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Invité Afrique

Procès Habré: aucun document de la DDS ne met en cause I. Deby selon JB Padaré

Audio 05:19
Jean-Bernard Padaré.
Jean-Bernard Padaré. AFRICA24/dailymotion.com

Au terme du procès et de la condamnation de son prédécesseur Hissène Habré, Idriss Déby est-il perdant ou gagnant ? Jean-Bernard Padaré a été le ministre de la Justice du président Déby. En 2013, c'est lui qui a signé avec le Sénégal un accord de coopération judiciaire pour faciliter la tenue de ce procès. Aujourd'hui, il est le porte-parole du parti au pouvoir, le Mouvement patriotique du Salut, le MPS. En ligne de Ndjamena, Maître Padaré répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

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RFI : Jean-Bernard Padaré, depuis un an, on sent que les autorités tchadiennes sont embarrassées par ce procès Hissène Habré. Est-ce que vous n’auriez pas préféré qu’il n’y ait pas de procès du tout ?

Jean-Bernard Padaré : Pas du tout ! Les autorités tchadiennes ne sont aucunement embarrassées par ce procès, d’autant plus que ce sont les autorités tchadiennes qui ont lancé la procédure. Il vous souviendra que c’est quand même le président Idriss Déby qui avait mis en place la commission qui a abouti à l’établissement d’environ 40 000 morts sous le règne de monsieur Hissène Habré.

C’est le même président Déby qui avait autorisé que le juge belge puisse venir enquêter ici au Tchad. C’est toujours le même président Déby qui avait, par un décret, dit que monsieur Hissène Habré ne pourrait pas se prévaloir de l’immunité d’ancien chef d’Etat. C’est toujours sous le régime du président Deby que des fonds ont été débloqués pour permettre la réalisation de ce procès. C’est enfin sous le régime de Déby que l’accord de coopération judiciaire a été signé pour permettre la phase concrète de ce procès qui a abouti à la condamnation prononcée lundi dernier.

C’est vrai qu’à l’époque où vous étiez ministre de la Justice en 2013, le Tchad et le Sénégal ont signé cet accord de coopération judiciaire. Mais ensuite le Tchad s’est opposé à l’extradition de deux anciens tortionnaires : Saleh Younous et Mahamat Djibrine, sous prétexte que le Tchad allait les juger lui-même. Est-ce que ce n’est pas dommage pour l’établissement de la vérité par les Chambres africaines extraordinaires ?

Non, ce n’est pas du tout dommage puisque ces messieurs ont été jugés devant les juridictions tchadiennes et un Etat ne peut pas extrader son propre ressortissant. Donc pour nous, c’est un faux débat que de dire que ce procès a un goût d’inachevé.

Mais à défaut d’extrader ces deux tortionnaires pourquoi n’avez-vous pas autorisé les magistrats de Dakar à les interroger, soit à Ndjamena, soit par visioconférence ?

Ils ont été interrogés quand ils [les juges d’instruction] étaient sur place ici. Les juges d’instruction de ces Chambres extraordinaires africaines les ont régulièrement interrogés.

En janvier 2014, les Chambres africaines extraordinaires ont adressé au président Idriss Déby une convocation afin qu’il puisse venir témoigner à Dakar. Pourquoi n’y a-t-il jamais répondu ?

Je ne suis pas sûr qu’il ait eu à recevoir une telle invitation. Je ne sais pas si c’est une invitation ou une convocation, est-ce qu’on l'a réinvité à témoigner ou bien en quelle qualité ? Toujours est-il que monsieur Déby n’a jamais été concerné par le réquisitoire introductif. Et si c’est une invitation à témoigner, c’est-à-dire à déposer comme témoin, je ne suis pas sûr qu’il ait eu à entrer en possession d’une telle invitation.

En 2014, maître, vous avez été en disgrâce dans votre pays. Vous avez perdu votre poste au gouvernement, vous avez même été condamné à un an de prison avec sursis pour de supposées malversations financières. Est-ce que certains nostalgiques du régime Hissène Habré n’ont pas voulu vous faire payer justement cet accord de coopération Tchad-Sénégal que vous aviez signé un an plus tôt ?

Ecoutez, je ne rentre pas dans ces dédales, mais je rappelle simplement que la fameuse condamnation dont vous avez fait état a été anéantie en phase d’appel. C’est vrai, - on peut – en tout cas certains de mes proches lui ont trouvé quelques mains insidieuses qui me reprocheraient d’avoir signé cet accord-là, parce que surtout, il y avait des points concernant la retransmission en direct du procès Habré.

Donc il y avait encore en 2014 dans l’appareil d’Etat au Tchad des gens qui s’opposaient sans doute à la tenue de ce procès ?

Bien évidemment, il y a certains qui pensaient qu’ils pouvaient être égratignés. Mais je pense que le président Déby savait très bien que dans cette affaire, lui, il n’a aucune responsabilité personnelle... Sinon il n’aurait pas facilité tout ce qui s’est passé. Donc voilà ce que nous pouvons dire là-dessus.

Les hésitations de ces dernières années, le refus d’extrader les anciens tortionnaires du régime Hissène Habré : est-ce que tout cela ce n’était pas d’abord pour éviter un grand déballage qui aurait pu atteindre le président Déby lui-même ? Il a été pendant plusieurs années au cœur de l’appareil sécuritaire du régime Hissène Habré…

Vous avez vu le circuit des documents qui passaient de la DDS [Direction de la documentation et de la sécurité ; Ndlr] pour atteindre le président Hissène Habré. Nulle part dans la description de ces circuits, il n’est dit que ça passait par le conseiller à la sécurité qui était à l’époque Idriss Deby. Non. Aucun document au niveau des archives de la DDS ne met en cause le président Déby. Alors est-ce qu’on doit inventer ça parce qu’il a été conseiller ? Parce qu’il était « com-chef » ? Le droit c’est sur des faits, c’est sur des preuves. Il n’y en a pas.

Avant-hier, le juge Kam, dans le prononcé du verdict, a longuement cité les crimes commis par les FANT, les Forces armées nationales tchadiennes. C’était au sud du Tchad de septembre 84 à août 85, ce que les Tchadiens appellent « septembre noir ». Or à cette époque, Idriss Déby était le « com-chef », comme vous dites, le chef d’état-major de ces forces, et il était au Sud justement. Le 21 novembre 84 dans une interview au Figaro, il a même déclaré : « Le président Habré m’a envoyé au Sud. C’est une lutte sans cadeau où nous appliquons une justice expéditive et exemplaire. »

Ecoutez, ce qu’il a voulu dire par là, c’est qu’à cette époque il y avait deux armées : l’armée régulière qui était dirigée par monsieur Idriss Déby Itno quand il était « com-chef » et la sécurité présidentielle qui prenait ces ordres directement de la présidence. Et justement, les exactions commises dans le sud du Tchad, c’était plutôt les gens de la DDS directement avec les gens de la sécurité présidentielle et non l’armée régulière qui combattait plutôt les Kodos [rebelles sudistes ; Ndlr] dans les maquis.
Je dis simplement : du point de vue purement judiciaire, il faut qu’on établisse sa responsabilité pour pouvoir l’accuser. Ce qui n’est pas le cas jusqu’à preuve du contraire. Les gens se contentent des allégations qui ne sont fondées sur aucun élément de preuve.

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