Chronique des matières premières

Pain ou pâtisserie, le choix qui a bloqué le blé français en Égypte

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En Égypte, il y a un conflit d'usage entre le pain, majoritairement subventionné, et la biscuiterie, aux mains des opérateurs privés. Le blé subventionné passe parfois d'un usage à l'autre par le marché noir.
En Égypte, il y a un conflit d'usage entre le pain, majoritairement subventionné, et la biscuiterie, aux mains des opérateurs privés. Le blé subventionné passe parfois d'un usage à l'autre par le marché noir. AFP/MAHMUD HAMS

Depuis deux mois, une cargaison de blé français est bloquée par l'Égypte, officiellement pour des raisons de qualité. Derrière ce litige commercial se cache un conflit d'usage de la farine en Égypte.

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Pain ou pâtisserie ? C'est en résumé l'hésitation égyptienne qui a bloqué 60 000 tonnes de blé français à l'entrée des ports du pays. Il y a deux mois, les autorités sanitaires égyptiennes ont refusé un cargo de blé français parce qu'il contenait de l'ergot, un champignon dangereux à haute dose, mais dont la présence avait été jugée insignifiante (sous le seuil des 0,05%) par les contrôleurs égyptiens eux-mêmes, au départ du bateau en France ! Mais entre le départ du cargo et son arrivée en Égypte, les autorités sanitaires égyptiennes ont exigé zéro taux d'ergot, ce qui est impossible, toutes les origines de blé en contiennent.

Le gouvernement égyptien est ensuite revenu aux règles antérieures, mais le bateau de blé français est toujours bloqué. Son vendeur, Bunge, l'un des plus grands négociants au monde, a décidé de poursuivre l'autorité publique égyptienne des approvisionnements, le GASC.

Cette histoire paraît aberrante : l'Égypte a encore d'énormes besoins de blé et le blé français est actuellement le moins cher de la planète, tant l'Hexagone en a en réserve. Mais en Égypte, il y a un conflit d'usage entre le pain, majoritairement subventionné, et la biscuiterie, aux mains des opérateurs privés. Le blé subventionné passe parfois d'un usage à l'autre par le marché noir. Mais il vaut mieux pour les fabricants de biscuits un blé riche en protéines, comme le blé russe ou américain, plutôt que du blé français plus adapté au pain égyptien.

Cette rivalité d'usages pourrait être à l'origine des revirements successifs des autorités égyptiennes sur les caractéristiques du blé. Cette valse-hésitation a complètement bloqué les transactions avec l'Égypte depuis deux mois. Les fournisseurs de blé sont désormais très méfiants vis-à-vis de l'Égypte et ils exigent une prime de risque.

Une petite augmentation du prix du blé consentie sur le prochain appel d'offres devrait remettre le commerce du blé avec l'Égypte sur les rails.

 

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