Chronique des médias

Periscope, média ou danger?

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L'application Periscope.
L'application Periscope. @Periscope

Ce samedi 14 mai, Amaury de Rochegonde, de l’hebdomadaire Stratégies, évoque sur RFI l’application Periscope de Twitter, de plus en plus employée en France comme une sorte de média personnel en direct.

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C’est le suicide d’une jeune femme, mardi 10 mai, qui a jeté une lumière crue sur cette application lancée par Twitter il y a un an et qui permet à un mobinaute de filmer en direct son quotidien ou un événement. La particularité de Periscope, c’est qu’elle est interactive et entraîne donc de petits commentaires écrits des gens connectés à la vidéo en direct. L’application séduit les jeunes en quête d’une forte socialisation numérique, un peu à la manière des selfies, ces photos de soi qu’on partage sur les réseaux sociaux. Mardi, la jeune femme de 19 ans s’est donc jetée sous un train dans l’Essonne, après avoir informé le millier de gens qui la suivait qu’elle allait diffuser une vidéo en direct pour, disait-elle « faire réagir les gens » et « ouvrir les esprits ».

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« Ce fait divers invite à s’interroger sur un éventuel côté pousse au crime de Periscope », estime Libération, dans la mesure où c’est une « formidable caisse de résonnance lorsqu’on est désespéré et qu’on cherche à mettre en scène un besoin de se débarrasser de soi ». Le drame s’est d’ailleurs compliqué avec la mise en cause par la jeune femme de son ancien compagnon, qu’elle a accusé de viol et d’avoir diffusé des images de cette agression sur l’appli de messagerie instantanée Snapchat. Cet ex-compagnon a été laissé libre après son audition par le parquet d’Evry. Il faut dire que le flux vidéo sur Periscope s’efface au bout de 24 heures et que le serveur à partir duquel pourra être établie la retranscription des derniers moments de la jeune femme est situé aux États-Unis.

Alors y a-t-il un danger Periscope ? La sociologue Catherine Lejaelle voit dans ce flux en direct l’attrait pour « une captation brute du réel » et la possibilité rare de mettre en scène un passage à l’acte en direct. En prenant à témoin les mobinautes, la personne suicidaire « entre dans une dramatisation néfaste et devient prisonnière de sa mise en scène », estime le psychiatre Marc Filliatre, toujours dans Libération. Le risque est aussi qu’il peut y avoir alors une émulation chez d’autres jeunes qui y verraient un moyen d’accéder à la notoriété et d’être utile dans leur suicide.

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Pour l’heure, Twitter n’a pas prévu de bouton d’urgence sur Periscope en cas de danger grave. Mais l’application n’a pas qu’un côté mortifère : elle a aussi beaucoup servi et sert encore à « Nuit debout », place de la République. On filme les débats, les manifestations. Un usager, Rémy Buisine, est même allé jusqu’à réunir 80 000 personnes en simultané. Periscope est aussi un véritable média alternatif qui précède et court-circuite les chaînes d’info.

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