Aujourd'hui l'économie

Italie: les riches habitants de Florence résistent au passage des siècles

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La ville de Florence, en Italie.
La ville de Florence, en Italie. Maria Swärd/FlickrVision/Getty Images

A Florence, en Italie, la richesse se transmet de père en fils depuis la renaissance. C'est la conclusion étonnante d'une étude menée par deux chercheurs italiens.

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Entre 1427 et 2011, les familles florentines installées au sommet de l’échelle sociale sont restées les mêmes. Avec les mêmes métiers, dans le secteur de la chaussure, de la soie, et du droit. Deux économistes de la banque centrale italienne ont fait cette découverte singulière en comparant les registres fiscaux.

En 1427, Florence est au bord de la faillite, la ville procède à un recensement fiscal pour identifier les 10 000 contribuables à même de la sauver de la débâcle financière. C'est pourquoi on dispose pour cette année-là de données rares et détaillées pour l'époque. Sont mentionnés le nom du chef de famille, sa profession, ainsi que ses revenus. À la surprise des chercheurs, les contribuables les plus imposés du début du XVe siècle et ceux du début du XXIe siècle portent les mêmes noms.

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Étant donné que ces patronymes sont typiques de la région de Florence, les chercheurs considèrent que les riches d'aujourd'hui sont bien les descendants de ceux d'il y a six cents ans. Ces lignées presque dynastiques ont résisté à une histoire florentine pourtant agitée, émaillée par des crises et de multiples changements de régime politiques.

Comment expliquer cette transmission de la richesse à travers les siècles ?

La bourgeoisie qui émerge dans cette ville au moment de la Renaissance s'organise pour défendre ses intérêts. Les cordonniers, les tisserands se retrouvent par exemple dans des guildes ; quant aux professions juridiques, ce sont souvent des charges héréditaires.

Au bien qui se transmet d'une génération à l'autre, s'ajoutent le savoir-faire et le carnet d’adresses liées aux activités florissantes de l'époque. Plus que la richesse matérielle, le capital culturel permet de traverser l’histoire à l'abri du besoin. On parle souvent du plafond de verre bloquant l’ascenseur social, cette étude démontre qu'il existe aussi un plancher de verre. Ceux qui sont bien installés à l’étage supérieur sont ainsi protégés du déclassement.

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L'étude en revanche ne dit pas grand-chose des plus pauvres ou de l'aggravation des inégalités. Il n'est pas prouvé que ces familles florentines ont accumulé le capital à travers les siècles, mais surtout qu'elles ont su conserver leurs positions.

Cette transmission de la richesse par-delà les siècles a-t-elle été observée dans d’autres pays ?

Oui au Japon par exemple. Les samouraïs ont perdu leurs privilèges à la fin du XIXe, mais les descendants de ces fonctionnaires guerriers très puissants au XVIIe siècle se retrouvent aujourd'hui dans l'élite économique du pays. Autre cas intéressant : la Suède. Une étude a été menée à partir des noms de famille. Quand ils ont été introduits au XVIIe siècle, les artisans ont adopté un nom en rapport avec leur métier, les nobles ceux de leur lieu de naissance et les paysans ont simplement modifié le prénom de leur père.

Or ceux qui réussissent aujourd’hui en Suède portent la plupart du temps des noms d'essence noble. Malgré la politique de redistribution menée depuis 1945 dans ce pays si attaché à l'État providence, les grands équilibres socioéconomiques ont donc peu changé. On savait déjà que la richesse se transmettait d'une génération à l'autre, mais le cas de Florence, comme ceux du Japon et de la Suède, démontre à quel point la mobilité sociale est capable de résister à l'épreuve du temps.

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