Revue de presse française

A la Une: après Macron, Montebourg…

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AFP

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« Il s’y voient », s’exclame Libération en première page. « Ils se sont succédé à Bercy sous Hollande. Ils incarnent des ailes opposées de la majorité et rêvent de moins en moins discrètement d’élection présidentielle. […] Arnaud Montebourg et Emmanuel Macron placent de plus en plus clairement leurs pions pour 2017. L’homme de la démondialisation est attendu en haut du mont Beuvray ce lundi, alors que le populaire social-libéral s’est déjà mis En marche ! »

Alors qu’en penser ? « A priori, c’est une bonne nouvelle, commente Libération. Au PS, ou en marge du PS, la relève est là. Quadra ou quinqua, ils piaffent devant la porte de l’Elysée, prêts à régénérer la vie politique. Cela tombe bien : à gauche comme à droite, les Français n’en peuvent plus des figures héritées du passé, à l’exception, pour l’instant, d’Alain Juppé, d’un système ankylosé et consanguin si peu en phase avec l’évolution du monde. Le problème, pointe Libé, c’est que cette relève n’est pas aussi innovante qu’il y paraît. Montebourg et Macron, ces deux ambitieux prêts à tuer les pères pour arriver à leurs fins, font-ils rêver tant que ça ? Incarnent-ils vraiment le renouveau ? »

En tout cas, aujourd’hui, « c’est le jour de Montebourg !, s’exclame La Presse de la Manche. En ce lundi de Pentecôte, Arnaud Montebourg accomplit, à la manière de François Mitterrand en son temps, son pèlerinage au mont Beuvray. On imagine assez bien, en ces temps de candidatures florissantes ou supposées, pour la présidentielle, que l’ancien ministre de l’Economie se compte parmi les prétendants putatifs à la succession de François Hollande. Mais ce n’est pas simple, estime le quotidien normand. D’abord, parce que sa mise en retrait a laissé s’épanouir d’autres velléités de candidature. Ce n’est pas simple non plus, car la primaire réclamée par les frondeurs et aussi par Arnaud Montebourg, donne l’impression de s’éloigner, plus on en parle. »

Qui plus est, poursuit La Presse de la Manche, « il se trouve qu’un homme, qui exerce les fonctions de ministre de l’Economie, comme le fut avant lui Arnaud Montebourg, présente l’avantage de n’exécrer personne […] c’est Emmanuel Macron. Arnaud Montebourg le sait. La concurrence sera rude. »

« Aujourd’hui, complète L’Alsace, Montebourg va compter ses troupes et demander aux députés frondeurs d’endosser la tenue des apôtres pour porter sa bonne parole à travers le pays. Et en fonction de la situation politique en France à la rentrée, date à laquelle le revenant a prévu de publier un livre programme, il sera temps pour lui de se présenter, ou pas, sur la ligne de départ. D’ici là, les circonstances auront peut-être évolué. Quoi qu’il en soit, Montebourg sait qu’il faut toujours préparer la place. »

Toutefois, fait remarquer La Nouvelle République du Centre-Ouest, « pour espérer porter le projet de la gauche – le scénario le plus favorable étant que François Hollande renonce – il faudra, comme au congrès de Poitiers, compter sur le soutien de Martine Aubry. Envisageable si ses adversaires se nomment Manuel Valls ou Emmanuel Macron. Il y a quand même un gros hic dans cette histoire, tempère le journal. Si François Hollande ne se représente pas, c’est que son bilan sera insuffisant. Et ça ne sera pas franchement un atout… sauf si c’est 2022 qui est visé. »

Ne plus se taire !

A la Une également, le débat sur le harcèlement sexuel. L’appel ce week-end de 17 femmes ex-ministres, fait couler beaucoup d’encre ce matin. Cet « appel à ne plus rien laisser passer est un tournant, estiment Les Dernières Nouvelles d’Alsace. On s’étonne que la dénonciation d’un sexisme d’Etat ait tant tardé. Comme s’il avait fallu encore une affaire pour se souvenir que la politique devrait justement lutter contre les maux de la société – dont le sexisme. Dommage aussi, pointe encore le quotidien alsacien, qu’aucun homme n’ait été invité à appuyer cette démarche, ce qui les réduit et les cantonne à un seul type de rôle. »

« Combien de fois nous sommes-nous tus ?, s’interroge La Voix du Nord. Il nous revient des exemples douloureux. De ces moments de petite lâcheté. Ces petites lâchetés ordinaires, si humaines, qui laissent un champ trop libre au sexisme, comme à l’homophobie, au racisme. C’est ce que nous rappellent les dix-sept femmes qui ont signé le texte d’hier. Ne plus se taire, donc. »

« La prise de conscience avance, se félicite Libération. Mais, vous n’avez rien remarqué ?, lance le journal. Où sont les responsables de partis ? Jean-Christophe Cambadélis ? Jean-Luc Mélenchon ? Nicolas Sarkozy ? François Hollande ? N’avez-vous donc rien à dire, à répondre à vos collègues et anciennes ministres ? Et où sont nos grands intellectuels et universitaires si prompts depuis quelques mois à signer des pétitions contre les discriminations faites aux femmes et pour la République une et indivisible ? Et que dit le Medef ? Et les grands patrons ? Que disent les syndicats, dont le silence se fait d’autant plus assourdissant que les cas de harcèlement sont précisément les plus nombreux dans le monde du travail ? Laurent Berger ? Philippe Martinez ? N’avez-vous pas oublié que vous devez défendre tous les salarié(e)s ? » é et é-e-s…

Le chantage d’Erdogan

Le Figaro s’inquiète de l’accord sur les migrants passés entre les européens et la Turquie… « Près de deux mois après la conclusion de cet accord destiné à juguler l’afflux de migrants en Grèce, la tension monte entre Ankara et Bruxelles, constate Le Figaro. Dans ce cadre, l’UE avait accepté le principe de la levée de visas pour les ressortissants turcs souhaitant se rendre en Europe, à la condition que la Turquie modifie notamment sa législation sur le terrorisme pour la mettre en accord avec les règles européennes. Mais le président Recep Tayyip Erdogan s’oppose à cette mesure, provoquant l’inquiétude des Européens face à ce qu’ils qualifient de “chantage” »

Commentaire du Figaro : « deux mois plus tard, le marchandage a du plomb dans l’aile. […] Tout ce qui intéresse le président islamo-conservateur, c’est de rehausser son prestige avec une exemption de visas pour ses concitoyens. Ce qui semble avoir échappé aux dirigeants européens, pointe Le Figaro, c’est à quel point leur allié turc est faible. Erdogan s’est lancé dans une fuite en avant pour consolider un pouvoir de plus en plus solitaire et autoritaire. Il muselle la presse, bannit la contestation sous toutes ses formes, emplit les prisons, écarte ses rivaux, combat sans pitié les séparatistes kurdes avec lesquels il négociait il y a peu. La croissance économique ne le porte plus, la situation en Syrie – où il a misé sur Daech contre ses ennemis kurdes et Bachar el-Assad – lui échappe… Erdogan se comporte comme un homme aux abois. C’est la peur qui gouverne l’homme qui gouverne la Turquie. Son chantage envers l’UE, qu’il menace d’inonder à nouveau de migrants, relève de la même dérive, estime encore Le Figaro. Les Européens peuvent s’attendre à un retour de bâton : ils verront alors que nul autre qu’eux-mêmes ne peut assumer la responsabilité de sécuriser leurs frontières. »

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