Aujourd'hui l'économie

L’organisation Etat islamique remplace le pétrole par l’impôt

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L'armée syrienne a repris Palmyre au groupe Etat islamique fin mars 2016, ce qui a fait perdre à ce dernier le contrôle du gaz dans la région.
L'armée syrienne a repris Palmyre au groupe Etat islamique fin mars 2016, ce qui a fait perdre à ce dernier le contrôle du gaz dans la région. REUTERS/Omar Sanadiki

En Syrie comme en Irak, l'organisation Etat islamique a perdu du terrain suite à l’offensive de la coalition. Mais ces défaites militaires n'ont pas réussi pour le moment à briser son économie, apprend-t-on dans le rapport publié ce mercredi 1er juin par le Centre d’analyse du terrorisme.

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L'organisation Etat islamique demeure l'entité terroriste la plus riche au monde. En 2015, elle a dégagé un revenu de 2,4 milliards de dollars, estiment Jean-Charles Brisard et Damien Martinez qui publient un rapport sur l'état des finances de l'EI. Un budget en recul par rapport à 2014 mais qui reste conséquent. L'offensive de la coalition a privé le mouvement terroriste d'une part de ses actifs. Les revenus issus du pétrole ont plongé, tout comme ceux des autres matières premières.

Mais huit millions de civils sont toujours sous sa coupe. Et ces citoyens sont devenus les premiers contributeurs du budget de ce pseudo-Etat, lui permettant de rester quasiment autosuffisant. Les donations externes ne représentent que 2 % de son revenu global.

Les habitants sous le joug de l'organisation Etat islamique sont soumis à des taxes de plus en plus élevées.

Sont prélevés des impôts sur le revenu des fonctionnaires, sur les entreprises, sur des produits de première nécessité, par exemple sur les médicaments. Les opérations bancaires sont aussi soumises à des taxes. Il y a des redevances sur l'eau, le téléphone, l'électricité. Sur les déplacements aussi : des péages sont exigés sur les routes comme aux points de sortie des territoires contrôlés. Et il y a même une taxe de protection des minorités religieuses. Ce que Jean-Charles Brisard appelle de l'extorsion représente pour l'année 2015 le tiers des recettes du groupe Etat islamique ; ce n'était que 12% l'année précédente. Ces rentrées d’argent compensent en grande partie le manque à gagner généré par la baisse des revenus pétroliers.

Les ressources naturelles de la Syrie comme de l'Irak continuent à être exploitées par l'EI.

Sauf que les revenus issus de ces ressources sont en baisse. Et cela va se poursuivre cette année en raison de l'avancée de la coalition. Chassé de Palmyre, le groupe EI a perdu le contrôle du gaz par exemple. Le pétrole reste une ressource importante qui représente encore le quart de ses revenus pour l'année 2015, mais c'était le tiers en 2014. Face aux attaques contre les sites pétroliers, l'organisation Etat islamique a modifié les procédures de commercialisation et de transport du brut.

Le phosphate, le ciment, le blé, l'orge ou le coton complètent la gamme des matières premières qui se vendent de moins en moins, en quantité comme en valeur. Pour le phosphate par exemple, la faiblesse des cours et le manque de produits chimiques pour transformer le minerai limite fortement son exploitation.

L’offensive militaire a tout de même un impact grandissant sur ses finances

Les revers militaires que subit l'organisation Etat islamique entravent de plus en plus ses activités économiques. Si elle accentue la pression fiscale sur les populations pour pallier la baisse de ses revenus « commerciaux », elle risque de s'exposer à un mécontentement intérieur qui pourrait se transformer en nouveau front. Néanmoins elle contrôle encore des territoires importants en Syrie et en Irak et c'est sur la maitrise de ces territoires qu'elle assoit sa puissance économique.

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