Aujourd'hui l'économie

Taiwan: la dépendance économique à la Chine, enjeu majeur des élections

Audio 03:30
L'aéroport international de Taoyuan àTaiwan.
L'aéroport international de Taoyuan àTaiwan. DR

Taiwan a souffert en 2015 du ralentissement chinois. L’imbrication croissante de son économie avec celle de la Chine continentale fait partie des sujets préoccupants à la veille du scrutin présidentiel prévu samedi sur l’île nationaliste.

Publicité

En 2015 Taipeh tablait sur plus de 3 % de croissance. On serait finalement plus proche des 1 %. Comme tous les dragons de l’Asie, Taiwan encaisse le ralentissement de la Chine. Car depuis 2008, sous l'impulsion du président Ma, l’homme de Pékin, l'ancienne Formose a signé une série d’accords pour faciliter ses échanges commerciaux avec la Chine continentale. Ce rapprochement économique était censé améliorer les relations toujours compliquées entre les deux entités chinoises, l'une attachée à sa tradition démocratique, l'autre communiste cherchant toujours à récupérer ce bout de Chine. Cela a profité au commerce, mais cela a aussi accru la dépendance à l'égard de Pékin. Aujourd'hui environ 40 % des exportations taiwanaises sont destinées à la Chine continentale et à Hong Kong. Quand la demande baisse, cela fait mal, les exportations de Taiwan ont reculé de plus de 10 % en 2015.

Plus fort déclin enregistré depuis 2009

C'est le plus fort déclin jamais enregistré à Taiwan depuis 2009. De surcroît, son principal client est devenu son concurrent. La Chine préfère de plus en plus fabriquer elle-même les produits électroniques qu'elle importait auparavant de Taiwan. Dans les années 1980, l’île a connu une croissance ultra rapide basée sur cette industrie d'exportation. Les produits électroniques sont encore la principale composante des marchandises vendues par Taiwan sur les marchés extérieurs, mais avec l'essoufflement du marché des smartphones, et la transition chinoise, Taipeh sera conduite à revoir son modèle de développement.

La favorite du scrutin présidentiel, Tsaï Ing-wen, fait campagne sur le thème de la diversification des partenaires commerciaux

Elle plaide notamment pour plus d'échanges avec l'Asie du Sud-est en général, et l'Inde en particulier, c'est-à-dire avec le grand rival de la Chine communiste. Une telle évolution évidemment irrite Pékin qui a les moyens de faire pression. Avant le scrutin de 2007, les exportations chinoises de gravier vers Taiwan avaient été stoppées, ce qui avait complètement gelé le secteur du bâtiment. Aujourd'hui Pékin pourrait suspendre les visas permettant à ses ressortissants de se rendre sur l'île. Une décision qui aurait des conséquences catastrophiques pour le tourisme. Car avec le réchauffement des relations entre les deux entités chinoises, le tourisme a explosé. La moitié des 10 millions de visiteurs venus l'année dernière sur l'île sont des Chinois.

L'autre versant de l'imbrication économique croissante entre les deux pays, c'est la présence des entreprises taiwanaises sur le sol chinois

On pense bien sûr à Foxconn, qui fabrique les portables de Apple dans les usines de Chine continentale. Au total 80 000 entreprises originaires de Taiwan ont des antennes sur le continent. Pour profiter du marché chinois et des bas coûts salariaux. Mais la Chine n'attire plus seulement les entreprises bien établies, elle aimante de plus en plus les jeunes diplômés taiwanais. Chez eux les salaires stagnent, le coût de l'immobilier explose, c'est pourquoi ils sont de plus en plus nombreux à venir tenter leur chance dans la deuxième puissance économique mondiale pour créer une entreprise. Le gagnant du scrutin devra remédier à cette érosion du pouvoir d'achat s’il veut stopper une tendance inquiétante pour un pays vieillissant.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail