Revue de presse française

A la Une : que les gros salaires lèvent le doigt !

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AFP

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Ce film de Denys Granier-Deferre en 1982 est plus que jamais d’actualité : les salaires des grands patrons n’en finissent plus d’augmenter jusqu’à atteindre des niveaux stratosphériques.

Ce matin, Libération lance une pétition pour limiter les hautes rémunérations. Voici son argumentaire : « Parce que nous vivons une période inédite dans l’histoire du capitalisme contemporain. Alors que, dans les années 60, les rémunérations des PDG représentaient 40 fois le salaire moyen pratiqué dans les plus grandes entreprises américaines, cet écart a explosé pour atteindre aujourd’hui plus de 200 au sein de ces dernières et 120 dans les sociétés françaises. Parce que le gouvernement a fait en 2013 le pari de l’autorégulation et que celui-ci a échoué. Parce que plusieurs institutions internationales, comme l’OCDE et le FMI, s’alarment depuis plusieurs années du poids croissant des inégalités et de leurs conséquences négatives sur le potentiel de croissance de nos économies occidentales. Parce qu’en se comportant de la sorte, notre élite économique entretient un sentiment de chacun pour soi délétère. Pour toutes ces raisons, s’exclame Libération, nous demandons au gouvernement de légiférer pour que désormais, en France, un patron ne puisse pas être rémunéré plus de 100 Smic, soit 1,75 million d’euros par an. »

Et Libération dans son éditorial de dénoncer ce qu’il nomme un « abîme social et philosophique : comment un homme qui n’a pris aucun risque, qui n’a inventé aucun procédé révolutionnaire, qui a fait en général une carrière linéaire au sein de vastes organisations, peut-il valoir 300 fois un autre homme ou une autre femme qui travaille dans la même organisation ? (…) Un capitaliste aussi féroce que J.P. Morgan, magnat de la banque et du rail à la fin du XIXe siècle, considérait qu’au-delà de 20 fois le salaire minimum, on déchirait le contrat social dans l’entreprise. (…) C’est dans les années 80, pointe le journal, avec le triomphe du reaganisme et de la finance, que les rémunérations se sont envolées. Les actionnaires voulaient des managers entièrement dévoués à leur cause : ils les ont payés à prix d’or en échange de leur dévotion à la 'création de valeur'. Le taux de croissance des Etats-Unis ou de l’Europe n’en a pas progressé pour autant. Autrement dit, constate encore Libération, quand les patrons étaient moins payés, le capitalisme marchait mieux… »

La colère des policiers

A la Une également, les policiers en colère… et les casseurs toujours aussi actifs ! Alors que les policiers manifestaient hier Place de la République à Paris, non loin de là, une voiture de police prenait feu, cible des cocktails Molotov lancés par une quinzaine d’éléments incontrôlés.

Cet « incendie volontaire d’une voiture de police, à Paris, a failli tourner à la tragédie, s’exclame Le Journal de la Haute-Marne. Mais ce qui a été évité de justesse hier risque de se produire plus vite qu’on ne le pense. Il y a une évidente détermination chez les casseurs à tuer +du flic+. Ne pas le voir serait faire preuve d’une étrange cécité. Pendant des années, ils se contentaient de pourrir les fins de manifestations. Aujourd’hui, constate encore le quotidien champenois, ils sont organisés en commandos fondus au sein même des défilés, ou isolés pour tendre des embuscades comme ils l’ont fait hier (…). Il est clair que les casseurs de 2016 sont bien décidés à utiliser à fond la stratégie de tension. Ils s’en prennent systématiquement aux forces de l’ordre, en misant sur une répression plus violente pour agréger tous les paumés du pavé et de la barre de fer. »

« C’est moins l’ordre social qui est en cause que l’ordre tout court, soupire La Montagne, moins la loi Travail que la loi tout court. Contrairement aux apparences, les casseurs ne font que discréditer le mouvement social auprès d’une opinion qui ne semble guère encline à l’indulgence. À force de violences, les casseurs n’ont pas favorisé la montée en puissance du mouvement ces deux dernières semaines. » Et La Montagne de s’interroger : « Est-ce la raison pour laquelle, enfin, les grandes centrales syndicales ont réorganisé leur propre service d’ordre aux abords des manifs pour réagir ? Cette décision ne vient-elle pas trop tard ? »

Laisser-faire ?

Pour L’Humanité, le gouvernement a sa part de responsabilité…« Non ! La France n’est pas submergée par une 'haine anti-flic'. Le constater n’est pas nier les difficultés auxquelles sont confrontés les policiers ni la violence déployée par des petits groupes. Mais qui l’a permise ?, s’exclame le quotidien communiste. Pourquoi les forces de police n’ont-elles pas eu de consignes pour les empêcher de pénétrer les manifestations ? Pourquoi cette latitude accordée à ceux, identifiables, qui recherchaient l’affrontement ? Comment expliquer que des consignes aient été données pour couper les cortèges ? La volonté de discréditer la contestation sociale et d’apeurer pour que les cortèges maigrissent semble le ressort de ces choix », affirme encore L’Humanité.

« En tout cas, l’impuissance du gouvernement à mettre fin aux violences commence à susciter de vives réactions dans l’opposition, pointe pour sa part Le Figaro. Le Front national évoque un 'laxisme total' et, chez les Républicains, Éric Ciotti exige que 'le gouvernement et le ministre de l’Intérieur agissent'. Près de trois Français sur quatre estiment que le gouvernement ne sévit pas suffisamment, selon un sondage Elabe pour BFM. Hier, en tout cas, François Hollande a exprimé un 'soutien très clair' aux policiers. »

Alors « comment être plus efficace contre les vandales ? », s’interroge Le Figaro. Pour le journal, voici les quatre pistes évoquées dans les milieux de la sécurité pour muscler la réponse de l’État : « 1. Renforcer le travail de renseignement en amont ; 2. employer à bon escient les sanctions préventives ; 3. Ne pas abuser des 'Robocops' ; enfin, 4. Se montrer inflexible quand une manifestation est interdite. »

Un second souffle pour Valls ?

Enfin, après Macron, après Montebourg, Manuel Valls se positionne… « Le Premier ministre a tenu hier, dans son fief d’Evry, sa première 'rencontre avec les Français' », note Le Parisien. Et « on a refusé du monde. » Le sujet principal qui a été débattu avait pour thème : « Le moment que nous vivons renvoie à une interrogation profonde : qu’est-ce qui nous rassemble, sommes-nous capables de nous écouter, de nous réformer ? »

« Manuel Valls à la recherche d’un nouveau souffle », constate Le Monde. « Un peu plus de deux ans après son arrivée à Matignon, Manuel Valls, une fois de plus, se retrouve dans une situation politique difficile, explique le quotidien du soir. Alors que le mouvement social contre la loi El Khomri se durcit, il est un chef de la majorité qui n’a plus de majorité et un chef du gouvernement à l’autorité contestée quasiment tous les jours par son ministre de l’économie, Emmanuel Macron, qui affiche de plus en plus son ambition présidentielle. (…) Pour continuer à exister, Manuel Valls a donc décidé de multiplier d’ici à l’été des réunions publiques 'citoyennes' pour s’expliquer et vanter son bilan. L’objectif, selon Matignon, est de 'parler d’aujourd'hui et – d’ouvrir des perspectives et des horizons pour demain'. Traduction : à un an de la présidentielle, le premier ministre veut à la fois peser sur la future ligne politique de la campagne du candidat socialiste, mais aussi préparer, en cas de défaite de la gauche, l’après-2017. »

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