Revue de presse Afrique

A la Une: polémique autour du mandat d’arrêt contre Blaise Compaoré

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© AFP/Pius Utomi Ekpei

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Pataquès judiciaire au Burkina Faso… Le parquet du Tribunal militaire de Ouagadougou a récemment annoncé que « le juge d'instruction militaire en charge du dossier Thomas Sankara n’avait jamais été dessaisi dudit dossier et que le mandat d’arrêt émis contre l’ex-président Blaise Compaoré n’avait jamais non plus été annulé par la Cour de Cassation. En outre, aucun juge civil n’a été saisi dans ce dossier. »

Toutefois, souligne L’Observateur Paalga à Ouaga, « une source judiciaire affirme que ce mandat sera bel et bien annulé dans les prochains jours pour vice de forme. »

Maldonne ?

Alors essayons d’y comprendre quelque chose… « Qui croire et qui écouter ?, s’exclame le site d’information Guinée Conakry Infos. En moins d’un trimestre, les annonces se télescopent concernant le mandat lancé contre le président Blaise Compaoré. Cet ancien homme fort du Burkina Faso, qui, devant l’insurrection populaire du Balai citoyen, avait été exfiltré par la France, pour Abidjan, où il coule des jours tranquilles. Le 28 avril dernier, la Cour de cassation annulait le mandat d’arrêt contre l’ancien médiateur-en-chef ouest africain, pour vice de forme, donc pour irrégularité procédurale ! Mais, voilà que selon le magistrat Alioune Zanré, le nouveau commissaire du gouvernement auprès du tribunal militaire de Ouagadougou, “le mandat d’arrêt émis contre l’ex-président Blaise Compaoré n’a jamais été annulé par la Cour de cassation”. A son avis, il y a eu maldonne. Une incompréhension qui a certainement fait croire que l’annulation couvrait l’ensemble des dossiers en cours d’instructions ; alors qu’en réalité, les dossiers du coup d’Etat de septembre 2015 et de  l’assassinat du capitaine Thomas Sankara, n’étaient pas concernés par cette décision. Ils sont, conséquemment, plus que jamais en vigueur. En fait, la requête d’annulation ciblait surtout le putsch manqué du Régiment de sécurité présidentielle (RSP). »

Toutefois, et c’est là le hic… Ce dernier mandat contre Compaoré devrait lui aussi être annulé pour vice de forme dans les prochains jours…

Bataille sans merci entre anti et pro-Compaoré…

« Du coup, s’exclame le site d’information Ledjely.com, toujours en Guinée, on peut légitimement se demander si l’on n’a pas trop surévalué l’indépendance de la justice au Burkina Faso. Car on imagine bien que dans cette façon de dire une chose et son contraire, il n’y a pas que la compétence des juges qui soit en cause. Ces rebondissements à répétition semblent plutôt refléter les rapports de force autour de ce dossier des plus sensibles. Adversaires et partisans de la poursuite de Blaise Compaoré se livrant une bataille sans merci, les juges se retrouvent pris au piège et la justice elle-même en otage. Et les décisions sont manifestement fonction de la victoire momentanée d’un des camps. Naturellement, poursuit Ledjely, pour les victimes du long règne de Blaise Compaoré et les promoteurs de la démocratie en Afrique, la révélation de cette réalité souterraine peut être un coup dur. Car ils ont désormais la preuve que le sort de l’ancien président ne dépendra plus que de la justice, en tant que telle. » Et Ledjely.com de conclure : « l’ancien médiateur attitré des crises ouest-africaines pourrait donc, en dépit des griefs qui sont brandis à son encontre, vivre en totale liberté et continuer à narguer ses victimes. Il en va aussi ainsi de la justice burkinabè. »

Communiquer !

Alors, visiblement agacé, le quotidien Aujourd’hui à Ouaga estime que l’armée, et plus particulièrement la justice militaire, doivent faire un effort de communication… En effet, relève Aujourd’hui, « depuis l’embastillement des putschistes du 16 septembre, et depuis le lancement de fameux mandats d’arrêt internationaux, il ne se passe pas une semaine, sans qu’on apprenne par la vox populi ou par les réseaux sociaux qu’il y a eu une décision des juges militaires, info, aussitôt contredite, deux ou trois jours après. Ce qui jette le trouble au sein de l’opinion, qui estime que si la discipline est le propre de l’armée, cette qualité coule de source dans ses méandres judiciaires. Apparemment que nenni ! Le nouveau commissaire du gouvernement Alioune Zanré doit donc, songer à une stratégie communicationnelle beaucoup plus élaborée et non adossée aux tuyaux et aux “sources dignes de foi”. La Justice est comme une plaie à vif sur le corps des Burkinabè, soupire encore Aujourd’hui. Une mauvaise manipulation, une communication défaillante ou maladroite, mal maîtrisée peut avoir des conséquences très négatives pour l’image même de la Justice militaire, d’abord, et ensuite, pour l’équilibre du climat social qui est déjà délétère. » Bref, conclut le quotidien burkinabè, « lorsqu’il est temps de communiquer, il faut le faire, vite et bien. »

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