Revue de presse Afrique

A la Une : l’attaque de Ben Guerdane

Audio 04:38
© AFP/Pius Utomi Ekpei

Publicité

Une attaque d’une ampleur sans précédent hier dans le sud de la Tunisie, près de la frontière avec la Libye. Au moins 54 morts, dont 36 djihadistes. Des djihadistes se réclamant apparemment de l’organisation Etat islamique.

Ce matin, la presse tunisienne est partagée entre inquiétude et interrogations. « Mais que venaient-ils faire au juste à Ben Guerdane ? », se demande ainsi le site d’information Tunisie Numérique. « Ils devaient être, tout au plus, une centaine de barbus. Alors, comment comptaient-ils investir Ben Guerdane, une ville (de 60.000 habitants) comptant une importante caserne militaire et de nombreuses unités sécuritaires, surtout, avec l’état d’urgence et d’alerte qui sont de rigueur en ce moment ! » Et bien, répond Tunisie Numérique, « ces fous se sont mis dans la tête l’idée d’investir la ville, de l’occuper (ou la libérer selon leur jargon), et d’en faire leur Emirat tant espéré, sur la terre de Kairouan. (…) Ces barbus de chez Daech, ayant fricoté, un certain moment, avec quelques contrebandiers de la zone, croyaient évoluer en terrain conquis, mais ils ont dû déchanter, car tout contrebandier qu’ils sont, les fiers fils de Ben Guerdane ne se laissent pas embarquer dans des entreprises visant leur terre mère, la Tunisie. »

Toujours d’après Tunisie Numérique, « un autre scénario qu’il ne faudrait pas perdre de vue, c’est que cette opération, somme toute, suicidaire, vu le nombre limité d’assaillants, ne soit, en réalité, qu’une opération de diversion, pour attirer un maximum de soldats et de sécuritaires vers la région de Ben Guerdane, afin d’attaquer sur un autre front, celui de Remada, par exemple. Car il ne faut pas oublier, pointe le site tunisien, les dizaines de citoyens de Remada qui ont, par vagues successives, déserté leur pays, pour rallier les rangs de Daech en Libye. Alors… Prudence, prudence… Méfiance, méfiance ! »

Une ville stratégique

Cette attaque en annonce-t-elle d’autres ? Sans doute, répond Webdo, autre site d’information tunisien. « Ben Guerdane constitue bel et bien un objectif des djihadistes qui pourraient répéter leurs attaques y compris à une plus grande échelle. Ces infiltrations sont-elles le fait d’éclaireurs ? Probablement. Ces dernières escarmouches sont-elles le fait d’avant-gardes ? Probablement. Toutefois, la défense tunisienne veille au grain. (…) Pour les terroristes, Ben Guerdane est une cible, poursuit Webdo, car proche des frontières et, pensent-ils, dans une région qui pourrait leur être relativement favorable, à cause du travail de sape de leurs cellules dormantes et de leurs liens présumés avec la contrebande, active dans l’économie de la région. En fait, s’exclame le site tunisien, ils se trompent lourdement. (…) La Tunisie vaincra. »

Pour le quotidien Aujourd’hui au Burkina, les jihadistes cherchaient en effet à s’implanter dans cette ville stratégique. Avec Ben Guerdane, « les éléments d’EI auraient pris le contrôle d’une riche plaque tournante de divers trafics, pointe en effet le quotidien burkinabé : armes, cigarettes drogue qui arrosent le sud de l’Algérie, le Mali et la Libye. En clair, c’est bien d’une base, pour leur logistique que recherchaient ces fous de Dieu, car avec cette oasis, la station balnéaire de Djerba n’étant pas loin, Daech aurait transformé Ben Guerdane en une place forte, et avec la proximité de la Libye le ravitaillement en armes aurait été un jeu d’enfant. »

Fuite en avant ?

Autre hypothèse, soulevée cette fois par le site d’information Ledjely.com : la fuite en avant… En effet, « les islamistes ne sont nulle part en paix, relève le site guinéen. En Syrie et en Irak, soumis au feu nourri d’une coalition internationale résolue à en finir avec eux, ils sont menacés. Désemparés, beaucoup d’entre eux, notamment ceux d’origine tunisienne, migrent vers la Libye où ils entendent profiter du chaos ambiant (…). Mais c’est sans compter avec la détermination des Etats-Unis qui mènent de nombreux raids contre eux. Apeurés et une nouvelle fois désorientés, les combattants islamistes d’origine tunisienne, par ailleurs mal vus par les djihadistes locaux qui les perçoivent comme des oiseaux de mauvais augure, sont alors contraints et forcés de reprendre le chemin du retour. Sauf qu’ils n’y sont pas accueillis comme des prophètes, pointe Ledjely.com. Ainsi, pour eux, la violence et l’affront contre la mère patrie relèvent d’un ultime acte de désespoir. »

En tout cas, constate Fasozine à Ouaga, les autorités tunisiennes « se sentent poignardés en plein cœur et elles cherchent à apporter une riposte à la hauteur du forfait. Et cela, en faisant appel, s’il le faut, à tous ses alliés dont les plus redoutés sont, sans conteste, les Américains et leur puissance de feu. »

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail