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Invité Afrique

M. Kaboré: l'arrivée de Mme Johnson Sirleaf à la tête de la Cédéao «est un symbole fort»

Audio 05:34
Roch Marc Christian Kaboré, président de la République du Burkina Faso.
Roch Marc Christian Kaboré, président de la République du Burkina Faso. REUTERS/Joe Penney/Files

La 49e conférence des chefs d’Etat de la Cédéao s’est tenue ce week-end à Dakar, au Sénégal. Le président du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré, a participé à ce sommet, il est notre invité ce lundi 6 juin. Il s’exprime sur la situation politique et judiciaire actuelle dans son pays, mais aussi sur des questions sous-régionales, comme l'arrivée d’Ellen Johnson Sirleaf, la présidente du Liberia, à la tête de la Cédéao, les finances de cette institution, ou encore la lutte contre le terrorisme...

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RFI : Pour la première fois, une femme, Ellen Johnson Sirleaf, a été élue à la tête de la conférence de la Cédéao. C’est une bonne chose ?

Roch Marc Christian Kaboré : C’est un symbole fort qui montre également qu’au niveau de la Cédéao, nous avons le souci de la promotion des femmes dans la gestion de cette conférence. Il est évident qu’elle apportera toute la tempérance et les réformes qui sont indispensables parce que vous savez très bien qu’au niveau de la Cédéao, nous sommes engagés pour faire des économies. Donc, il y a un certain nombre de réformes et nous pensons qu’elle a les capacités et les qualités nécessaires pour assumer donc d’ensemble de ces missions.

Vous avez beaucoup parlé des défis sécuritaires, une fois de plus, de cette coopération quasi obligatoire entre tous les Etats. C’est difficile à mettre en place cette coopération ? Qu’est-ce qui manque, peut-être de l’argent ?

Il est évident que les pays sont déterminés. C’est pourquoi pour le Mali, nous avons demandé que la Minusma (Mission de l’ONU au Mali) puisse rehausser le niveau des compétences pour que l’on puisse passer également à des actes d’attaque et non simplement de sécurisation. Deuxièmement, nous avons pensé qu’il faut toujours faire en sorte que l’ensemble des Etats puissent avoir une coopération plus forte en matière d’information, en matière de renseignements, en matière également de l’entraide que nous devons avoir sur nos frontières pour pouvoir les sécuriser. Maintenant, il y a l’engagement que nous avons et il y a le fait que nous sommes des pays qui doivent faire face aussi bien au développement et aux besoins d’améliorer les conditions de vie de nos populations; et d’autre part de nous engager dans une guerre dont nous ne pourrons pas assurer tous les moyens. C’est pourquoi nous sollicitons la contribution de toutes ces puissances-là pour nous aider. Il y a un vrai travail à faire ensemble, collectivement, au plan mondial, et l’Afrique tient à apporter également sa partition dans ce combat que nous allons mener.

La Cédéao prône le libre-échange. Est-ce que c’est aujourd’hui compatible justement avec la toute la volonté sécuritaire que vous essayez de mettre en place ?

La sécurité, la lutte contre le terrorisme ne doivent pas freiner tous les efforts de libre-échange que nous allons faire. Sinon, nous allons être étouffés. Il y a peut-être 16 milliards de commerces entre les pays de la Cédéao, alors que nous en faisons plus de 60 avec les pays européens, ce qui n’est pas du tout normal. Et il faut travailler à ce que cette tendance soit inversée.

L’Etat du Burkina Faso lance une sorte d’appel pour justement des investisseurs ou des partenaires apportent des fonds. Est-ce à dire que quand vous êtes arrivé à la présidence, les caisses du pays étaient « vides » ?

Les caisses, on ne peut pas dire, les caisses d’un Etat ne sont jamais totalement vides. Mais je veux dire qu’il y avait des réalités qui montraient bien que la mobilisation des ressources n’était pas au bon niveau durant cette période de transition, et même bien avant, et qu’il faut retravailler à faire en sorte que nous puissions mobiliser au maximum les ressources propres de l’Etat parce que nous ne pouvons pas compter essentiellement sur les aides des uns et des autres pour pouvoir développer notre pays.

Il y a un nom qui fait la Une de la presse burkinabè en ce moment, c’est celui de Yacouba Isaac Zida, Premier ministre de la transition, qui est actuellement au Canada. Il est soupçonné de détournements de fonds. Est-ce qu’aujourd’hui, vous allez demander son extradition ?

Cela relève de la justice. En ce qui me concerne, plusieurs fois j’ai lancé un appel en lui disant qu’il était important qu’au niveau des responsabilités qu’il a assumées, il puisse rentrer au Burkina Faso pour faire face à ce qu’on lui reproche. Depuis le 19 février, il est dans une position d’illégalité complète. Je pense qu’il appartiendra à la Haute Cour de justice de s’en saisir et de voir un peu quelle procédure sera mise en place.

L'ancien président du Tchad, Hissène Habré, vient d’être condamné à la prison à perpétuité, reconnu coupable de crimes contre l'humanité, crimes de guerre, crimes de torture et viols. Quel est votre regard sur ce procès et sur ce verdict ?

Le président Hissène Habré n’a eu que la conséquence de ce qu’il a pratiqué pendant plusieurs années dans son pays. On doit féliciter en tout cas la justice africaine d’avoir assumé. Je crois que c’est à la satisfaction des Africains de façon générale.

Est-ce que Blaise Compaoré pourrait être un jour jugé par une Chambre extraordinaire en Côte d’Ivoire où il vit désormais ?

Pourquoi pas. Nul n’échappe au verdict. Ce qu’on a semé, on le récolte toujours tôt ou tard. Aujourd’hui, peut-être, Blaise Compaoré pense qu’il a échappé à la juridiction burkinabè. Tôt ou tard, il devrait répondre forcément.

Est-ce que ce sont des discussions que vous avez eues avec vos pairs de la Cédéao, peut-être avec Alassane Ouattara ici à Dakar ?

Vous savez, avec la Côte d’Ivoire, nous avons toujours des discussions qui concernent les relations entre nos deux pays. Comme je l’ai dit en tout cas, nous n’avons pas de doute : à un moment donné, on ne peut pas rester caché toute sa vie. Je crois que ce n’est pas une bonne solution.

Blaise Compaoré est poursuivi justement dans l’assassinat de Thomas Sankara (arrivé au pouvoir lors d'un putsch en 1983, il a été tué le 15 octobre 1987 avec 12 autres personnes lors d'un coup d'Etat qui porta au pouvoir Blaise Compaoré). Est-ce que c’est un dossier que vous suivez quasiment au quotidien, ce dossier Sankara qui est vraiment important pour les Burkinabè ?

Ce dossier est important pour les Burkinabè parce que, aujourd’hui, nous avons un certain nombre de dossiers judiciaires. Il y a ce dossier, il y a le dossier du coup d’Etat, il y a le dossier de Norbert Zongo [journaliste burkinabè assassiné en 1998 avec trois autres personnes alors qu'il enquêtait sur la mort du chauffeur du frère du président Blaise Compaoré]. Ce sont vraiment des dossiers qui handicapent notre vision sur l’avenir. Nous avons en tout cas bon espoir que la justice, qui est saisie de l’ensemble de ces dossiers, fera en sorte que le plus rapidement possible, on sorte de cette situation parce que nous ne pouvons pas continuer à regarder dans le rétroviseur, il faut que nous puissions avancer, avancer en jugeant et traduisant devant les institutions de la justice tous ceux qui sont coupables de ses actes odieux qui ont été commis dans notre pays.

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