Chronique des médias

La couverture médias des attentats de Bruxelles

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Un homme dépose des fleurs sur un trottoir de Bruxelles suite aux attentats qui ont frappé la capitale belge, le 23 mars 2016.
Un homme dépose des fleurs sur un trottoir de Bruxelles suite aux attentats qui ont frappé la capitale belge, le 23 mars 2016. REUTERS/Francois Lenoir

Jeudi soir, lorsqu’il est intervenu de façon inopinée devant les caméras, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, avait bien sûr un message à faire passer. A savoir que les forces de sécurité procèdent à une perquisition à Argenteuil à la suite de l’arrestation, le matin même, d’un dangereux suspect qui projetait un attentat. Mais cette déclaration avait aussi un autre but : demander aux médias se « tenir à distance » de l’opération de police en cours. Une demi-heure plus tôt, Le Parisien sortait un article relatant l’évacuation d’immeubles et le blocage des rues dans cette ville. Plutôt que d’assister à une surenchère autour de cette opération, le ministre a voulu cadrer l’espace médiatique. Ce qui a plutôt bien marché puisque les chaînes d’infos étaient alors condamnées à montrer des véhicules de police bloquant une rue. Et à gloser autour de son intervention.

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Si s’établit ainsi une image officielle lors des opérations antiterroristes, c’est aussi parce que les médias semblent parfois incontrôlables. La police belge l’a déplorée en accusant le site de L’Obs d’avoir publié l’information selon laquelle on avait retrouvé des traces ADN de Salah Abdeslam dans un appartement de Bruxelles avant son arrestation. Cela aurait pu l’alerter, selon Claude Fontaine, le directeur de la police belge, pour qui on aurait « sacrifié à l’audimat la sécurité des policiers et de  la population ». Ce à quoi le directeur de L’Obs, Mathieu Croissandeau répond par le droit du public à être informé. Sans que cela ne compromette d’ailleurs l’action policière.

Il faut sans doute accepter la logique de l’urgence des médias. Mais faut-il laisser à leur seule responsabilité la publication d’extraits de procès-verbaux d’auditions comme d’images d’interventions policières ? Les attentats de janvier 2015 ont montré que les médias étaient souvent dépourvus de tout interlocuteur officiel pour se positionner sur des questions de sécurité.

On voit aussi que des médias ont eu des ratés sur Bruxelles. Une photo a été publiée sans vérification, ce qu’a dénoncé le parquet belge. L’arrestation de Najim Laachraoui, l’artificier présumé, a aussi été annoncée par certains alors qu’il a été identifié comme un kamikaze de l’aéroport. La Dernière heure a formulé des excuses mais BFM TV ou l’AFP ont repris cette fausse information en mentionnant les médias belges. Pour s’assurer une meilleure coopération sur le terrorisme, les médias publics francophones européens ont décidé d’unir leurs forces. La question de l’usage des images amateurs et de l’effroi qu’elles peuvent susciter sont aussi au cœur des interrogations.

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