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Les manifestations hostiles à la loi Travail en France, vues d'Allemagne

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Pour la troisième journée consécutive, les manifestants ont défilé dans les rues de la capitale contre la réforme du code du travail à Paris, le 19 mai 2016.
Pour la troisième journée consécutive, les manifestants ont défilé dans les rues de la capitale contre la réforme du code du travail à Paris, le 19 mai 2016. AFP/KENZO TRIBOUILLARD

Encore une dizaine de jours jusqu’au début de l’Euro en France. Mais en attendant, les manifestations contre la loi portée par la ministre française du Travail, Myriam El Khomri, continuent de dominer l’actualité. Et en Allemagne, on observe l'évolution de la situation en France de près.

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De notre correspondant à Berlin,

Les manifestations sociales en France donnent lieu, comme souvent, à des commentaires négatifs en Allemagne, où ressurgissent à nouveau les critiques contre un pays non réformable.

Les médias sont, dans l’ensemble, plutôt favorables au projet de loi gouvernemental, et effectuent des comparaisons avec les réformes du chancelier Gerhard Schröder, dans la première partie des années 2000.

Les protestations des syndicats, et plus particulièrement celles de la Confédération générale des travailleurs (CGT), font l’objet de commentaires négatifs, qui évoquent des organisations et un dialogue social sclérosés.

« Ils protestent contre un truc qu’on a déjà »

Une émission de la chaîne publique Phoenix, où chaque semaine deux éditorialistes de droite et de gauche s’opposent, s’intitulait en fin de semaine dernière « Krankreich », un jeu de mots entre Frankreich pour France, et krank, qui veut dire « malade ».

Dans l'émission, le journaliste conservateur du quotidien Bild Zeitung comparaît la CGT à une relique du XXe siècle, et se demandait en quoi travailler 37 heures au lieu de 35 équivaudrait à de l’esclavage. Son contradicteur de l’hebdomadaire de gauche Freitag constatait quant à lui : « Nous les Allemands, nous avons accepté ce que les Français refusent. »

Une caricature parue dans le magazine Der Spiegel montre des ouvriers allemands suivant à la télévision les grèves en France. L’un d’eux estime : « Mais ils protestent contre un truc qu’on a déjà ici, les réformes Hartz 4. » Et un autre de rétorquer : « Mais ils ne savent pas comment ça se prononce. »

« Un suicide pour la gauche »

Les commentaires dans la presse sont plutôt négatifs. Le quotidien conservateur Die Welt parle d’une « France qui brûle », et voit François Hollande en fin de course. La radio Deutsche Welle, l’homologue de RFI, parle d’un pays ingouvernable et critique la CGT, qui détruirait la relance économique.

Le journal de centre-gauche, Süddeutsche Zeitung, soutient le projet du gouvernement français : « La France a besoin de cette réforme, même si elle signifie un suicide pour la gauche », peut-on lire.

L’euro 2016 commence à la fin de la semaine prochaine, et l’Allemagne fait partie des favoris. Quid des perturbations qui pourraient avoir lieu en raison du mouvement, ou des questions de sécurité ? Ces questions se posent aussi.

« Les Français rallument la flamme »

C'est notamment le cas dans la presse populaire allemande, où le football est un thème central. Le quotidien populaire Bild Zeitung se demandait, il y a quelques jours : « L'Euro va-t-il s’enflammer et se transformer en chaos ? »

Il s'agissait d'une réaction aux manifestations. Mais dans un registre plus satirique, on a pu voir aussi cette photo d’un barrage de syndicalistes en feu, avec le commentaire : « Grossière erreur : avant l’Euro, les Français rallument la flamme olympique. »

Les questions de sécurité liées aux risques terroristes jouent aussi un rôle, car beaucoup d’Allemands comptent se rendre en France pour suivre dans les stades ou ailleurs les matches de leur équipe.

Courageux oui, mais pas téméraires

Bild Zeitung a interrogé les supporters allemands dans un sondage. Les deux tiers d’entre eux ne souhaitent pas un report de la compétition (environ 10 % y sont favorables).

Mais ils ne sont pas pour autant téméraires. Un tiers des sondés allemands se disent en effet prêts à se rendre dans un stade où un match de l’Euro aura lieu. Mais 40 % d’entre eux préfèrent l’éviter.

Quelle que soit la façon dont l’Euro se déroulera, les projecteurs vont se porter sur la France. Et lentement, les médias allemands s’intéressent au sujet. On le voit cette semaine, avec la une du magazine Der Spiegel, qui titre : « Paris l’invaincue », avec une très belle photo de la capitale française.

Pendant un mois, « fussball, mon amour »

Un long reportage impressionniste est à lire dans Der Spiegel. Une certaine nostalgie est perceptible, mélange du Saint-Germain-des-Prés d’autrefois, et d’Amélie Poulain. Le Paris actuel est jugé trop aseptisé pour les auteurs du reportage.

Il est vrai que les Allemands cultivent volontiers les clichés un peu poussiéreux sur le savoir-vivre à la Française, pas toujours en phase avec la réalité d’aujourd’hui.

On le perçoit aussi dans le spot de la chaîne publique ZDF qui promeut l’Euro. Accordéon, chanson rétro, images de stade, avec une Française portant un béret et un gavroche, costumée en Napoléon. Le tout s’achève par le slogan : « Fussball, mon amour ».

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