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Invité Afrique

Jean-Pierre Favennec: «Le prix de l'essence est un problème critique au Nigeria»

Audio 05:29
Le Nigeria est le premier pays producteur de pétrole en Afrique et huitième exportateur mondial.
Le Nigeria est le premier pays producteur de pétrole en Afrique et huitième exportateur mondial. AFP / LIONEL HEALING
Par : Jean-Jacques Louarn
12 mn

Le cours du baril de pétrole reste relativement bas, malgré une hausse depuis plusieurs mois. Quelles sont les conséquences pour les pays producteurs d'or noir du continent africain ? Sont-ils au bord de la faillite ? Il y a des perdants, mais aussi des gagnants, les pays importateurs. Notre invité ce vendredi 27 mai au matin est Jean-Pierre Favennec, spécialiste des questions énergétiques en Afrique, professeur à Sciences Po et à l'Ecole du Pétrole.

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RFI : Avec un cours du baril en chute libre, à moins de 50 dollars, certains pays africains, tels le Nigeria, l’Angola, la Guinée équatoriale, le Gabon ou le Congo-Brazzaville, peuvent-ils craindre tout simplement une faillite, voire leur budget réduire à peau de chagrin ?

Jean-Pierre Favennec : Clairement, la faillite, je ne sais pas. Ça me semble encore une situation qu’on ne peut pas envisager. Mais les difficultés sont grandes effectivement. Vous parlez par exemple, on va prendre le cas du Nigeria. Le Nigeria est un grand pays, le plus important pays par le PNB en Afrique, et la chute du prix du baril affecte considérablement ses ressources. D’autre part, au Nigeria, vous avez un autre problème, c’est la diminution très sensible de la production du fait des rébellions dans la zone de production qui font que la production de pétrole du Nigeria a considérablement diminué. La situation est également bien entendu difficile dans les pays que vous avez mentionnés, à commencer par l’Angola, grand pays producteur, qui souffre terriblement et des pays comme la Guinée équatoriale, le Gabon et le Congo où les recettes pétrolières représentent une grande partie des recettes budgétaires.

Le Nigeria, c’est le premier producteur africain. Le prix de l’essence a bondi là de 67%, un pays où la production n’atteint plus que 1,4 million de barils jour, alors que le budget est basé sur une production de 2,2 millions de barils jour.

Oui, tout à fait. Un budget sur 2,2 et une production réelle de 1,4, beaucoup du fait de problème dans la région de production. Vous mentionnez le prix de l’essence. Il est certain que c’est un problème critique au Nigeria dans la mesure où l’essence jusqu’ici, comme dans beaucoup de pays, était très largement subventionnée. Le gouvernement essaie de réduire les subventions sur l’essence qui pèsent très largement sur son budget. Pour mémoire, il y a deux ou trois ans, le gouvernement a tenté déjà une première réduction des subventions à l’essence. Finalement, il a fini par augmenter quand même le prix de l’essence. On va voir là ce qui va se passer, avec cette augmentation. Mais en général, les réactions sont assez brutales parce que l’essence est un produit de base, la population n’est pas riche, les transports dépendent de l’essence. C’est donc évidemment assez critique pour la population.

Ces pays producteurs d’or noir réagissent-ils et comment ?

Ils font comme d’autres pays, c’est-à-dire qu’ils tentent d’adapter les budgets. Certains ont des réserves budgétaires et donc ils font avec. Mais il est clair que la situation est souvent délicate. Ce n’est pas encore la catastrophe, mais il est certain que la croissance est affectée, que les pays doivent s’adapter, que les budgets doivent être réduits, que les subventions aux produits pétroliers qui sont souvent importantes doivent être réduites et que ça touche également bien sûr tous les salaires et tous les revenus de la population.

La question de la diversification des économies des recettes est donc posée. Le président de la BAD [Banque africaine de développement] récemment affirmait que cette crise est une chance pour les pays qui n’ont d’autre choix que de diversifier leurs revenus par d’autres activités. Est-ce que ce n’est pas en l’occurrence un vœu pieux ?

Les grands pays producteurs de pétrole, et les pays africains dont on a parlé, dépendent très largement des recettes pétrolières. Le cas du Nigeria est un cas intéressant parce que c’est un grand pays, 200 millions d’habitants, et je le répète, il y a le plus grand PNB d’Afrique, le plus important. Il y a eu une révision du PNB il y a deux ou trois ans, et du coup le Nigeria s’est retrouvé devant l’Afrique du Sud qui, jusque-là, avait le plus grand PNB. Ce qui veut dire qu’il y a déjà beaucoup d’activités au Nigeria, c’est un point intéressant et il y a des activités dans le domaine des télécommunications, dans le domaine des services, du commerce, etc. Ça c’est un exemple intéressant. Il faut que les gouvernements prennent les mesures de manière en plus à ce que l’argent généré par les exportations par exemple de pétrole puissent être largement utilisé à développer les infrastructures et développer de nouvelles activités.

Alors il n’y a pas que des perdants. Pour les pays importateurs nets africains de pétrole, la chute du cours n’est pas une mauvaise nouvelle pour l’équilibre commercial des secteurs-clés, comme le transport et l’industrie qui bénéficient de cette tendance ?

Ils nombreux puisqu’en Afrique actuellement, je ne vais pas faire le compte exact, mais il doit y avoir une bonne dizaine de pays producteurs de pétrole, dont seulement quelques-uns de manière extrêmement importante. Je veux dire par là que l’Afrique produit à peu près 10% du pétrole mondial, ce qui est pas mal. Vous avez beaucoup de pays producteurs, mais certains produisent relativement peu, je pense à des pays comme la Mauritanie par exemple. Donc pour beaucoup, il reste des importations à faire. Et bien entendu, la baisse des prix du pétrole est une bénédiction. J’ai fait des calculs, il y a quelques années pour certains pays, lorsque le prix du pétrole était à 100 ou 150 dollars par baril, c’était le cas il y a exactement encore deux ans maintenant, la facture pétrolière peut représenter beaucoup plus de 10% du PNB. Actuellement, dans les conditions actuelles, ça tombe évidemment à quelques pour cent. Ça facilite beaucoup les choses. Vous avez des pays par exemple comme le Sénégal que je connais bien, où la diminution du prix du pétrole permet en particulier à tout le secteur énergétique de mieux fonctionner : la raffinerie fonctionne beaucoup mieux, le secteur électrique qui dépend des produits pétroliers pour son fonctionnement fonctionne mieux. Donc c’est une bonne chose.

Les automobilistes du continent, de ces pays-là, constatent-ils une baisse significative à la pompe ?

C’est un peu comme en France. Le prix du pétrole est, si on simplifie beaucoup, a été certainement divisé par trois ; le prix de l’essence à la pompe est réduit de 20% maximum parce que la part du pétrole dans le prix de l’essence est une fraction limitée dans la mesure où il y a pas mal de taxes.

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