Chronique des médias

«Marseille», de Netflix : ancrage local pour vision mondiale

Audio 02:22
<i>Marseille, </i> avec Gérard Depardieu et Benoît Magimel. La première série télévisée française lancé par Netflix.
<i>Marseille, </i> avec Gérard Depardieu et Benoît Magimel. La première série télévisée française lancé par Netflix. Source : http://www.netflix-france.net

Ce samedi 7 mai, avec Amaury de Rochegonde de l’hebdomadaire Stratégies, nous parlons de Netflix qui a lancé jeudi 5 mai, sa première série française, Marseille, avec Gérard Depardieu et Benoît Magimel.

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Lorsqu’on s’appelle Netflix, et que l’on compte pas moins de 75 millions d’utilisateurs dans 190 pays, autant dire qu’on est très attendu en France lorsqu’on produit sa première série francophone. Marseille, cette fiction dont les téléspectateurs de TF1 pourront découvrir gratuitement les deux premiers épisodes le jeudi 12 mai, a été annoncée, commentée, anticipée depuis près d’un an. On attendait un House of Cards à la française, du nom de ce thriller politique avec Kevin Spacey qui avait lancé Netflix. On a découvert un soap opéra désincarné où Marseille sert de décor, Depardieu de faire-valoir et un empilement de poncifs qui n’a pas trouvé grâce aux yeux des journalistes français. Le plus sévère a sans doute été Pierre Sérisier, du Monde, selon lequel « en langage châtié, cela s’appelle un accident industriel, en langage courant, une "bouse" »

Peu de critiques croient même à l’intrigue, avec son maire Robert Taro engagé dans une lutte à mort contre son dauphin. Cette histoire est pourtant signée Dan Franck, le scénariste de Les Hommes de l’ombre et de Carlos, tandis que le metteur en scène Florent-Emilio Siri est lui aussi Français. Est-ce que cette « saga d’été digne des années 1990 », comme dit un journaliste, est pour autant promise à l’échec ? Eh bien, rien n’est moins sûr et cela ne tient pas seulement au sens du marketing et du buzz de Netflix.

Pourquoi ? Parce que le côté « sous le soleil » de Marseille, pour reprendre le titre d’une série à succès, est un genre qui marche à l’étranger. Ensuite, parce que contrairement à Versailles, diffusé sur Canal+, Marseille a été tournée en français et qu’elle fait couleur locale avec son triptyque vieux port pègre-pastis un peu comme Narcos, autre série de Netflix, fait très colombien en multipliant les clichés sur les cartels. Finalement, ces deux créations originales collent aux attentes d’un public mondialisé qui n’en est pas moins amateur d’ancrage local.

Au fond, il y a une sorte de paradoxe : la France, et plus spécialement Canal+, sait faire des séries originales, crédibles, haletantes, bien conçues et qui font école. Elles s’appellent Borgia, Engrenages, Mafiosa, les Revenants, Baron noir…. Seulement, avec des abonnements en baisse, autour de 500 000, Canal Play, le service de vidéo à la demande par abonnement de Canal+, ne sait pas bien distribuer, vendre ses séries sur internet. Le groupe Vivendi de Vincent Bolloré travaille à le relancer sous une nouvelle marque, avec une offre repensée, alors même que France Télévisions annonce pour mars 2017 son propre service d’abonnement vidéo.

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