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Invité Afrique

M. Zen Bada, secrétaire général du MPS: «Nous allons nous plier au verdict du peuple tchadien»

Audio 05:34
Le président tchadien Idriss Déby Itno, à Ouagadougou, le 21 janvier 2016.
Le président tchadien Idriss Déby Itno, à Ouagadougou, le 21 janvier 2016. Crédit AHMED OUOBA / AFP

Au Tchad, l’opposition et la société civile se mobilisent contre le régime d’Idriss Déby avant l’élection présidentielle du 10 avril prochain. En témoigne la journée ville morte du 24 février dernier. Mais le président sortant a bien l’intention de se faire réélire pour un cinquième mandat. Mahamat Zen Bada est le nouveau secrétaire général du Mouvement patriotique du Salut (MPS), le parti au pouvoir. En ligne de Ndjamena, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

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RFI : Les adversaires du président Idriss Déby disent que, depuis son arrivée au pouvoir il y a 25 ans, il n’a rien fait pour le Tchad et que cette cinquième candidature est la candidature de trop. Qu’est-ce que vous leur répondez ?

Mahamat Zen Bada : Je ne connais pas encore qui sont ces adversaires, mais tels que j’ai entendu moi-même ceux que je connais, à l’instar de celui qui a parlé hier matin, c’était des gens qui ont accompagné le président Idriss Déby tout au long de ce parcours de 25 ans.

Vous parlez de Monsieur Saleh Kebzabo ?

De Saleh Kebzabo, de monsieur Mahamat Ahmad Alhabo, de monsieur Joseph Djimrangar Dadnadji, d’un certain nombre de candidats comme ça, qui tout au long du parcours de Monsieur Déby étaient des gens très haut placés. Alors, si c’est aujourd’hui qu’on nous dit que c’est une candidature de trop, et bien, le peuple tchadien jugera.

C’est vrai qu’ils ont participé au régime d’Idriss Déby dans les années 90. Mais depuis les années 2000, ils sont plutôt dans l’opposition et ils affirment que depuis l’effondrement des cours du pétrole, l’Etat tchadien n’est plus en mesure de payer régulièrement ses fonctionnaires ?

Est-ce qu’on peut nous dire exactement quel mois n’a pas été payé. Chaque mois, les fonctionnaires tchadiens ont leur salaire. Et quelle que soit la difficulté, le salaire c’est un droit acquis et il n’y aura pas du tout de difficultés à payer les salaires, ici au Tchad, en ce moment.

Mais tout de même, est-ce qu’il n’y a pas des retards dans certains versements, notamment pour les bourses d’étudiants ?

Une bourse n’est pas un salaire. Les étudiants tchadiens sont les mieux traités du monde et leurs bourses sont régulières. Il y a peut-être des petits retards quelques fois, mais c’est dû simplement une tension de trésorerie qui d’ailleurs s’est réglée d’ailleurs depuis. Mais les étudiants n’ont pas de problèmes.

Mais à la suite de ces difficultés de trésorerie et de ces retards de paiement, vous ne craignez pas que le candidat Idriss Déby ne perde des voix le 10 avril prochain ?

Est-ce que ceux, qui aujourd’hui crient qu’il ne sera pas élu, savent ce que le peuple tchadien a engrangé comme bénéfices ? Depuis 25 ans, nous vivons dans la paix. Depuis 6 ans, il n’y a plus de rébellion au Tchad qui menacent la sécurité de l’Etat. Aujourd’hui, le Tchad est dans une autre phase qui est une lutte contre le terrorisme, contre l’islamisme, contre le Boko Haram. Regardez un peu comment le Tchad est devenu un îlot : la Lybie brûle, le Soudan ne marche pas bien, la Centrafrique est en déliquescence, le Nigeria a brûlé, le Nord-Cameroun ne marche pas bien. Nous sommes aujourd’hui devenus un rempart. Et ça, c’est à cause du fait que les Tchadiens ont pris conscience et qu’ils ne se déchirent pas.

Le mois dernier [le 8 février], après le viol de la jeune Zouhoura, [âgée de 16 ans], des milliers de jeunes sont descendus dans la rue pour protester contre l’arrogance des gens proches du pouvoir et l’impunité dont ils jouissent. Est-ce qu’ils n’ont pas un peu raison ?

Est-ce que vous avez suivi un peu les informations après cela. Ça, c’est ignoble, condamnable. Le président de la République l’a condamné avant tout le monde, mais cela ne justifie pas que des gens s’agitent pour autant parce que nous sommes un pays de droit et la justice s’est saisie de l’affaire. Les jeunes qui ont fait cela ont été inculpés. Ils ont actuellement emprisonnés. Attendons ce que la justice dira.

Face aux manifestants indignés par le viol de Zouhoura, les forces de l’ordre ont tiré à balles réelles. Il y a eu deux morts, un à Ndjamena et un à Faya Largeau. Les auteurs de ces crimes vont-ils rester impunis ?

Les auteurs de ces crimes ont été pris après enquête. La justice s’en occupe. Nous sommes un pays de droit et rien ne peut être laissé.

A chaque fois que l’opposition veut manifester, soit c’est interdit, soit la police tire à balles réelles. Est-ce que ça veut dire que toute manifestation de l’opposition est impossible au Tchad ?

Il faut que les gens manifestent en fonction d’une raison. C’est pour manifester pour dire que le candidat Idriss Déby ne doit pas se présenter, est-ce que c’est une raison de manifester ? Quand on est un parti politique, on s’engage pour aller au suffrage universel, mais ce n’est pas la rue qui devrait décider.

Alors il y a la rue et il y a les journées « ville morte ». Le 24 février dernier, la journée ville morte lancée par la société civile a été largement suivie à Ndjamena et en province. Cet avertissement, est-ce que vous le prenez au sérieux ?

Vous avez eu simplement ce que les gens de l’opposition vous ont dit, ce que les gens de la société civile vous ont dit. La ville morte n’a pas été suivie comme vous le dites. A Ndjamena, les banques ont fonctionné normalement le 24. L’administration a fonctionné normalement le 24. Les marchés ou les denrées alimentaires qui se vendent ont fonctionné normalement le 24. Il y a eu quelques individus agitateurs qui ont passé de boutique en boutique pour dire aux commerçants, «si vous ouvrez, on vous brûle». Voilà pourquoi les gens qui se comptent au bout des doigts n’ont pas ouvert ces jours-ci parce qu’ils craignaient pour leurs marchandises et pour leurs biens.

Depuis 1996, l’opposition dénonce des fraudes massives dans votre pays à chaque élection. Est-ce qu’il n’y a pas eu en effet une pratique du vote multiple qui a beaucoup entâché les présidentielles de ces dernières années ?

Toute la classe politique avait demandé qu’il y ait ce qu’on appelle la carte biométrique. Cela a été fait, c’est un succès. La carte biométrique veut dire : une carte, une fois. On verra bien.

Est-ce que Idriss Déby accepterait d’être mis en ballotage, comme en 96 ?

Ce n’est pas Idriss Déby qui doit accepter ou ne pas accepter. Nous sommes des démocrates et nous allons nous plier au verdict du peuple.

On vient d’apprendre que la candidature de Ngarledji Yorongar n’était pas acceptée par la justice tchadienne. Connaissant la longue carrière politique de cet opposant, est-ce qu’on ne peut pas s’étonner de cette invalidation ? Et est-ce qu’il ne faudrait pas mieux le repêcher pour que l’élection soit la plus ouverte possible ?

Mais ça, ce n’est pas l’affaire du MPS. C’est l’affaire du Conseil constitutionnel.

Mais vous personnellement, qu’est-ce que vous souhaitez ?

Vous savez Monsieur Yorongar Ngarledji et moi, avons travaillé ensemble depuis 1982. Donc nous le connaissons bien. Actuellement il est membre du CNDP [Cadre national pour le dialogue politique] et je suis aussi membre du CNDP. Nous nous côtoyons tous les jours dans ce cadre du dialogue. C’est notre ami, c’est notre camarade. On se tutoie. On se rencontre tous les jours. On veut donner un autre caractère à cela, mais ce n’est pas vrai du tout.

A titre personnel, est-ce que vous ne souhaitez pas que sa candidature soit repêchée ?

Je souhaite que Monsieur Yorongar devienne plus que ça. Si c’est à titre personnel, c’est mon ami. Je l’appelle même Salomon [le nom de naissance de Yorongar Ngarledji. Dans les années 70, les prénoms empruntés à l'Occident sont «authentifiés» NDLR]

 

 

 

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