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Invité Afrique

Marc-André Lagrange: «Un résultat très peu positif» pour la Monusco en RDC

Audio 05:43
L’adjoint du commandant de la force de la Monusco, le général Jean Baillaud, lors d'une réunion de planification conjointe des opérations à Beni, province du Nord Kivu, en RD Congo.
L’adjoint du commandant de la force de la Monusco, le général Jean Baillaud, lors d'une réunion de planification conjointe des opérations à Beni, province du Nord Kivu, en RD Congo. ©MONUSCO/Abel Kavanagh

Plus de 20 000 hommes déployés; 1,4 milliard de dollars de budget par an. Quel bilan tirer de 17 années de présence de la Monusco en République démocratique du Congo ? Une mission dont le mandat est de stabiliser le pays et d'asseoir la démocratie, mais qui le mois dernier encore n’arrive pas à faire cesser les tueries, par exemple à Beni et qui peine à peser dans le débat politique. C’est la question que s’est posée notre invité ce matin. Marc-André Lagrange est chercheur sur les conflits des Grands Lacs, associé à l’Institut français des relations internationales (IFRI), et il a récemment rédigé une note sur le sujet avec Thierry Vircoulon.

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RFI: Est-ce qu’aujourd’hui, cette mission des Nations unies, la plus importante et la plus chère de l’histoire des « UN », est encore justifiée ?

Marc-André Lagrange : La Mission des Nations unies en République démocratique du Congo, au bout de 17 ans, affiche un résultat très peu positif. Et effectivement, on peut vraiment se poser la question : à quoi sert la Monusco, d’autant qu’elle a failli à son mandat le plus simple, la protection des populations civiles ? Les dernières tueries qui ont eu lieu du côté de Beni, là où la Monusco est militairement déployée, sont vraiment le symbole de l’impuissance de la Monusco.

Quelles sont les raisons de cette impuissance ?

La Monusco souffre de maux principaux qui sont d’abord une perte de crédibilité populaire, largement alimentée par sa faiblesse sur le plan militaire. Ça a commencé dès 2006, avec l’incapacité de la Monusco à réagir aux troubles qu’il y avait à l’époque autour de Goma et ça s’est cristallisé depuis 2012 avec la chute de Goma où maintenant les populations n’ont plus du tout confiance dans la capacité de la Monusco à les protéger.

La chute de Goma en 2012 aux mains des rebelles du M23 [Mouvement du 23-mars], alors que les Nations unies gardaient la ville et la présentaient comme « secure » ?

Oui, tout à fait. Dans un sursaut d’orgueil, la Monusco a essayé de redorer son image et a mené des opérations militaires robustes qui ont permis de neutraliser le M23. Mais depuis, on voit bien que la Monusco n’a pas réussi à enchaîner et à neutraliser les autres groupes armés qui sont actuellement dans le Nord-Kivu. Et les dernières tueries à quelques centaines de mètres des bases de la Monusco réimposent de se poser cette question : pourquoi cette léthargie militaire ?

C’est un problème de mandat, c’est un problème de formation, de volonté ?

Il y a deux conditions nécessaires pour qu’une mission de maintien de la paix puisse être efficace. D’abord un, une convergence d’intérêts de la part de l’ensemble des acteurs pour obtenir un résultat et, ensuite, il faut qu’il y ait une vraie volonté de la part de l’ensemble des acteurs et des pays contributeurs de troupes de mettre en application le chapitre 7 des Nations unies....

...Le chapitre 7 qui autorise les Nations unies à recourir à la force...

Oui. Et donc de neutraliser réellement les menaces. Pour le M23, et tout le monde était d’accord, que cette menace-là, il y avait une nécessité de la neutraliser à cet instant T. Et donc là, on a un résultat. Mais actuellement, il y a des divergences sur les menaces à neutraliser en priorité. Et on a une léthargie militaire et des casques bleus qui sont très en retrait du fait de l’obstacle majeur que sont la volonté de ne pas exposer leurs soldats des pays contributeurs de troupes et une interprétation a minima du chapitre 7. Cela paralyse la machine Monusco.

Suite à la chute de Goma, des réformes avaient été engagées et le centre de commandement de la mission avait été déplacé de Kinshasa à Goma. Pour quelles conséquences ?

Le passage de Kinshasa à Goma pouvait paraître judicieux au moment où il a été fait, d’un point de vue purement militaire puisque, effectivement, on était dans une dynamique positive et engagée de la part de la Monusco. Et donc il semblait relativement logique que l’état-major de la Monusco soit déployé au plus près du terrain d’activités. Par contre, ce mouvement a aussi entraîné un écart entre la Monusco et ses interlocuteurs politiques qui sont à Kinshasa. Tous les groupes armés ont des représentants à Kinshasa, et Kinshasa reste le centre de la vie politique congolaise. Ce qui a tari complètement en fait le dialogue politique entre la Monusco et le gouvernement congolais, un dialogue politique qui lui-même est fortement affecté par une inefficacité militaire de la Monusco.

Dans ce contexte et alors que des incertitudes pèsent sur l’organisation de la présidentielle avant fin 2016, conformément à la Constitution, quel rôle peuvent jouer les Nations unies sur le plan politique ?

Le gouvernement congolais a toujours eu l’impression d’être soutenu par les Nations unies jusqu’au processus électoral de 2006. Puis, il y a eu un début de mésentente entre les Nations unies et le gouvernement congolais qui a amené les Nations unies à soutenir fortement les élections présidentielles de 2011, les élections qui ont été largement entachées de fraude électorale. A partir de ce moment-là, les Nations unies se sont retrouvées dans une position extrêmement difficile pour pouvoir adresser des messages forts, en termes de démocratie. Et n’ayant pas justement un poids militaire conséquent, les Nations unies se sont retrouvées acculées dans une impasse politique qui n’a fait que se développer avec justement ce fossé entre le centre décisionnel politique de la Monusco et le cœur politique du gouvernement congolais. Cette perte de crédit tant politique que militaire fait qu’elle ne joue finalement qu’un rôle pour l’instant relativement marginal. C’est l’impasse dans laquelle se trouve actuellement la Monusco.

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