La semaine de

Afrique: repenser le jeu démocratique

Audio 05:04
Jean-Baptiste Placca
Jean-Baptiste Placca RFI

Pour en finir avec les luttes sanglantes pour la conservation du pouvoir : le mandat unique, non renouvelable.

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Xavier Besson : L’Afrique connaît de nombreuses élections, et les nombreuses campagnes qui vont avec. Parmi toutes les idées qui sont avancées, une, en particulier, vous semble très pertinente. Vous vous dites même qu’elle peut constituer une solution, pour apaiser le jeu politique en Afrique...

Jean-Baptiste Placca : Le flot des discours, des slogans et autres propos qui visent à marquer les esprits, sinon à s’imprimer dans la mémoire du temps se succède, et la plupart s’évanouissent avec les promesses, dès la fin des campagnes. Certes, quelques formules ont pu passer les frontières, tel le slogan « un coup KO », que les présidents sortants annoncent avec aplomb, en se fondant sur de réelles certitudes ou sur la technologie électorale. Mais qui se souvient d’une grande idée, d’un concept original, qui inspire tout un peuple et fait vibrer les foules ?

Parfois, il arrive aussi qu’une grande et belle idée soit émise en passant, sans que l’auteur lui-même ait conscience de sa réelle portée. Voilà une qui mériterait de ne pas disparaître, noyée dans le flot des platitudes électorales ! L’Afrique devrait s’en saisir, pour l’approfondir, l’affiner, l’ajuster, en fonction des réalités de chaque pays. Le candidat dit textuellement ceci : « La question du renouvellement des mandats pervertit le pouvoir et la gouvernance ». Aussi, propose-t-il un mandat unique, non renouvelable, et l’on a compris que cela devrait lui être applicable.

Comment croire à une telle promesse, après ce qu’il est advenu, au Sénégal, de la réduction du mandat présidentiel de sept à cinq ans ?

Le propos, ici, est de s’interroger sur la pertinence de l’idée, pour apaiser le jeu politique en Afrique et éviter ce que l’on appelle pudiquement les crises postélectorales. Son argumentation est, en tout cas, convaincante, au moment où le virus du « un coup K.O. » semble se répandre d’une manière intrigante sur le continent. Comme si le fait d’être déjà dans le fauteuil présidentiel rendait inéluctable la réélection, au premier tour ou pas. Il faut des institutions fortes, comme celles du Nigeria, pour qu’un président sortant en arrive à perdre. Et s’il n’y avait pas eu le Niger, on aurait le sentiment que la réélection, par « un coup K.O. » est devenue une fatalité, pour les sortants.

En quoi l’idée du mandat unique résout-elle le problème des crises postélectorales ?

Il se trouve qu’en dehors de pays comme le Botswana, le Cap-Vert, où les échéances électorales ne donnent jamais lieu à des troubles violents, les rares élections apaisées, dans la plupart des pays du continent, sont celles où le sortant n’est pas en lice, et encore ! Cela signifie que, davantage que la conquête du pouvoir, c’est sa conservation (pour un second ou un énième mandat) qui est source de conflits. Comme en Côte d’Ivoire, à la suite de la présidentielle de 2010.

L’idée du mandat unique, pour éviter les crises violentes, se justifie donc. D’ailleurs, l’on se souvient qu’en Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo, par la force des choses, venait de passer dix ans au pouvoir, donc bien l’équivalent de deux mandats de cinq ans. Il aurait pu partir sans histoire. Mais les cinq années supplémentaires qu’il revendiquait étaient considérées comme une compensation, le dédommagement pour la guerre, les tentatives de déstabilisation et tous les parasites venus troubler son premier mandat. Lui-même aurait pu estimer qu’ayant passé l’équivalent de deux mandats, il en avait eu assez pour une élection qu’il qualifiait, à l’origine, de calamiteuse. Partir sans avoir à se battre contre un éventuel successeur peut véritablement apporter un peu plus de civilités dans les relations politiques en Afrique.

Concrètement, le mandat unique ne concerne donc pas ceux qui refusent de limiter ou suppriment les limitations de la Constitution…

Nous parlons de démocratie et non de confiscation du pouvoir. Un septennat, c’est tout juste une année de moins que les deux mandats d’un président des Etats-Unis qui en conquiert un second. Et pourquoi pas un mandat de dix ans, si telle est la volonté des peuples ?

Une réflexion sérieuse sur la question ne saurait être un exercice superflu. Et c’est en explorant des pistes comme celles-là que l’Afrique finira par domestiquer la démocratie, l’adapter au tempérament des peuples et éviter qu’elle ne soit une source perpétuelle de conflits. Il suffirait juste que les candidats se fassent à l’idée qu’une victoire à la présidentielle vaut réélection. L’on pourrait alors utiliser le mi-mandat comme une occasion de faire le point sur les engagements du président, pour lui rappeler ceux qu’il a tenus et ceux qu’il lui reste à tenir.

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