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Invité Afrique

UA: pour Pape Ibrahima Kane, «Les Africains n’ont qu’un choix: s’intégrer»

Audio 05:27
Pape Ibrahima Kane.
Pape Ibrahima Kane. DR
Par : Jean-Jacques Louarn
11 mn

Le 2 mars 2001, au sommet extraordinaire de l'Organisation de l'unité africaine (OUA), réunis à Syrte à l'invitation du président libyen Mouammar Kadhafi, les quarante présidents et chefs de gouvernements présents proclamèrent à l'unanimité la naissance de l'Union africaine. L'UA remplaçait donc l'OUA. Quel bilan tirer de l'action de l'Union africaine 15 ans après ? RFI reçoit le juriste et chercheur sénégalais Pape Ibrahima Kane, panafricaniste convaincu.

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RFI : 2 mars 2001 - 2 mars 2016 : l’Union africaine vient de souffler donc ses quinze bougies. La jeune organisation s’est dotée d’institutions : une conférence de l’Union pour les chefs d’Etat et de gouvernement, un Conseil exécutif au niveau ministériel, un Conseil de paix et de sécurité, une Cour de justice, un Parlement consultatif. Malgré cela, sa visibilité politique, dirons-nous, est réduite sur le continent. Diriez-vous que l’UA a, malgré tout, dignement succédé à l’OUA ?

Pape Ibrahima Kane : Je pense que oui. Les fonctions qui étaient dévolues à l’OUA, c’était de libérer le continent et les fonctions qui sont maintenant dévolues à l’Union africaine, c’est d’intégrer le continent. La tâche nouvelle qui est dévolue à l’Union africaine, c’est une tâche extraordinaire ! C’est une tâche difficile !

La grande idée panafricaniste, l’idée des Etats-Unis d’Afrique, est tombée aux oubliettes de l’histoire !

Pas tout à fait ! Si vous regardez l’agenda 20/63 qui a été adopté l’année dernière, on est en plein dedans ! Ceci étant, on réalise que l’intégration sera une chose compliquée, difficile et qu’il faut y aller par étapes !

« L’Afrique doit s’unir ou périr », disait Nkrumah. En 2016, ça penche plutôt dans quel sens, selon vous ?

C’est la même réalité. Nous n’avons pas d’autre choix que de nous unir. Nous n’avons pas d’autre choix que de nous intégrer.

Mais les Africains se retrouvent-ils aujourd’hui dans l’UA ? N’est-ce toujours pas une sorte de syndicat des chefs d’Etat cependant ?

Cela peut en donner l’air sous certains aspects, mais quand on regarde de plus près le travail que l’Union africaine est en train de mener sur le terrain, dans différents domaines, on réalise qu’on est en train de poser un certain nombre de jalons. Quand vous regardez les trois présidents de la Commission – ou que la Commission a connus depuis sa création - vous verrez que ce qu’Alpha Oumar Konaré a fait en cinq ans, les autres n’ont pas pu le faire en dix ans ! Par conséquent, son leadership, le fait qu’il ait ouvert des chantiers et le fait qu’il ait vraiment donné une direction à l’intégration, c’est de cela que nous avons besoin.

Là on parle économie, mais il y avait eu une autre ambition au départ. C’est la résolution des conflits, la sécurité. Prenons la crise du Nord-Mali. Très rapidement, on pourrait dire que la France a fait le boulot, oui certes, c’est vrai, le Tchad, avec ses unités offensives, était bien là.

Vous faites bien de mentionner la crise au Mali parce que c’est une crise que l’UA n’a pas vu venir. C’est une crise qui a pris même la Cédéao de court. Les Etats africains commencent seulement maintenant à prendre conscience de l’importance de la mise en place de tous les éléments qui peuvent concourir à une sécurisation du Sahel. Vous avez vu les efforts qui ont été faits, depuis l’arrivée au pouvoir du nouveau président au Nigeria, avec Boko Haram.

Un jour il faudra tirer les leçons de la crise burundaise. L’UA évoquait il y a deux mois la création d’une véritable force d’interposition. Aujourd’hui, nous en sommes à l’envoi de 200 observateurs.

Oui et non parce que vous savez, dans la crise burundaise, ce qui semble être le point d’achoppement c’est cette démarche de l’UA qui consiste à d’abord confier la résolution de la crise à la Communauté économique régionale. Et visiblement, dans le cadre du Burundi, la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Est est incapable ou en tout cas n’a pas manifesté une bonne volonté. Ce qui s’est passé le week-end dernier à Bujumbura est un début vers la résolution de cette crise. N’oubliez pas ce que le président en exercice avait dit : « rien ne pourra empêcher l’Union africaine, en cas de crise majeure, d’intervenir » pour qu’il n’y ait pas un autre génocide sur le continent.

Vous êtes un militant panafricain. Pourquoi l’Afrique sur le plan international devrait-elle parler d’une seule voix ? Il y a « des Afriques ». L’idée sous-régionale n’a-t-elle pas déjà plus porté ses fruits ?

L’idée sous-régionale n’a de sens que si, au niveau continental, la sous-région arrive à bénéficier du soutien du continent.

Donc il ne faut pas désespérer de l’Union africaine ?

Nullement. Pour que l’Union vraiment arrive à trouver sa vitesse de croisière, il lui faut deux éléments importants à régler. Le premier élément, c’est que l’Union ait les moyens de son action. Quand je parle de moyens, ce sont les moyens de financement de ses actions parce que je trouve inconcevable, pour une organisation de 54 pays, que plus de la moitié des ressources de cette organisation viennent de l’extérieur.

Le deuxième aspect, c’est le leadership. Vous savez, on dit qu’il n’y a de vent favorable que pour celui qui sait où il va. Si on ne sait pas comment on veut que l’Afrique soit dans vingt ans, dans trente ans, comment voudriez-vous qu'on puisse mettre en place les politiques et les stratégies qui nous permettent d’y arriver ? Il n’y en a pas ! Il lui faut donc un leadership, à la fois au niveau continental, au niveau sous-régional et au niveau de nos Etats.

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