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Invité Afrique

Soudan:«el-Béchir ne veut pas avoir de témoins au Darfour», selon Aïcha El Basri

Audio 05:38
Aïcha El Basri, ancienne porte-parole de la Minuad, la force conjointe ONU-UA au Soudan.
Aïcha El Basri, ancienne porte-parole de la Minuad, la force conjointe ONU-UA au Soudan. Fouziarti/wikimedia.org
Par : Jean-Jacques Louarn
11 mn

Le permis de séjour de Ivo Freijsen, chef du Bureau de l'ONU pour la coordination des affaires humanitaires (Ocha) au Soudan, ne sera pas renouvelé. Ce n'est pas la première expulsion d'humanitaires. Quels sont les enjeux de ce bras de fer ? L'ancienne porte-parole de la Minuad, la force conjointe ONU-UA, Aïcha El Basri, qui a été en poste au Soudan d'août 2012 à avril 2013, est l'invitée de RFI. Aïcha El Basri a démissionné des Nations unies pour dénoncer les défaillances onusiennes au Darfour et le silence de la Minuad sur les crimes commis au Darfour.

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RFI : Le Soudan n’a pas renouvelé le permis de séjour du chef du bureau d’OCHA, Ivo Freijsen, qui était à la tête de ce bureau depuis février 2014. Ce permis expire le 6 juin. Y voyez-vous une expulsion de facto ?

Aïcha El Basri : Oui, c’est une expulsion de facto, étant donné que cette expulsion s’inscrit dans une série de renvois et d’expulsions de personnel humanitaire de façon générale et du personnel des Nations unies en particulier. Comme nous le savons, avant monsieur Ivo Freijsen il y avait deux hautes personnalités des Nations unies : monsieur Ali Zaatari, ainsi que la chef du PNUD au Soudan, qui ont été excusés il y a à peu près deux ans. Et cela, bien sûr, a eu des remous dans les milieux onusiens, sans pour autant arriver à faire changer Khartoum de position et d’avis. Donc c’est une expulsion qui répond aux besoins du gouvernement d’el-Béchir de renvoyer le personnel humanitaire des Nations unies, mais aussi des ONG travaillant au Darfour. En fait ce qu’ils veulent, c’est ne pas avoir de témoin sur le terrain et surtout ne pas avoir d’organisme capable d’organiser une aide humanitaire à la population du Darfour en particulier, que le gouvernement est en train d’exterminer en ce qui concerne les tribus non-arabes : Zaghawa et Four.

Ivo Freijsen est le quatrième haut responsable onusien expulsé du Soudan depuis ces deux dernières années.

Ce qui ne m’étonne pas du tout parce que lorsque je travaillais au Darfour on savait très bien que le gouvernement ne voulait pas avoir de personnel humanitaire capable d’aider les populations en danger. Le personnel humanitaire a beaucoup souffert, et ce depuis 2009.

La commission soudanaise pour l’aide alimentaire affirme que la période de travail de monsieur Freijsen a été caractérisée par « des tensions dans les relations à cause des attitudes négatives illustrées par le manque d’exactitude et d’objectivité dans la façon de gérer les questions humanitaires au Soudan ». La commission évoque « la faible coordination avec le gouvernement et le ministre soudanais des Affaires étrangères vient de l’accuser d’avoir rédigé des rapports erronés ».

C’est le genre de propos que j’ai entendus plusieurs fois et à plusieurs occasions. Il faut bien qu’ils justifient des actions injustifiables. Donc tout ce qu’ils prétendent n’a pas de sens. Parce que ce haut personnel d’OCHA est au Soudan depuis je crois plus de dix ans. Il travaille en coordination avec le gouvernement depuis tant d’années, je ne vois pas pourquoi il ferait d’erreur ces temps-ci. Il faut placer ce dernier acte d’expulsion de la part du gouvernement de Khartoum dans le contexte général d’une tendance à empirer en fait la situation sécuritaire au Soudan. Ce que le gouvernement est en train de faire, il veut liquider la présence des Nations unies. Il l’a dit et redit. Il l’a répété. Il ne voulait pas de présence internationale et surtout de présence onusienne au Soudan et au Darfour en particulier. Donc il va saisir n’importe quel prétexte pour agir de telle façon.

C’est un vaste bras de fer avec la communauté internationale pourtant Omar el-Béchir est toujours là.

Parce qu’il jouit d’une impunité sans précédent, je dirais. Et parce qu’il jouit aussi du soutien inconditionnel de la part de la Russie et de la Chine.

Et les pressions d’Omar el-Béchir pour que l’ONU retire ses casques bleus du Darfour interviennent à l’approche du lancement en juin de discussions au Conseil de sécurité sur le renouvellement de la mission conjointe ONU-UA, Union africaine, au Darfour.

Le gouvernement soudanais n’a eu cesse de demander le départ de la mission. Il prétendait que la situation sécuritaire au Darfour s’était bien améliorée, que la guerre avait cessé et qu’il n’y avait plus de raison qui justifie la présence des forces de la MINUAD sur le terrain. Il a bénéficié de la complicité au plus haut niveau de la Mission des Nations unies, la MINUAD, qui pendant des années ont produit des rapports qui dressaient un bilan plutôt rose, positif à propos du Darfour et qui confirmaient la thèse du gouvernement de l’amélioration de la situation sécuritaire. En arrivant au Darfour en avril 2012, j’ai découvert que non seulement la guerre n’avait pas cessé, mais que le génocide contre le peuple du Darfour, les tribus non-arabes en particulier, continuait. Et j’ai démissionné pour pouvoir exposer justement, cette deuxième phase du génocide et j’ai lancé donc une alerte qui a réussi à bloquer le projet qui consistait à vouloir retirer les casques bleus du Darfour.

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