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Invité Afrique

Afrique: pour Gilles Pison, « le regain vaccinal a amélioré l’espérance de vie »

Audio 05:02
Gilles Pison, professeur au Muséum national d'histoire naturelle de Paris, et chercheur associé à l'INED,
Gilles Pison, professeur au Muséum national d'histoire naturelle de Paris, et chercheur associé à l'INED, © Raphaël de Bengy/ined.fr

C'est une bonne nouvelle, pour l'Afrique. L'espérance de vie a augmenté de plus de 9 ans, entre 2000 et 2015, selon les derniers chiffres publiés par l'OMS. Au niveau mondial, les hommes et les femmes ont gagné 5 ans de vie, sur cette même période. Cette hausse rapide et significative s'explique principalement par une amélioration de la santé des enfants de moins de 5 ans. Il existe tout de même de fortes disparités entre les pays africains : la Sierra Leone, où les femmes peuvent espérer vivre 50 ans en moyenne, contre 49 ans pour les hommes, est en bas du tableau. La moyenne mondiale se situe à 71 ans, hommes et femmes confondus, pour un enfant né en 2015. RFI reçoit le démographe Gilles Pison, professeur au Muséum national d'histoire naturelle de Paris, et chercheur associé à l'INED.

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RFI: Est-ce que cela veut dire, concrètement, que l’on peut espérer, quand on est en Afrique maintenant, vivre neuf ans de plus qu’avant  ?

Gilles Pison: Par rapport à 2 000, ce sont les chiffres. Si la durée de vie augmente c’est que la mortalité diminue et notamment la mortalité des enfants. Ces évolutions pour l’Afrique c’est un peu une surprise car cette baisse est plus rapide que ce qu’on imaginait il y a dix, vingt ans. Il faut dire qu’en 2 000 on était à la fin d’une période – les années 90 – qui n’ont pas été favorables.

Pourquoi ?

Pour plusieurs raisons. Il faut savoir que la mortalité des enfants en Afrique tient encore beaucoup à la mortalité infectieuse et ces années 90 ont été des années mauvaises parce qu’il y a eu une stagnation de l’effort vaccinal, voire une baisse.

Cette amélioration, en fait, de l’espérance de vie, on pense que ça va continuer. Quelles sont vos projections ?

Cette bonne nouvelle, cette baisse plus rapide qu’on ne l’imaginait, en tout cas pour la mortalité des enfants, cela a tenu à ce qu’il y a eu un regain de l’effort vaccinal. Cela ne veut pas dire qu’on y est arrivé car il y a encore une partie des enfants qui ne sont pas vaccinés ou pas totalement vaccinés. L’effort doit donc être maintenu. Mais il y a eu un effort. Et puis, cela a été aussi grâce au succès de la lutte contre le paludisme. On dispose de traitements plus efficaces et puis, surtout, la lutte contre le paludisme a bénéficié davantage d’investissements, d’intérêt et elle a été mieux organisée.

Mais il faut maintenir les efforts, sinon on va se retrouver comme dans les décennies précédentes où après un gros effort et un recul, il y a une stagnation. Cela demande donc à être poursuivi et que ces efforts surtout aboutissent à un renforcement de l’amélioration des systèmes de santé publique dans les pays africains.

On tempère quand même un peu. Il y a encore beaucoup d’inégalités. L’OMS dit qu’il y a 22 pays dans le monde, tous en Afrique, qui sont encore en espérance de vie de moins de 60 ans. Quels sont les mauvais élèves africains ?

Il y a ceux qui sont en bas de la liste comme par exemple la République démocratique du Congo et, à l’inverse, d’autres pays comme le Sénégal. Si on prend la mortalité infantile et donc la probabilité pour qu’un nouveau-né n’atteigne pas son premier anniversaire, en RDC on est encore autour d’un nouveau-né sur dix qui va mourir dans la première année, alors qu’au Sénégal on est plutôt autour de un sur trente.

Ce n’est pas lié seulement - ou même très peu - aux maladies ou à l’environnement. C’est le système de soins. Ce qu’il faut, c’est rendre accessibles à tous, qu’on soit pauvres ou riches, au niveau géographique, les soins qui sont possibles. Il faut aussi que les maladies soient détectées rapidement et partout. S’il y a besoin de soins, de traitements, qu’ils soient accessibles.

Est-ce qu’on peut penser que les données dont on dispose pour le continent africain sont assez fournies et donc crédibles pour faire ce genre d’études ?

C’est un des grands chantiers. En effet, toutes les naissances ne sont pas déclarées à l’Etat civil. Les décès encore moins. Du coup, on pallie cette situation difficile par des enquêtes menées régulièrement mais il y a un problème de données et d’estimations. Il faut donc faire un effort pour améliorer les estimations et pour améliorer l’Etat civil.
Aujourd’hui, quelles sont les principales causes de mortalité en Afrique ?

La mortalité des enfants recule et du coup elle représente une part moins importante de l’ensemble des décès. Par conséquent, les décès d’adultes et surtout de personnes âgées commencent à augmenter en parts. Cela veut dire que les maladies vasculaires, cérébrales ou encore cardiovasculaires représentent une part, de plus en plus importante, de l’ensemble des décès.

Deuxième constat aussi, c'est que l’Afrique fait face à un défi parce que les maladies infectieuses représentent une part importante du problème de santé. Il faut les traiter mais, en même temps, émergent des maladies dites de civilisation comme le cancer, le diabète ou encore le surpoids. L’Afrique fait donc face à un double fardeau.

Est-ce que l’on sait combien de temps il va falloir à l’Afrique pour rattraper l’espérance de vie de l’Europe, par exemple ?

Rattraper, ce serait l’idéal, et le plus vite possible ! Probablement que les écarts vont se maintenir. L’important c’est qu’ils ne se creusent pas.

Mais du coup, vous n’êtes pas très optimiste.

Il faut se mettre des objectifs. Ce sont des défis. Il n’y a pas de raison qu’en Afrique on ne vive pas aussi longtemps que dans les autres régions du monde.

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