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Invité Afrique

Bois d'Afrique: «les bois exportés sont plutôt sains et légaux» selon E. Groutel

Audio 04:37
Emmanuel Groutel est consultant international dans le domaine de la gestion des ressources forestières et du négoce international de bois
Emmanuel Groutel est consultant international dans le domaine de la gestion des ressources forestières et du négoce international de bois atibt.org

Le bois est une des ressources principales du continent africain et le bassin du Congo est le 2e poumon vert du monde, après l'Amazonie. Mais entre découpes illégales, contrebande d'essences précieuses et déplacements de populations locales, les sujets d'inquiétude sont nombreux. L'Afrique produit aujourd'hui 660 millions de m3 de bois par an (avec une prévision de 900 millions de m3 en 2030) et environ 15% du total mondial.Comment sont gérées aujourd'hui les forêts africaines ? L'appétit de la Chine pour les matières premières va-t-il les engloutir ? Les explications d'Emmanuel Groutel, consultant international en gestion des ressources forestières et négoce international de bois. Il intervient principalement auprès des Etats et des gestionnaires des domaines forestiers en Afrique.

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RFI: On dit parfois que les forêts africaines sont en train d’être englouties dans les usines chinoises. Est-ce que c’est une réalité ?

Emmanuel Groutel: Il y a un appétit chinois pour les matières premières, de façon générale, partout dans le monde ; pour le bois, entre autres, et pour le bois africain, notamment. Néanmoins, les flux vers la Chine sont des volumes très, très faibles.

L’Afrique, au total, exporte peut-être 10 ou 15 % de ce qu’un pays comme la Nouvelle Zélande - premier fournisseur de la Chine en grumes avec ses 11 millions de mètres cubes - peut bien fournir. Pour schématiser, vous avez des produits transformés, ayant eu une valeur ajoutée, qui sont essentiellement destinés à l’Europe avec des exigences souvent assez pointues en termes de certification sur la légalité et vous avez des produits destinés à l’Asie qui sont des produits bruts.

Est-ce qu’on sait quelle part de production de bois africain est aujourd’hui exportée ?

La production mondiale de bois c’est 4 milliards de mètres cubes. L’Afrique produit 660 millions de mètres cubes de bois. Sur ces 660 millions de mètres cubes, vous avez déjà 600 millions de mètres cubes qui sont destinés au bois énergie pour cuire les aliments. Donc là, vous avez déjà une part considérable.

Du bois de chauffage ?

Bois de chauffage et disons bois de cuisson. Il reste 60 millions de mètres cubes qui sont des bois qui vont être utilisés pour un usage industriel. Sur ces 60 millions, vous avez à peu près 6 millions de mètres cubes qui vont être exportés de par le monde. Donc, l’autoconsommation est le phénomène majeur et souvent ignoré.

Est-ce qu’à côté de ça, on a une idée de la masse de bois qui est exportée mais, cette fois, de manière illégale, hors des flux recensés ?

Aujourd’hui, compte tenu des mesures draconiennes qui ont été mises en place en Europe, même si elles sont encore perfectibles, la quasi-totalité des bois exportés vers l’Europe sont plutôt sains ou très sains en termes de légalité.

En ce qui concerne d’autres destinations, les importateurs sont ou ont été, pour le moment, beaucoup moins regardants. Je dis « ont été » car c’est en train d’évoluer puisque le marché majeur qu’est la Chine s’intéresse de plus en plus à des bois certifiés, c’est-à-dire labellisés par des tierces parties indépendantes. Il y a, en effet, un besoin dans les réexportations de produits certifiés. Finalement les bonnes pratiques européennes ont tendance à avoir une influence sur certaines pratiques en Asie. Ceci étant, sur les marchés domestiques et interafricains ce concept de légalité est bien plus sommaire.

D’ailleurs, les gouvernements d’Afrique centrale sont souvent accusés, par les ONGs, d’être complices de la déforestation.

Pour moi, c’est une autre question. C’est le problème de la conversion forestière. Convertir une forêt c’est, grosso modo, la faire évoluer de forêt à autre chose et notamment vers l’agriculture, que ce soit de l’agriculture de subsistance ou que ce soit de l’agriculture industrielle.

On se retrouve avec des pays dont la démographie est en train de doubler à très, très brève échéance. Il y a beaucoup de monde à nourrir localement. Il y a également une volonté, par les gouvernements, de produire des produits agricoles à vocation industrielle et on se retrouve donc avec une faible protection dans certains endroits des zones forestières. C'est là que se situe le problème.

Les grands de l’agroalimentaire observent à quel endroit ils peuvent étendre leurs plantations. La tentation est grande de faire ces conversions vers le monde agricole d’où l’importance de donner de la valeur à la forêt. On observe ça et évidemment il y a des zones de front, aujourd’hui, sur des plantations d’hévéas et de palmiers.

Le problème c’est peut-être encore un décalage entre des législations et une administration.

Les législations sont là et elles sont bonnes. Les administrations, c’est toujours délicat parce que se posent toujours des problèmes de salaires, de juste rémunération. On va toujours retrouver les mêmes problématiques de l’application de la politique.
 

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