi la ligne rouge dans le nord-est ?

La ligne rouge, cela veut dire qu’il n’y a pas de république autonome par exemple. Le jour où il a essayé de proclamer on a réagi, on a repris les villes qu'il contrôlait. Ça c'est une ligne rouge. Parce qu’on n’est pas là en tant que spectateur pendant que certains essayent de se construire un petit royaume.

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