Revue de presse française

A la Une: la confrontation

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AFP

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Va-t-on « vers la paralysie totale ? », s'alarme Le Parisien en première page. « Six raffineries, sur les huit que compte le pays, sont à l'arrêt ou bien tournent au ralenti. Plusieurs dépôts sont en grève ou sont bloqués par des manifestants extérieurs et environ 2 500 stations-service subissent une pénurie totale ou partielle d'essence. Hier, le conflit autour des sites pétroliers, au coeur de la contestation du projet de loi Travail - contre lequel sept organisations syndicales ont appelé à manifester demain - s'est encore durci, conta Le Parisien. Et si une intervention policière musclée a eu lieu à l'aube pour débloquer le site de Fos-sur-Mer dans les Bouches-du-Rhône, pour les automobilistes et les entreprises, les difficultés d'approvisionnement dans les stations-service commencent à se faire de plus en plus sentir. Un peu partout en France. »

Pour L'Humanité, ce combat entamé par la CGT est légitime. « François Hollande a beau jeu de dénoncer un blocage décidé par une minorité, lui qui atteint des sommets d'impopularité, isolé comme jamais, réduit à dégainer les 49-3 à chacune de ses initiatives politiques. Les grèves, elles, sont votées démocratiquement par les salariés, et avec des scores sans appel, s'exclame le quotidien communiste. La loi El Khomri est toujours rejetée par 75% des Français. Et demain, pointe encore l'Huma, les salariés se mobiliseront nationalement pour la huitième fois depuis le début du mouvement, à l'initiative d'une intersyndicale. »

Fuite en avant ?

Voilà pour la position du quotidien communiste… Un peu seul contre tous… A commencer par Sud-Ouest pour qui « le forcing de la CGT ressemble à une fuite en avant. Non seulement le syndicat et Philippe Martinez jouent gros, mais ils jouent aussi avec le feu. Car rien ne donne aujourd’hui le sentiment que les Français sont prêts à les suivre. Il y a même fort à parier que le blocage des raffineries rend leur mouvement très impopulaire. Or si elle perd ce bras de fer, la CGT perdra ce qui lui reste de crédibilité. »

Attention, prévient également La Voix du Nord, « la CGT tient une allumette au-dessus d’une raffinerie. Blocage des raffineries, grève illimitée à la SNCF et à la RATP, débrayage dans les airs : la carte de l’exaspération est désormais abattue. Mais elle peut vite se retourner contre celui qui l’a jouée. L’exaspération peut se tourner vers la CGT. Ses méthodes, depuis l’affiche sur les violences policières jusqu’à l’assèchement des pompes, heurtent. L’opposition des Français à la loi travail ne traduit pas forcément une adhésion à la position de la centrale. »

Combat de coqs !

De toute façon, le gouvernement ne cédera pas, estiment de nombreux journaux…
Notamment L’Est Républicain pour qui, donc, « le gouvernement ne reculera pas. Parce qu’il ne saurait être question de céder face à une " minorité qui bloque le pays ". Parce qu’il fait le calcul du temps et de l’usure. De l’opinion publique également. À 3 semaines de l’Euro et des vacances, la CGT n’a plus qu’une courte fenêtre de tir pour faire feu de tout bois. » « Le gouvernement ne peut envisager de reculer, renchérit La Montagne. Après l’abandon du projet de déchéance de nationalité, ce serait un désaveu, le signe de son impuissance politique, et probablement le départ de Manuel Valls et de son gouvernement. » En effet, complète Le Canard Enchaîné, « pour Valls et plus encore pour Hollande, le retrait du texte, le dernier important du quinquennat, n’est pas envisageable un instant. Un tel renoncement équivaudrait, pour l’homme de l’Elysée, à renoncer aussi à se représenter et pour le " déterminé " de Matignon, à passer pour un mollasson. Ils sont donc prêts à l’épreuve de force. »

Résultat : on assiste donc à un « combat de coqs, pointe La Nouvelle République du Centre-Ouest. Car en choisissant l’affrontement verbal direct, chacun des deux camps semble indiquer qu’il n'entend pas craquer ou lâcher du lest. » Du coup, poursuit le journal, « le conflit peut durer. L’épreuve de force est engagée. L’exécutif ne peut plus revenir en arrière. Un abandon serait un terrible échec. Mais pour la CGT, aussi, cette opposition est devenue une question de principe. Impossible de céder à ce gouvernement. Et tant que l’opinion, hostile à la loi Travail dans de nombreux sondages, lui reste favorable, la centrale a intérêt à capitaliser sur cette " résistance ". Difficile donc, conclut La Nouvelle République du Centre-Ouest de prédire une issue à cette contestation, mais pour le moment, c’est le gouvernement qui perd le plus de plumes dans cette bataille. »

Economie en berne ...

Pendant ce temps, l’économie française n’est pas au mieux de sa forme… C’est ce que notent Les Echos : « Alors que les inquiétudes montent sur le départ de sociétés françaises à l’étranger, le baromètre des investissements étrangers publié hier fait état d’un décrochage inquiétant de la France. Le nombre de projets dans l’Hexagone a tendance à stagner alors qu’ils se multiplient au Royaume-Uni et en Allemagne. Les investisseurs interrogés s’inquiètent d’un climat social dégradé. Le bras de fer engagé par la CGT avec le gouvernement ne va évidemment rien arranger. »

Et la droite dans tout cela ?

Que ferait-elle ? Que fera-t-elle, si elle revient au pouvoir l’an prochain ? Interrogation formulée par Le Figaro : « si la " mini-loi " El Khomri suscite autant de rage chez une CGT devenue folle, qu’en sera-t-il l’an prochain si un président de droite s’installe à l’Élysée ? La question vient naturellement à l’esprit et a de quoi susciter l’inquiétude. Car le projet des candidats Républicains est à la loi Travail ce que les plus hauts sommets du Népal sont au Roc’h Trevelez, point culminant de la Bretagne (384 m). Fin des 35 heures, économies drastiques, réduction de la politique d’assistanat, etc. Bref, la haute montagne en hiver. »

Alors, s’interroge Le Figaro, « le successeur de François Hollande sera-t-il contraint d’amender son programme ? » Non, répond le journal : « Pour éviter une telle avanie, les candidats Républicains ont un an pour expliquer méthodiquement ce qu’ils proposent. L’opinion publique a d’ores et déjà compris que leur projet n’est pas à proprement parler un chemin de roses. Mais cela n’empêche aucun des prétendants d’être cent coudées au-dessus de François Hollande dans les sondages. C’est encourageant, et ce le serait plus encore si, au mois de mai (de l’an prochain), conclut Le Figaro, les Français disaient oui à cette thérapie de choc, la seule à même de sortir le pays de l’ornière. »

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