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Chronique des médias

Querelle pour un témoignage entre le parquet et des médias français

Audio 02:30
Le témoignage de Sonia avait permis l'assaut de la police à Saint-Denis le 18 novembre 2015.
Le témoignage de Sonia avait permis l'assaut de la police à Saint-Denis le 18 novembre 2015. REUTERS/Christian Hartmann

Le parquet de Paris a adressé début février 2016 à trois médias français une plainte après la diffusion de l’interview d’un témoin clé, qui a conduit à l’assaut de Saint-Denis en novembre 2015, peu après les attentats de Paris.

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Jusqu’où peuvent aller les médias face à une enquête antiterroriste ? Le chef de l’Etat a exclu le contrôle de la presse dans sa procédure de l’Etat d’urgence. Mais les plaintes que le parquet de Paris a adressées à BFMTV, RMC et Le Point, pour mise en danger de la vie d’autrui et recel du secret de l’instruction, montrent qu’il n’est pas toujours aisé de concilier les logiques judiciaire et médiatique.

Le 11 janvier, François Molins, le procureur de la République de Paris, avait déjà mis en cause « ceux qui ont diffusé le procès-verbal du témoin ayant mis sur la piste d’Hasna Aït Boulahcen », cette présumée terroriste qui avait permis de remonter à l’appartement de Saint-Denis où logeait son cousin Abdelhamid Abaooud, le cerveau présumé des attentats du 13 novembre.

Le procureur visait alors Valeurs actuelles, qui aurait mis en danger ce témoin. L’hebdo se défend en disant qu’il a publié des « extraits les plus sibyllins possibles » et que l’identité de cette personne a été maquillée. Mais depuis jeudi, c’est au tour de BFMTV et RMC d’être poursuivis pour avoir diffusé le témoignage de ce même témoin clé, surnommé Sonia.

Le Parquet de Paris leur reproche une interview de cette femme qui aurait pu être reconnue, identifiée, et donc qui serait directement menacée alors même qu’elle a permis l’assaut de St-Denis et l’arrestation du logeur d’Abaaoud. Ce à quoi BFMTV et RMC répondent que sa voix a été transformée, qu’elle n’apparaît pas à l’image et qu’elle s’est déclarée lâchée par l’Etat. « L'interview ne lui fait pas courir plus de risques », estime Hervé Béroud, le patron de la rédaction de BFMTV, qui rappelle que Sonia a évité un attentat à la Défense.

De même, Le Point.fr est poursuivi pour un article intitulé « Sonia, le témoin oublié et mal protégé ». Le magazine explique qu’il n’avait pas publié le témoignage de Sonia le 20 novembre à la demande du parquet et du ministère de l’Intérieur, mais qu’il le fait maintenant car ce témoin a été « jeté en pâture aux complices présumés des terroristes », alors même que sur le procès-verbal d’audition, l’identité de Sonia est révélée par un policier à l’hébergeur d’Abaaoud.

Alors, faut-il diffuser un témoignage qui peut mettre en danger un témoin, ne serait-ce que pour dénoncer une protection insuffisante ? Faut-il ne pas exposer une personne en danger comme le demandent les autorités ? Tant que n’entre pas en vigueur un article du code de procédure pénale qui vise à faire bénéficier de l’anonymat, réservé aux repentis, les témoins exposés à des risques graves, c’est là un débat dans le débat.

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